‹ Les saisonsChapitre 7 sur 73 · ÉPITRE A · texte numérisé non relu

ÉPITRE A

Du ciel , Philis , vous eûtes en partage Des yeux très noirs , un très joli visage , Des bras , des mains , un teint , et caetera. Vous chantez bien , votre voix est charmante ; Mais cette voix deviendra plus touchante. Votre esprit plaît ; mais votre esprit plaira Bien plus un jour. Je vous vois dans la danse Avec scrupule observer la cadence; On vous approuve, on ne vous en dit rien. Sur le clavier, quand votre main brillante Joue avec art une pièce savante , On dit, Philis, que vous jouez très bien; Et voilà tout. Moi, je dis sans mystère Qu'à vos talents vofts pouvez ajouter, Même beaucoup. Ce n'est point là flatter; Mais je suis vrai. Si quelqu'un peut vous plaire. Je le sens bien , Philis , j'en gémirai ;

Mais ce quelqu'un vous sera fort utile ; Vous deviendrez tout d'un coup plus habile, Plus belle encor : je vous en convaincrai. Premièrement , ces yeux dont la prunelle Dans son repos éclate d'un beau noir, Ces deux grands yeux qui ne savent que voir, Auront d'abord une beauté nouvelle ; Ils regardoient; Philis, ils parleront.

En s'animant du feu de la pensée , Vous sentirez , et vos yeux le diront.

Vous ravirez une foule empressée Damants nouveaux, au son de l'instrument Que votre main , plus légère et plus sûre , Dès cet instant parcourt plus vivement.

Les voyez-vous battre en chœur la mesure , Ou fredonner l'air tendre et gracieux Que vous jouez et qu'expriment vos yeux?

Si vous dansez , ils admirent vos grâces ,

Cet air plus vif, cette tête , ces bras ;

La volupté semble tracer vos pas ,

Et mille Amours s'empressent sur vos traces.

Plus d'une belle enrage en ce moment ,

Mais n'en dit mot, et vous fait compliment.

Quand j'entendrai votre bouche vermeille Chanter le dieu qui régnera sur vous ,

De votre voix les sons à mon oreille Seront alors plus touchants et plus doux ; Vous me verrez tomber à vos genoux.

Aimez , Philis , et vous serez parfaite :

Si vous n'aimez , soyez du moins coquette.

J'ai jusqu'ici parlé pour votre bien;

M'est-il permis de parler pour le mien?

Si vous sortez de l'état insipide

Où votre cœur languit dans ses beaux jours ,

Jeune Philis, souvenez- vous toujours

Que je m'offris à vous servir de guide.

En profitant de mes sages avis ,

N'oubliez pas qu'ils méritoient un prix.

Je ne viens point demander pour salaire

Un cœur tout neuf qui s'effaroucheroit;

Je vous ai dit comment vous pourrez plaire ,

Je vais chercher comment on vous plairoit

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