L’HIVER
Dans quelle saison faut-il commencer l’étude de la nature?
Le printemps, ce réveil dé la nature, stimule l’esprit d’observation. Les plus rétifs semblent alors résolus à regagner le temps perdu : tous voudraient connaître les oiseaux dont le chant les ravit, nommer les plantes dont les corolles blanches, lileu es, jaunes, charment la vue; enfin, chacun voudra voir de plus près tout ce qui vit, jusqu’aux insectes qui bourdonnent autour des oreilles du promeneur.
Mais ce beau zèle n’a, hélas! qu’une durée éphémère ; il est fugace comme un arôme. A mesure que les merveilles de la nature se multiplient, leur charme diminue, l’œil s’y habitue, à l’habitude* succède bientôt l’indifférence, et aux approches de l’été le nombre des objets à étudier s’accroît au
point de dérouter, de fatiguer l’attention de l’observateur le plus déterminé. L’année suivante ramènera la même cause et le même effet.
Non ; ce n’est pas au printemps, mais en hiver qu’il faut commencer l’étude de la nature ; et comme ce sentiment a tout l’air d’un paradoxe, il faudra le justifier.
La richesse, quand elle n'engendre pasl’oisiveté, porte à gaspiller les forces en imprimant à l’activité les plus fausses directions. La pauvreté, au contraire, ménage le peu de moyens dont elle dispose, elle excite au travail et tient l’activité en haleine. r.h bien ! tout cela s’applique à l’homme visà-vis de la nature : la richesse, c’est la belle saison, la pauvreté c’est l’hiver. Voyez plutôt. Quand la végétation s’est dépouillée de sa parure, la plus humble fleur que vous rencontrez vous causera la plus agréable surprise ; six mois plus tôt, vous l’auriez foulée aux pieds ; vous vous ba : ssez maintenant pour la cueillir. La pauvrette ! Pendant que nous nous réchauffons à nos foyers, elle résiste au frimas destructeur! n’est-elle pas une protestation vivante contre la mort dont l’image nous environne? Vous tenez certainement à connaître cette fleur. Mettez -la de côté; vous en trouverez encore d’autres, douées de la même énergie sous une apparence de faiblesse. Elle sont bien peu nombreuses les plantes qui, dans nos champs, fleurissent et fructifient en hiver. Il vous sera donc facile de les cueillir et de les étudier toutes.