L'ESPÉRANCE
Que le prophète soit avec le célèbre Aïsher ! Voici ce que ma dit Aïsher dans les jours de sa vieillesse :
Le ciel a béni le cours de mes années : si mon pays est devenu la proie des enfants d'Omar, et si j'ai cessé d'avoir une patrie; retiré dans la Perse, j'ai cherché à être utile aux hommes en leur inspirant les vérités et les sentiments qui servent par -tout au bonheur. Le roi des rois m'a comblé de ses grâces ; mon épouse et mes enfants ont joui de mes richesses et de mon cœur. Le temps qui a courbé mes reins et sillonné mon visage ne m'ôta jamais le doux souvenir de ma vie passée, mais il me déroboit l'avenir. J'ai senti que je perdois l'espérance.
La perte de l'espérance est le tourment de la vieillesse.
Le printemps ramenoit aux environs de Schiras les parfums , les couleurs , et l'harmonie : j allai à la campagne; et les délicieuses sensations que me donnoient toutes les beautés et tous les changements de la nature rajeunissoient mon cœur.
Je portois souvent mes pas vers une métairie située au bord d'un petit lac couronné de bois et de coteaux. J'étois charmé de ce paysage, et j'achetai la métairie.
Je ne tardai pas à m'occuper des productions de ces champs et de ces jardins qui avoient réjoui ma vue. Là je fis planter des arbres qui dévoient dans peu me donner des fruits savoureux; ici je fis semer des grains qui pouvoient me rendre cent fois la semence que je confiois à la terre. Au pied de ce coteau, je vis fleurir une vigne qui me promettoit des vins dignes de la bouche du roi des rois. Dans le terrain le plus près de ma maison , des légumes croissoient pour ma table , et à ces légumes d autres dévoient succéder.
Le Dieu du ciel n'ajoutoit pas un jour à la chaîne de mes jours, il ne remplaçoit pas une saison par une saison , sans me faire jouir de quelques biens et sans m'en promettre de nouveaux.
Je retrouvai l'espérance; je la trouvai cette source des pensées , cette ame de la vie , ce charme de tous les âges. Au pied de mes arbres, dans mes allées, je la rencontre tous les jours. Ces fruits que je cueille me disent quelle ne m'a pas trompé. Ces fleurs qu'elle me présente ne me tromperont pas davantage.
Vivez, ô jeunesse, dans le sein des villes opulentes; elles sont le séjour de l'instruction et des plai-
sirs. Jouissez-y des délices de votre âge, instruisezvous avec les hommes dans Fart de les servir un jour.
Vous qui parvenez à l'âge mûr, habitez les camps et les cours, remplissez les tribunaux, volez sur les mers, servez ou protégez la société qui vous fait jouir de ses biens.
Et vous dont la course s'est ralentie , et qui arrivez à la fin de votre carrière , ô vieillards , habitez les champs. Là, dans un repos interrompu par de douces occupations , vous jouirez du passé , vous saisirez le présent, et les illusions de l'espérance vous amuseront encore le jour même où le temps ouvrira pour vous les portes du tombeau.
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