‹ Les saints successeurs des dieuxChapitre 8 sur 33 · AER · texte numérisé non relu

AER

Dans cette inscription, comme cela s'est fait également à Rome, les Espagnols ont interprété les lettres D. M. S. Deo Maximo Sacrum. Et, cela une fois admis, ils ont fabriqué

(i) M. AUard écrit : « Sur plusieurs locnli faisant partis de la région primitive du cimetière de Priscille, et ayant renfermé peut-être les restes de contemporains de Marc Aurèle, le titre de martyr parait avoir été indiqué par la lettre M. '>P. Allard, Dix leçons sur le Martyre, P. 1906, in-12, p. 352 : Cf. D. Rossi, Bulli di arch. crist,, 1886. loi-iii et pi. \1I. Il eut des prédécesseurs moins timides.

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toute cette belle histoire clans laquelle il n'v a pas un mot de vrai (i).

Une autre abbréviation classique B. M. Bonœ Memoriœ, fut interprétée ingénuement par B (eati) M (artyres) (2).

Le So*" mille d'une voie romaine LXXXIII mil (liario) fut transformé en 83 soldats martyrs LXWITI mil (ites) (3).

La lettre S la première du mot S(anctus) ou S(alnt) n'est pas sans avoir tendu quelques services :

Sainte Siinplicia : « On a encastré dans les murailles de l'église de saint François d'Assise, à Girgenti, deux inscriptions funéraires chrétiennes qu'on a rapportées de Rome et qu'on regarde comme avant indiqué des martyrs.

Le marbre sur lequel est gravée la seconde est brisé en plusieurs morceaux. On lit cependant :

Silvia Pilcia decessil VII IdusAiig. quee Vixit A XXVI in pace

Au lieu de Silvia Pilcia qui me semblent être les premiers mots, les antiquaires romains et agrigentins ont lu Sancta simplicia. En conséquence, le calendrier a été augmenté de sainte Simplicie et l'on a placé une représentation en cire de cette bienheureuse, sous l'autel, dans une grande boîte de verre qui renferme ses reliques (4). ))

Saint- Vior : « Du temps d'Urbain VIII arriva à Rome une supplique d'une église d'Espagne qui demandait des indulgences pour la fête d'un saint Viar, dont elle prétendait posséder le corps. La nouveauté de ce nom surprit le pape. Avant de rien accorder, il voulut savoir sur quels documents reposait le culte du prétendu saint. L'enquête aboutit à constater que toutes les preuves de sa sainteté se réduisaient à une pierre placée à l'en-

(i) Chron-.con Ilispanicum, Livre IX.

(2) Voir un ex. dans G. Finazzi, Délie iscrizioni anleriori al Vil secolo appartenenli alla chiesa di Bcnjamo, Firenze, 1878, p. 16, 3o, 4i ; A. Mazzi I marliri dclla chiesa di Derr/amo, i883, p. 14.

(3) Analecta Dollandiana, t. XIII, p. i6.^.

(4) Bourquelot, Voyage en Sicile, i848, in 12, p. i/ii.

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droit où on le croyait enseveli et sur laquelle se lisait son nom clairement tracé : S. VIAR. La pierre fut examinée avec attention par des épigraphistes un peu plus habiles que le clergé et le peuple du bourg espagnol, et ces savants n'eurent pas de peine à y reconnaître les restes d'une inscription presqu'entièrement elîacée. où était mentionné un pncfeda S. 171/? um ou intendant des chemins'publics au temps delà domination romaine (i)-»

Saint Yiar n'en avait pas moins reçu un culte public (2) ; on lui attribuait même le pouvoir d'écarter à coup sûr certaines maladies (3).

II. — Fausses interprétations des adjectifs ou des substantifs DÉSIGNANT LES QUALITÉS OU l'oFFICE d'uN MORT

Nous avons vu des milles romains transformés en soldats martyrs et l'on a pu en être étonné ; mais il ne faut pas oublier que c'est une habitude du langage chrétien d'appeler les saints, surtout les martyrs : soldats de J. Ch. Aujourd'hui encore les prédicateurs ne se font pas faute d'exciter les fidèles a être de vaillants soldats du Christ.

En raison de cette coutume, un fragment d'inscription antique trouvé dans les cryptes du Vatican et contenant une liste de soldats romains a été regardée comme un catalogue de saints et de martyrs (4). Marini, bibliothécaire du pape, a

'i) Mabillon, Iter Iialicum, Paris, 172^, p. i/i3 et R. P. de Smedt,

Principes delà critique historique, Paris, iS83, in-12, p. iga-igS.

[i) Jablonski comme le père de Smedt parle de saint Viar, d'après Mabillon, dans ses Conjectures sur quelques saints inconnus in Opuscula quibus lingua et antiquitas sEggptorum,... loca et Jiislorica ecclesiastica capila illustranur, Lugd. Bat. iSo4-i8i3, t. III. Il cite diverses inscriptions d'après Gruter, Aringhi, Resendius qui permettraient de lire, non plus prasfectu S. VIAR um, mais Curatore S. VIAR um ; cf. Gruter, f" cccclx, n" 2. — Aringhi, Roma subi., I. IV, ch. xxxTui, § 6. — Ant. Resendinus, De antiquitate Lusitanix, 1. III, p. 17S-179.

(3) Dans les monuments épigraphiques du v' siècle, on rencontre la lettre S isolée, mais elle a plutôt la signification de Spectabilis que celle de Sanctus. D. Rossi, De Christian, tit. Carlhaj., p. i3.

(4) DionysiuS, in Crypt. Vatican, p. loi.

fait justice de cette méprise (i). Vers le milieu du xix^ siècle on n'en continuait pas moins d'admettre la valeur de ce catalogue (2).

Saint Atiliis : Le Père Cahier, un peu eflra\é de la cjuantité de saints martyrs qui auraient appartenu à la légion thébéenne, déclarait éprouver « quelque doute sur nombre d'entre eux » (3), soupçonnant qu'il avait bien pu s'y glisser quelque simple fidèle, voir fj[uelque soldat païen.

(( A Trino, en Piémont, un fragment d'inscription, ne portant que les letti"es Atihis, a suffi, au Moyen Age, pour désigner le tombeau d'un saint Atilus et comme on ne savait rien sur son histoire, on a émis la supposition, dont on a fort abusé dans ce pays, qu'il devait être un des soldats de la légion tliébéenne. L'idée a fait fortune et dans l'église de Trino on peut voir un tableau représentant le martyr du saint, avec cette inscription qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la précision : S. Atilas ex legione Thehseorum passas est Tridini circa annuin 3o6 (Zt). »

Les saints Innocents : Le qualificatif Innocens. innocent, qui accompagnait dans les épitaphes le nom de certains enfants païens aussi bien que le nom de certains martyrs chrétiens, donna lieu à la création des Saints Innocents qui sont censés du nombre de ceux qui furent tués sous Hérode (5).

Saint Antimion : Un soldat pouvait être païen et il pou-l vait y avoir des innocents parmi les gentils mais nul autre qu'un chrétien et un saint ne pouvait avoir été pape.

(i) Marini, ha-iz. Ailan, p. 207.

(2) Raoul Rochetîe, 2° Mémoire sur les Ant. chrét. des Caiacomlies (Pierre^ sépulcrales) in .1/. .4. d. 1. B. L., t XIII, i838, p. I7'i-I75.

(3) R. p. Cahier, Les Caractéristiques des Saints, p. 71-72.

(4) R. P. Delehaye, Saint Cassiodorc dans Mélanges P Fabre, Paris, ujoaJ p. /|G. Cette légende elle-niènic est due à une méprise sur le sens du mot /^^ioJ Ce mol employé dans un sens imprécis par la tradision populaire a pris souJ la plume d'Euclier le rédacteur tles actes des martyrs d'Agaune, une valcu^ technique qui en multipliait singulièrement la portée. Abbé Lejay, --incienn Philologie Chrétienne, dans Rev. d'Hist. et de Litt. relig , 1906. p. 260

(o) Raoul Rochette, Mémoire sur les pierres sépulcrales dans Mémoir deiA. 1. B. L., f. Mil iS38, p. 188-189.

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(( En 1790, 11 s'est trouve à Rome des antiquaires capables de voir l'épilaplie d'un saint et d'un pape du i\° siècle, Félix II, dans l'inscription d'un personnage obscur, peut-être même païen, nommé Antimion et qualifié /J«pas qui veut ô'we pédagofjae, et le savant Marini,le plus babile des antiquaires romains, dutprendre à tâche de venger d'une si grave erreur l'érudition et l'église rojnaines (i). »

Les mots sanctii'i et sanclissimus qui durent paraître décisifs à certains hagiographes et désigner indubitablement ■quelque corps saint se retrouvent sur des marbres funéraires antiques : Gentianeli sanclissimœ. — Laiirentia sancta et venerabilis femina {2). Ils n'ont pas d'autre signification que celle de chère ou de très chère et équivalent à la formule ■carissimee, amantissiniœ, Boldetti signale leur emploi dans nombres d'inscriptions païennes (o).

Saint Silvain : On sait également que Silvanus, le dieu romain, était fréquemment invoqué comme le dieu saint (4). Marini, le célèbre épigraphiste que nous louions tout à l'heure, « rencontrant l'inscription votive Sancto Silvano votiim posait Cla{u) diiis Eiityches ciim conjugem elfi (!) ios (5) n'a pas hésité à reconnaître un saint clans le Sanclus Silvanus auquel elle est dédiée (6). »

Saint Abercius : « Un des exemples les plus intéressants d'une légende suggérée tout entière par la lecture d'une inscription est celle d' Abercius. Ses voyages étaient mentionnés par l'épitaphe ; une reine symbolique devint l'impératrice Faustine et l'objet du voyage la guérison d'une princesse

(i) G. Marini, Leltera di un Giornalista ad un suo Amico, iloclcna, 1780, in-S", p. I à 38. Il crut cependant devoir garder l'anonymal.

(2) Mai, Collect. Vatic, V, p. /J38.

3) Boldetti, Osservazioni sopra i cimileri di sanli martyri, 1720, p. 078- 379 et Martigny, Dict. des Antiq. chrétiennes, \° Saint, p. 703.

'4) Voir les exemples rassemblés par le P. Delehaye, Sanclus Silvanus dans Analecla Bollandiana, 1906, p. iSS-iSg.

(5) C. I. L., VI, 667 ; G. Marini, Gli alti e monumenti de'fralelli Arv<di, Roma, 1795, II, p. 4o5.

(G) H. Delehaye, Loc cil , p. 159, d'après Lucius, Die Anfinge des IleiU- QenkuUs in dcr christlichen Kirche, Tubingen, igoi, p. 1A8, note 3.

possédée du démon : moyennant quelques épisodes, qui ne sont presque tous que des réminiscences, l'hagiographe a tiré de cet ensend)le un récit fort détaillé qui a obtenu le plus grand succès. Cela n'empêche qu'on ne doive concevoir des doutes sérieux au sujet de lépiscopat d'Abercius et du culte traditionnel qu'on lui aurait rendu dans sa ville natale (i). »

En effet, rien n'indique qu'il iiit saint, puisqu'il n'est même pas absolument certain cpiil ait été chrétien. Disciple (riin saint pasteur, bien d'autres l'ont été qui ne méritent point d'être mis au nombre des bienheureux.

Sainte Julie Evodie : Il existait chez les Augustins de Toulouse, une sainte Julie Evodie qui dut sa canonisation au nom de sa mère Casta. Cette bonne fdle ayant fait élever un monument à celle qui l'avait mise au monde fit graver sur la pierre en témoignage de sa piété :

(i) H Delehaye, Les légendes hagiographiques, p. 102. — Pour la bibliographie voir D. Cabrol, Dict. d'Arch. chrét., Paris, igo3, col. 85-87. — D'après M. Diétrich, Abercius serait non pas un évêque chrétien mais un prêtre d'Attis. Die Crahschrift der Aberkios, 1896, p. tu, 54. Son opinion acceptée par M. S. Reinach, Hevue Critique, 189G, p. lilt'j a été rejetée par M. Cumont, Revue de l'Instr. publ. en Belgique. Bruxelles, 1897, p. 91, et Les Inscriptions chrétiennes J^Asie Mineure clans Mélanges d'Hist. et d'Archéol., publiés par V Ecole française de Rome, i885, p. 290. — La discussion ne me semble pas close. Voici d'ailleurs une traduction de cette épitaphe fameuse : (( Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monument de mon vivant afin d'y avoir un jour une place pour mon corps. Je me nomme Abercius, je suis disciple d'un saint pasteur, qui fait paître ses troupeaux de brebis sur les montagnes et dans les plaines, qui a de grands yeux dont le regard atteint partout. C'est lui qui m'envoya à Rome contempler la majesté souveraine et voir une reine aux vêtements d'or et aux chaussures d'or. Je vis là un peuple qui porte un sceau brillant. J'ai vu aussi la plaine de Syrie et toutes les villes, Nisibc au delà de l'Euphrate. Partout j'ai trouvé des confrères. J'avais Paul... la foi me conduisait partout, elle m'a servi en nourriture un poisson de source, trè^ grand, très pur, péché par une vierge sainte. Elle le donnait sans cesse à manger au* amis ; elle possède un vin délicieux qu'elle donne avec le pain. J'ai fait écrire ces choses moi, Abercius, à l'âge de soixante-douze ans. Que le confrère qui les comprend prie pour Abercius. On ne doit pas mettre un autre tombeau au-dessus du mien sous peine d'amende, deux mille pièces d'or pour le fisc romain, mille pour ma chère patrie Hiéropolis. » Dict. d'Arch. chrét. et de Lit., fas^c. I, col. 74-75. — Quant à la légende qui s'est greffée sur l'épitaphe, elle me semble avoir de grandes analogies avec le conte égyptien intitulé ; La Fille du Prince de Baktan et l'espril possesseur^ dans G. MaspérO, Les. contes populaires de l'ancienne Egypte, in-S", p. 159-1G7.

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Jiilia Evodia. Filia. Fecil Caslae Matri et Benemerenti *

Quss Vixit A unis LXX

Aux dieux Mânes Julie Evodie, fille, a dédié ce monument A Casta sa mère bien mérilante Qui vécut soixante-dix ans.

Il est vrai que cette épitaphe sortait de la catacombe romaine de Callixte, ce qui était une présomption. Quant à Casta, comment voulez-vous qu'on y vit autre chose qu'un qualificatif s'appliquant à Julie Evodie ? Et voilà comment les dépouilles de cette sépulture furent rajeunies d'une génération et canonisées (i).

Les saintes Digna et Emévita : Il arriva parfois mieux. Si les pieux descendants du défunt avaient cru pouvoir lui appliquer deux qualificatifs, on sut en tirer parti.

« Voici l'épitaplie d'une vierge qualifiée de dicjna et mérita, formule qui fut quelque temps en usage. Or, il existait une sainte Emérita qui fut reconnue dans la seconde des deux épithètes. La première devint tout naturellement le nom d'une autre sainte ; la sœur d'Emerita et de ces deux nobles sœurs, Digna et Emerita, on raconta une histoire fort dramatique et très circonstanciée (2). »

(i) [Dom J. Mabillon], Dissertation sur le culte des saints inconnus, Paris, i6f|8, iniG, p. i5 et i(j. — Le livre parut primitivement en latin sous ce titre : Eusebii Romani, ad Theophilum Gallum Epistola de culta sanclorum ignotorum, Paris, 1O98, in-/io. — On y opposa d'assez faibles ouvrages, citons celui du P. Hardouin, Réponse de Théophile François à la lettre du prétendu Eusébe, Romain. Cologne, in-i2, et cet autre semi-officiel : In Epistolam Easebii Romani ad Theophilum Gallum Apocrisis auct. Alexandre Plouniero Tomacensis presb.; Epistola ad Claude Estiennot super Epistolam de cultu Sanctorum ijnotorum, Rome, 1700, in 8°.

(2) R. P. Delehaye, Les légendes hagiographiques, p. 101-102 et Analecta Bollandiana. t. \VI, p. 3o-43.

a ou LES SAINTS SUCCESSEURS DES DIEUX

Ce procédé dut servir plus d'une fois à allonger les listes '^îpiscopales des anciens diocèses afin de faire remonter leurs -origines aux temps apostoliques.

Les saints Cassiodore. Viator, Senator et Dominata : Lorsqu'un personnage jiortait plusieurs noms, il arrivait qu'on les transformât en autant de personnages distincts.

«Le groupe des martyrs Dominata, \ ialor, Senator, Cassiodorus n'a jamais existé que dans l'Imagination de l'hagiograplie. Viator pouvait bien être le consul de ce nom. Quant aux deux personnages qui s'appellent Senator et Cassiodorus, ils ne sont autre chose que le dédoublement du célèbre homme d'état Cassiodorus Senator.

« Comment sont-ils devenus les héros dune légende haiiioa;raphlque ? Je soupçonne que les noms de Cassiodorus Senator, du •consul Viator et d'un autre dont on a fait Dominata, se sont trouvés réunis sur une inscription découverte aux environs d'une série de sépultures d'où l'on a cru retirer des corps saints (i i. -j

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