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RETOUR A PARIS

Ah ! te revoici donc, Paris !

Voici ton soir, voici tes fourmillements de lumière. Hier, dans cette province, au fond d'un silence de pierre, Les étoiles luisaient, comme d'immobiles esprits. Et dans la nudité des champs et de la nuit, C'étaitfunèbreetyrand, ces âmes là-haut, sans un bruit.

Ce ne sont plus ici que des lanternes, Mais elles vivent dans un fracas, elles vivent. Elles font scintiller le brouillard, les tavernes, Les robes, les cheveux, les sourires, les rives, Et la Seine qui dort sous les réverbères en fleurs, Etqui leur prend leurs feux pour ses rêves faits de lueurs.

Je ne vois plus briller les étoiles de la nature ; Car il leur faut tout noir le recueillement de la terre. Tes étoiles, Paris, sont sur ton sol, dans tes poussières. Dans tes ruisseaux, ainsi que des éclaboussures Du ciel, qui de partout en légions se ruent.

Et qui serpentent dans tes rues, Et frissonnantes d'échevellements y volent, Et s'y salissent, mais aussi les auréolent.

Ces myriades de clartés et de couleurs.

Ce sont tes astres et tes Heurs, Que n'éteint nulle brume et que n*a flétris nul hiver. Ce sont tes astres et tes fleurs qui, dans les vents. Au cœur même de ce janvier qui glace l'air.

Te font un merveilleux printemps.

Ce sont les fleurs du Mouvement, les fleurs sans tige. Ce sont les astres de 1 errance et du vertige. Ce sont les astres et les fleurs que ne retient Nul orbe dans l'espace et dans l'humus nulle racine. Déracinés, mouvants, comme tous ces essaims humains Que sur les boulevards tourbillonnants ils illuminent, — Déracinés, épars, pleins pourtant du rythme de l'ordre. Comme tous ces passants, comme cecœur qu'en ma poitrine Je sens jouir, souffrir, s'élancer, lyrique, et se tordre, — Déracinés, mais clairs, divins quoique artificiels,

150 LES SAISUNS FERVENTES

Ce sont les fleurs et les astres du g-rand Paris, Nés de sa foule, et de son âme et de ses cris, Et moins sublimes, mais plus enivrants qu'au ciel La verte myriade aux sereines mélancolies.

Car ils sont les vibrations Les plus vivantes d'une vie Intense et foi-midable, et qui jeta sa poésie Dans leurs flottants rayons.

Ces fleurs de feu, ces fleurs Filantes et versicolores, Tous ces bouquets éparpillés et voyageurs,

Ce printemps de lueurs Qui va semant, dans les galops et les vapeurs, Le vol en éclats d'une aurore.

Tout ce printemps, lancé dans cet hiver. Tout ce printemps de fleurs, tout cet hiver de glace, Fondus ensemble avec ces passants, ces éclairs. Tout cela fait jaillir la Force avec la Grâce,

Et courir chantants sur mon cœur Les archets pantelants des jeunes et fîères Vigueurs.

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