‹ Les saisons ferventesChapitre 50 sur 88 · L'AMOUR DANS L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DANS L'AUTOMNE

Mon aurore du soir, que je mets à les pieds, Mêlas ! elle ne fut jamais autorisée Par l'arrêt du pédant, ni par l'or du banquier. Et ce n'est qu'une déclassée.

Aussi, la mallî|ureuse, elle n'eut pas de sœur, Et, pâle, s'est cachée au mépris du vulgaire. Elle a sans doute tant d'amour et de douceur Parce qu'elle est la Solitaire,

J'ai vu les matins bleus, roses et triomphants, Eveiller ce qui germe et baise et rit et meugle. La nature brillait comme des yeux d'enfants. ALais moi, j'étais comme un aveugle,

ï-2'2 LES SAISONS FERVENTES

Comme un aveugle ou bien comme un déshérité, Qui sait que tout cela, ce n'est pas son affaire, Et qui passe étranger dans le beau jour d'été. Et cherche en lui seul sa lumière.

Car moi je n'avais rien, et tout m'était fermé, Les portes du savoir, les oreilles du monde, Les jardins du bonheur, les' livres, parfumés Aux fleurs des Lyres qui fécondent.

Les portes du savoir s'ouvraient pour les crétins. Les blanches fleurs étaient pour les lèvres impures. Et j'étais l'emmuré, repoussé dans mon sein Comme dans une tombe obscure.

Lentement, sombrement, comme l'ombre d'un mort. Qui sortirait et qui marcherait sous un voile, Et que l'homme ne voit pas plus dans le jour d'or Qu'il n'y voit l'âme d'une étoile,

Comme un mort qui n'aui'dit qu'en des néants vécu, A glissé ma jeunesse en aspii'ant à naître. Et mon corps travaillait, courbé comme un vaincu. Avec des animaux pour maîtres.

Je n'ai pas fait de geste, et je n'ai pas crié, Car on m'eût plaint, croyant que c'était la folie. J'ai lutte clans ma tombe, et là j'ai tout créé, Mes fleurs, et mes fruits et ma vie,

Ma vie et ma pensée, et ma sève et mon cœur, I.e goût, plus précieux qu'une perle choisie, La sagesse d'azur, le rythme intérieur Avec ses voix de poésie.

Et mon aurore enfin, mon aurore du soir. Faite de feu, de rêve et déjeunasse intense, Et de volonté claire et de ce mâle espoir Qui souffre et sourit en silence.

Un joug sur mes deux yeux, j'ai lutté dans la nuit. Sans guide, sans soutien, sans ami, sans salaire, Cherchant en moi la route et l'astre, loin du bruit, Cherchant l'éclair dans la poussière.

Et la foule là-bas, le peuple et les salons,

Admiraient les montreurs, les sauteurs, les banquistes.

Et mon intime souffle attisait les rayons

De l'aurore dans mon sans: triste.

Ah ! l'aurore du soir, sacre de mes ferveui's, Qui descendit en moi comme un second baptême, Je te l'apporte avec ses lueurs et ses fleurs. Pour en baiser tes pieds que jaime,

Tes pieds que baisent mes tourments et mes combats, Mes œuvres, mes élans, mes travaux, mes études, Et mes mains qui te prient, et ma poitrine où bat Le cœur profond des solitudes.

Ah ! l'aurore du soir, qui bat sous mon manteau, Et qui vierge a monté d'un horizon d'abîmes, Aurore, amour, elle est mon être, encor nouveau, Et ses calmes rayons sont plus fiers ef plus beaux Qu'un regard des dieux sur les cimes.

La voici toute, avec ma tendresse et mes vœux. Et ses gerbes fusant pour ton apothéose. Et tout ce que j'ai pu ravir de flamme aux dieux ; Car je suis le vainqueur du destin, et je veux Etre le vaincu d'une rose.

Voici mon Ame : elle est le central diamant, Qui sous la terre, sous les ombres, sous les âmes, A rassemblé ses feux durant des milliers d'ans, Pour les épanouir enfin quelques instants Sur le tiède sein d'une femme.

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