SOLEIL LEVANT
Quand tu semblais nouveau, beau soleil, et qu'enfant Je croyais à nous deux les mêmes jeunes ans, Je te prenais ton âme, et nous allions chantant. Toi, tu chantais avec tes grands délices roses, Les vierges, les oiseaux, l'infini, les couleurs, — Moi, chétif, avec tout ce que j'avais : mon cœur. C'était presque la même chose.
J'avais ta blonde flamme, et toi mes clairs accents. Et voici que dansaient nos matins triomphants. Avec ta toison d'or, comme de sveltes chèvres. Je dansais, bien qu'un peu malade assez souvent. Et nos rêves jouaient dans tes feux, dans le vent, Légers sur Paris et ses fièvres.
Moi, songeur, pâle à la fenèlre crauLrefois, Et loi, vermeil en ton ciel bleu, je nous revois,
Communiant le long des heures, Car je n'ai jamais eu que toi de jeune ami. Soleil qui t'en venais sur mes yeux endormis Me rapporter le monde, et, le soir, à demi
M'attirais vers d'autres demeures.
Trop calmes, doucement triste?, mes jours m'aimaient. J'étais déjà pensif, ne descendant jamais.
Je regardais d'en haut l'immense ville.
Et mon esprit fusait au loin dans la beauté De tes rayons, et je goûtais la volupté
Des longs voyages immobiles.
Je nous revois, partis vers l'inconnu flottant. Nous berçant aux ferveurs des dômes éclatants, Dans les horizons purs ensemble nous perdant.
Sans nous demander qui nous sommes, Sans demander si c'est ridicule ou charmant, Cette candeur sincère : ainsi que deux enfants.
Qui vont sans connaître les hommes.
Us m'ont pris, et depuis longtemps je les connais. Toi seul de moi n'as pas changé : ce que j'étais
Existe encor dans ton éternelle jeunesse. Garde, à présent si loin, ce que j'avais de bon ! Sème encor, s'il se peut, de ton foyer profond, Mon sourire en le tien resté, pour que moissons, Fleurs et rythmes et cœurs en germent et renaissent î
Quand cette vie, hélas ! qui sépare ce qui fut bon, Quand cette vie, après ses soucis, ses ambitions. Fuira de moi comme une fausse et noire ivresse. Le jour où je mourrai, peut-être tes derniers rayons M'inspireront un chant où reviendra notre jeunesse.