LA DAME DE L'AVENIR
En vain j'ai cru la voir, la suprême figure Qui n'est peut-être qu'en moi seul,
Belle comme la vie et comme la nature. Grave et tendre comme un aïeul,
La figure d'amour, de grâce et de constance, Qui saura dans son âme unir
A l'instinct féminin la mâle conscience. Mariage de l'avenir,
La figure pensive et jeune, et fière et bonne, Qui m'apportera dans ses yeux
Et les fleurs d'Ophélie et le feu d'Antigone, Toute la femme et tous le» cieux.
0 figure de mon aurore intérieure, Dans le soir qui sur moi descend comme un adieu, Oh 1 viens, et que ma lèvre, ô Fiancée, effleure Le sourire du doux couchant dans tes cheveux !
Ah ! l'aurore du soir dans la douceur de tes cheveux l
Elle viendra sans bruit régner sur son domaine, Douce comme un levant, grave comme le nord, Et, devant la beauté de sa face de reine, Le jour et la nuit seront morts.
Car elle aura fondu dans sa jeune harmonie La lumière avec l'ombre, et dans Tair ce sera Un fluide pensant, une splendeur bénie.
Et, se nimbant d'amour, la figure de l'Hosanna.
Un astre, si divin qu'il exalte et repose,
Montera dans le ciel comme une lune d'or,
D'où couleront non plus des lys blancs, mais des roses
Rouges comme des cœurs devenus l'éther et l'essor.
Et tous les faux espoirs, tous les soucis frivoles, Les chagrins, les rancœurs et les vulgaires maux, S'effaceront en moi devant cette auréole Calme et qu'allumera pour jamais le souffle du Beau.
Et ce sera la joie intense et recueillie,
Fervente comme un sein meurtri par les adieux.
Ce sera la douceur altière d'une vie
En qui jadis la mort a longuement plongé ses yeux.
Alors, cette clarté que la pensée inonde, Cette aurore d'un soir de cœur et de raison, J'irai, la saluant comme l'éveil d'un monde, Car elle sera ma saison.
Elle sera le mâle héroïsme qui règne.
Agit, et que plus rien jamais ne troublera. Et qui sert l'idéal sans y croire, et qui saigne, Mais boit son sang stoïque et jusqu'à la fin sourira.
Elle sera mon rythme et mon âme, et c'est elle
Qu'à travers les plus clairs soleils, même au printemps'
J'évoque et j'entrevois, et que tout bas j'appelle,
Et qu'au fond de mon cœur l'espoir triste et tranquille attend