LE SOIR
Le soleil finit sa carrière ; Le temps conduit le globe ardent , Et , dans des torrents de lumière , Le précipite à l'occident.
Sur les nuages qu'il colore Quelque temps il se reproduit; Dans les flots azurés qu'il dore Il rallume le jour qui fuit.
La vapeur légère et fluide
Que rassemble un air tempéré \a. bientôt de la terre aride Rafraîchir le sein altéré.
Des roses qu'il a ranimées Zéphyre embellit les couleurs ; Il voltige de fleurs en fleurs , Et , de ses ailes parfumées , Répand les plus douces odeurs.
Quittons le frais de cet asile , Où , loin du tumulte et du jour, Ma muse légère et facile Offroit des chansons à F Amour.
Sensible aux accords de ma lyre , Puisse Lisette à son retour Applaudir aux vers qu'elle inspire !
Mes yeux errant sur ce coteau Dans le lointain ont vu Lisette; Ah ! courons vite à sa houlette Attacher un ruban nouveau ; Que dune guirlande nouvelle Ma main couronne ses cheveux , Et quelle lise dans mes yeux Le plaisir de la voir si belle.
Aux bruits des champs , à leurs concerts , Déjà succède le silence;
L'ombre descend , la nuit s avance En planant sur les champs déserts.
Déjà sur ses ailes légères Morphée amène le repos :
Dieu puissant , suspends les travaux , Endors les époux et les mères , Et ne verse point tes pavots Sur les yeux des jeunes bergères.
Mais de 1 horizon nébuleux
S élance un astre qui 1 éclaire ,
Et sur 1 océan ténébreux
Fait jouer sa foible lumière.
Les rayons du globe argenté
Tombent et pénétrent les ombres.
La nuit fait tort à la beauté ,
Le grand jour à la liberté;
Ces feux pâles , ces clartés sombres ,
Sont le jour de la volupté.
J'entends la voix de Philoméle,
Je m arrête pour l'écouter;
Comme elle je voudrois chanter
Le plaisir que je sens comme elle.
Échappée aux regards jaloux,
Lisette arrive au rendez-vous ;
D'un feu plus doux ses yeux s'animent .
Les miens annoncent mes désirs ; Nos regards confondus expriment L'espoir et le goût des plaisirs.
Aimable fils de Cythérée , De l'ivresse de nos esprits Tu ne peux augmenter le prix Qu'en ajoutant à sa durée.
De ce délicieux moment Fixe le passage insensible; Que dans sa course imperceptible Le temps vole plus lentement.
Dans les fougues du plaisir même Que sans cesse le sentiment Ajoute à mon bonheur suprême; Que, dans les bras de ce que j aime, Des transports , de l'emportement, Je passe à ce calme charmant Où lame, après la jouissance, Sans tumulte , mais sans langueur, Dans un voluptueux silence Se rend compte de son bonheur.
Mais la mollesse où tu nous plonges, Sommeil , suspendra nos désirs :
Dans des tableaux vrais que les songes Nous retracent tous nos plaisirs.
Puissé-je encor dans ton empire Près de Lisette soupirer,
La voir dans mes bras , l'adorer, Et m éveiller pour le lui dire !
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