PROVINCE
Blanche au-dessus des rocs, qui grimpants, aigus, la dominent, La l'oute luit, longeant la voie où sont les rails. J'y viens après le jour, et mes pensers cheminent Au bord où, çà et là, les arbres font des éventails.
Ces deux serpents de fer, immobiles, que les cieux glacent D'un reflet miroitant, mon œil vers l'inconnu Les suit, comme attiré. Les heures vides passent. Et l'air scintille. Et pur, un calme détoile est venu.
Le bourg s'efface au loin, avec les petits potins grêles Qui, sots, ont disparu sous les grands sommeils bleus Que sème l'infini. La voix doucement belle Des crapauds les remplace, et le change est avantageux.
Ni passant, ni clameur. D'un hameau qu'on distingue à pein, Un aboi par instants monte en l'obscurité, Ainsi qu'une onde étrangement aérienne, Cristal fluide et clair, qui fuse dans l'immensité.
Un disque, à l'horizon, pleure du feu dans la verdure,
Et semble dans l'espace un esprit qui vivrait.
Qui, pour ensorceler l'âme de la nature.
Comme un spectre allumé par le silence veillerait.
Un repos vert et frais de ces prés humides s'exhale. Et, vierge, baigne la poudre de ce chemin Qu'appellent, par delà les campagnes d'opale. Les gares de soleil, la ^'ille au tumulte sans fin.
Et tandis que la nuit, alentour, s'épand plus épaisse, Et que se noient dans les ombres mes yeux plongeurs. J'écoute, en je ne sais quel souflle de tristesse. Un train qui là-bas roule au plus noir des échos songeurs.