LE POSTE SUR LA LIGNE
Seul en sa chambre de verre, toute petite, Où des timbres sonnants palpitent
Comme des âmes, Il guette le gnlop halelnnt des convois,
Eu qui la foudre a mis sa flamme Et le tonnerre tout son délu;,^e de voix. II fait danser les (ils avertisseurs.
Quand ses yeux vers le sol qui bourdonne se penchent. Il voit sur le talus des marguerites blanches,
De l'herbe et du soleil rieur.
Et Ton peut goûter là tout le miracle de la vie, Le vertige et la paix, toute une grande poésie Que ce pauvre employé sans doute ne voit pas. Ou, s'il l'entend parler dans ses sens, mais tout bas, Il ne pénètre point son mystère religieux
Et ne sait comment on la nomme.
Mais j'écoute jaillir le divin, frémissant et bleu. Du contact de ces trains hurlants, force de l'homme. Et de cette nature humble et calme, force de Dieu.
Car les visages du divin sont toujours deux.
Ainsi que dans l'amour. Et c'est, frappant nos cœurs,.
L'éternité qui vit avec l'instant qui meurt,
Le train qui passe avec les marguerites qui demeurent.
Et celui-là, c'est l'homme, et celles-ci, c'est Dieu.
Et c'est lorsque ces deux figures du divin Se rencontrent dans un éclair vif et soudain
Qu'on perçoit le mystère ineffable et religieux.
Et je pourrais ici vivre les jours Longuement monotones, Près de l'herbe immobile et des trains en trombes qui tonnent. Et je saurais trouver, comme dans un amour Exaltant à la fois et calme et reposant, Les inspirations fécondantes, qui créent De Léternelle vie avec les éclairs de l'instant. Et dans le feu tombé des foyers galopants Je trouverais parfois l'étincelle sacrée, En souriant tout seul aux petites fleurettes fées.