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LES DEUX SŒURS

Il est deux sœurs, Poésie

Et Phtisie, Qui vont parfois toutes deux, Vont et confondent les fièvres

De leurs lèvres Et le feu sourd de leurs yeux.

Le feu sourd que rien n'apaise,

Et qui pèse Comme un poids du cœur brûlant, Comme une ardeur qui tourmente,

Et qui chante Sur Tair bas d'un sanglot lent,

Il est deux sœurs, Poésie Et Phtisie,

Qui s'en vont s'entrelaçant,

Et, dans l'automne fluide Qui les guide,

T'écrasent, roseau pensant.

Et le couple est venu, le couple ardent que la mort darde. Il est venu sur moi, mais je me suis dressé. Et moi, roseau mouvant, sous la lumière un peu hagarde, Je l'ai pris. Lentement, je l'ai désenlacé.

Je pris la Poésie, et l'appelant ma fiancée.

Enroulant mon étreinte à sa taille, à ses jeunes seins,

Je l'emportai dans la forêt blessée.

Qui jonche de ses tristes membres les chemins.

Et je sentais sur nous le souflle rauque et chaud

De la mauvaise sœur.

Et j'emportais, courant parmi la chute des rameaux, ^la bien-aimée attachée à mon cœur.

Enfin, nous voici seuls tous les deux dans raulomnc,

Seuls et chantant bien bas...

Autour de notre amour, en mourant des choses rayonnent. Et Ton entend, tout près, rôder furtifs des pas.

Peut-être ce ne sont que les feuilles, ravies A l'arbre où le soleil baise, où la bise mord. Et moi, je serre tendi'ement ma Poésie. Et puis nous sourions, en bénissant la vie, A ce bois cueilli par la mort.

Les baisers sont meilleurs, plus savoureux, quand leur doux bruit Répond au bruit si doux des feuilles qu'emmène la mort.

FEMINITE

Oh ! sur mon sein pouvoir te presser, chère automne Dont un dieu destructeur fait sourdement sa proie, Et, t'embrassant, te demander, ma tendre automne, Pourquoi, sous les i^ayons, ta mort est pareille à la joie !

Mais, je le sais, je sais le secret adorable, Et pourquoi tes dernières fleurs Sont plus belles, hélas! même quand tombent leurs couleurs, Que la rose de mai. C'est que sous le sort qui t'accable, 0 mon amour, tu es encor jeune de cœur.

Tu es la jeunesse touchante

Qu'on n'a pas assez adorée, Et dont l'on sent le prix en la voyant si souriante, Si lumineuse encore, et déjà pourtant expirée.

Ah ! c'est la plus douce merveille De la nature, et c'est le miracle de la beauté, Quand, se transfigurant en grâces au soleil, La pénétrante mort nous enseigne les voluptés.

Qui jamais comme moi révéra ton charme morbide, Et cependant si calme, et si reposant et si pur, Saison de la Nuance et des pâleurs d'azur. Et des roseurs les plus fluides ?

Saison des fleurs blessées Et des fruits savoureux, Et des vendanges, des tendresses, des adieux. Et des complexités qui s'en vont enlacées. Attristant, ravissant nos yeux !

Saison d'amour, saison de deuil, grave et mignonne. Qui, belle, pour mourir, as des grâces déjeune dame ! Celui qui ne sait pas t'aimer, ma blonde automne, Ne sait pas comprendre la femme.

iO(\ LES SAISONS FEKVrNTES

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