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LA FOUDRE ET LE SILENCE

sous LE TUNNEL

J'étais dans le train électrique Qui m'emportait, parmi son fracas de ferrailles, De la gare des Invalides à Versailles.

C'était novembre ; et sous un beau soleil féerique, La nature expirait, brillait d'une mort extatique. Mais nous avons soudain, comme approchait Versailles, Plongé dans la nuit d'un tunnel.

Et je vis, sur le mur fuyant et ténébreux.

Se profiler des étincelles, Des éclairs qui sortaient, à coups vertigineux. Du rail hurlant, de la trombe de fer,

A Tn AVERS LES SAISONS FERVENTES 1 0.'i

Comme si, poursuivant de ses funèbres yeu\

Notre ruée, un dieu, Montant de l'on ne sait quel fauve et pâle enfer, Vn dieu sublime et sinistre, à travers la terre

Faisait surgir de ses grands yeux

Et projetait jusque dans l'air Toutes les âmes dévorantes des enfers.

Et dans le noir, et sur la voûte, et dans le vide,

Eblouissantes et livides

Comme de la gloire et du deuil.

Elles fusaient, giclaient, en gerbes, de chaque clin d'œil.

En haut, tout près, le jour et la radieuse lumière, Et le château, les eaux, les arbres, les couleurs,

Et l'automne qui meurt, L'automne triste et merveilleuse, qui se meurt Sur le grand passé mort, mort comme une auguste chimère.

La mort là-haut, plus belle que la vie. Les rois tombés, les Heurs éteintes, le silence,

Et les nobles amoureuses, évanouies Comme un songe de l'onde aux insaisissables nuances... Là-haut, la mort plus fascinante que la vie... Là-haut, le clair soleil et le divin silence...

Ici, la vie.

Et les ténèbres, et les cris, et le génie

De l'homme moderne aux mains noires!

Ici, la foudre en son impériale histoire... Ici, le dieu nouveau, qui fait danser les freins,

Change le vertige en victoire Et, d'un trait de ses yeux, nous emporte à travers sa gloire,

Le dieu souterrain, souverain !

Je me suis plu, la tête à la portière,

A tendre, dans l'ombre et le vent, Mon sourire immobile au grand rire volant De ces éclairs.

Dans mes sens et mon cœur un fraternel instinct

Aime la flamme intelligente et sage.

Qui darde les reflets de sang et de carnage Et qui pourrait encor foudroyer les destins, Mais qui, pareille au feu que couve dans son sein

Le poète vibrant et sage,

Fait de sa force l'eurythmie De Tordre conscient, et du génie et de la vie.

A tham:rs m:s saisons ferventks 105

On ne sait pas, on ne sait pas Que sous ma chair secrète et dans sa nuit, Le uiènie feu panlelle et flambe, encor sans bruit,

El que c'est lui Qui, sous le tunnel noir, sourit à mes lèvres tout bas,

Sourit, vibrant et sajje, En re^^^rdant courir la foudre et cet orage Qui, sous terre roulant, nous emporte vers le jour d'or, Vers les palais, vers les amours aériens. Vers le baiser sacré que, dans le parc aux doux bassins. Sous les feuilles d'automne, échangent la vie et la mort.

Sous ma chair, dans mon sang, il vole aussi, comme un essaim,

Le feu suprême de l'essor.

Et de la foudre intérieure et de l'aurore,

Le dieu souteri-ain, souverain.

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