II. LA PRIÈRE AUX BAISERS
Mes baisers dédaignés, dont ne voudra jamais
Celle qui vous donna la vie.
Vous restez enfermés en moi, comme un secret
Parlant de charme et de folie.
0 mes baisers captifs, vous pleurez dans mon sang, Vous chantez dans mes veines !
Et ma bouche en gémit, mais c'est en souriant, En souriant à votre peine.
La voix des nuits ine dit : Ces baisers douloureux S'éteindront à la fin sans doute
Dans ta chair pâle, et tu seras moins malheureux, Gomme évanoui sur la route. —
Oh ! non, mes baisers, non, il ne faut pas mourir. Comme les cris dans un naufrage.
Que je sente plutôt toujours vivre et soulïrir. Et s'exalter vos tendres rages !
Puisque vous ne pouvez sur les yeux, sur la main. Sur le cou, sur les pieds que j'aime.
Vous poser comme de l'aurore et du matin. Comme du printemps que l'on sème,
Du moins, il ne faut pas, il ne faut pas mourir.
Vous êtes encor ma jeunesse.
Dans votre mort je la verrais s'ensevelir,
M'abandonnant à la vieillesse.
Mes baisers, je vous garde en moi comme un trésor.
Comme des prières d'enfance.
Comme des fleurs d'Eden, comme des gouttes d'or
De la fontaine de Jouvence.
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