JOCONDE
Il le manque pourtant, Automne, quelque chose. Tu n'as pas la splendeur des veux francs qui savent haïr. La mort en toi s'injecte et s'enfonce à petites doses, Et tu la sens, et tu ne sais que lui sourire.
Ce pourrait être Tineffable du sublime,
De sourire au bourreau. Mais il faut plus, alors.
Il faut, d'un cri farouche et profond, ébranler l'abîme
Qui, comme un noir et froid serpent au lit du crime,
Fait, pourmieuxt'endormir, celui qui caresse et qui dort.
Il faut lutter ; car combattre et briser la Bête, C'est la plus noble, c'est la plus sainte des voluptés. Et de tes pieds mordus il faut broyer sa tête. En gardant sur ton front tout le soleil de ta beauté.
Automne !... Mais non, lu re^^ardes,
En expii'ant un faible chant, Tes feuilles et tes fleurs, que l'ornière aux glauques eaux farde Avec la bave sommeillante du serpent.
Et cette bave, elle est jusqu'au fond de ton àme,
Jusque dans tes baisers Dont le phtisique meurt et dont l'amour se pâme, Et dont saignent sans bruit mes rêves blessés et grisés.
Et dans ta lumière de blonde
Que le soir aiïinc et pâlit.
Je respire, ô mourante Automne, ô ma Joconde, Une perversité d'ange qu'en vain je sonde. Et qui m'oppresse et me fascine et m'amollit.
Joconde aux yeux baignés de reflets sans cesse nouveaux. Où la mort, qui ressemble au bel amour, se mire ! Automne qui, dans ces clartés où tout expire. M'offres si doucement la rose et le sourire De ton moelleux et magnétique lit-tombeau !