‹ Les saisonsChapitre 38 sur 73 · L'EDUCATION D'UN PRINCE · texte numérisé non relu

L'EDUCATION D'UN PRINCE

Cosroès avoit un ministre dont il étoit content, et dont il se croyoit aimé. Un jour ce ministre vint lui demander à se retirer. Cosroès lui dit : Pourquoi veux- tu me quitter? j'ai fait tomber sur toi la rosée de l'abondance; mes esclaves ne distinguent point entre tes ordres et les miens; je t'ai approché de mon cœur, ne t'en éloigne jamais. Mitrâne, c'étoit le nom du ministre , répondit : 0 roi , je t'ai servi avec zélé , et tu m'en as trop récompensé ; mais la nature m'impose aujourd'hui des devoirs sacrés , laisse-lesmoi remplir : j'ai un fils , il n'a que moi pour lui apprendre à te servir un jour comme je t'ai servi.

Je te permets de te retirer, dit Cosroès , mais à une condition.

Parmi les hommes de bien que tu m'as fait connoître il n'en est aucun qui soit aussi digne que toi d'élever un jeune prince ; finis ta carrière par le plus grand service qu'un homme puisse rendre aux hommes : qu'ils te doivent un bon maître . Je connois la corruption de la cour; il ne faut pas qu'un jeune prince la respire : prends mon fils, et va l'instruire avecle tien dans la retraite, au sein de l'innocence et de la vertu.

ORIENTALES. 4oi

Mitràne partit avec les deux enfants ; et après cinq ou six années il revint avec eux auprès de Cosroès , qui fut charmé de revoir son fils , mais qui ne le trouva pas égal en mérite au fils de son ancien ministre. Il s'en plaignit à Mitrâne, qui lui répondit : O roi ! mon fils a fait un meilleur usage que le tien des leçons que j'ai données à l'un et à l'autre. Mes soins ont été partagés également entre eux ; mais mon fils savoit qu'il auroit besoin des hommes , et je n'ai pu cacher au tien que les hommes auroient besoin de lui.

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