‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 10 sur 66 · AUGMENTATION · texte numérisé non relu

AUGMENTATION

à Paris : dans Les ailles chefs-Ueax:

Carrossiers 50 67

Chapeliers 62 65

Charrons 50 70

Ebénistes lU 65

Jardiniers 50 67

Maréchaux ferrants 64 67

Perruquiers coiffeurs 100 91

Tailleurs d'habits 67 63

Dans ces professions, où la hausse a été accentuée et où elle s'est produite d'une façon égale, le salaire a-t-il été porté à un taux élevé, ou est-il resté relativement faible ?

A l'exception des ébénistes, dont le salaire, en 1881, était de 7 fr. 50 à Paris, et de 3 fr. 63 dans les villes chefs-Ueux de département, ces professions offrent des salaires qui sont loin d'être exagérés. I^es carrossiers, les chapeliers, les charrons, les m aréchaux-f errants ont une rémunération dont le taux gravite autour de la moyenne. Mais les jardiniers, les perruquiers-coiffeurs et les tailleurs d'habits avaient, en 1881, à Paris, 3 fr. 75, 4 et 5 fr. ; dans les villes chefs-lieux de département, ils avaient eu la même année 2 fr. 98, 2 fr. 58 et 3 fr. 21.

L'on peut donc dire que, réserve faite des ébénistes, l'augmentation la plus forte a porté sur les salaires les plus faibles.

Les professions où Taugmentation est restée à la fois au-dessous de la moyenne de Paris et de celle des villes chefs-lieux de département sont les suivantes :

AU6MKI«TAT10N 0/0:

Paris : Villes chefs-lieux :

Bijoutiers orfèvres 42 50

Chaudronniers 33 60

Ghaussonniers. 28 52

Cordiers 33 60

Forgerons 40 57

Imprimeurs 30 5S

Potiers 14 55

Selliers 25 57

Tourneurs 33 62

Tapissiers 25 55

Teinturiers 28 59

Tourneurs sur métaux 40 54

Vanniers 20 62

Les bijoutiers-orfèvres avaient, en 1881, à Paris, un salaire ordinaire de 7 fr., et, dans les villes chefs-lieux de département, de 4 fr. 12. Ils sont donc de la classe des privilégiés. Nous en dirons autant des forgerons, des imprimeurs etdes tourneurs sur métaux ; ceux-ci avaient, à Paris, les premiers 7 fr. ; les seconds 6 fr. 50, et les troisièmes 7 fr. ; en province, 3 fr. 80, 3 fr. 75, et3fr. 89. — Mais il est quelques malheureuses professions où le salaire est encore faible, et où cette circonstance ne pourrait suffire à eu expliquer Taccroissement très restreint ; les chaussonniers sont du nombre : en 1881, 2 fr. 25 à Paris, 2 fr. 73 en province, tel était leur salaire. Il faut citer également les cordiers, dont la rémuuération n'est encore que de 4 fr. et de 2 fr. 82 ; les potiers, qui gagnent 4 fr. à Paris, 3 fr. 04 en province ; les selliers, 5 fr. et 3 fr. 3(> ; les tanneurs, 5 fr. et 3 fr. 26 ; les tapissiers, 5 et 3 fr. 72 ; les teinturiers, 4 fr. 50 et 3 fr. 05, et les vanniers, 4 fr. 50 et 2 fr. 92.

II est une catégorie de professions où le salaire a

dépassé la moyenne de 48 0/0 à Paris, sans atteindre celle de 63 0/0 dans les chefs-lieux de département ; ce sont les suivantes :

AUGMEITTATlOIf 0/0 :

Paris. Villes chtb-lieux :

Brasseurs 8i 55

Briquetiers 100 61

Carriers 66 58

Couteliers 50 60

Poôliers lumistes 75 6t

Relieurs 57 55

Sculpteurs ornemanistes 75 44

Les sculpteurs ornemanistes ont comme salaire 7 fr. à Paris, 4 fr. 95 dans les chefs-lieux de département ; si, dans ces dernières villes, Taugmentation pour eux n'a pas atteint la moyenne, c'est que leur rémunération y était déjà très élevée. — Nous en dirons autant des poéliers-fumistes et des brasseurs, gagnant respectivement, en 1881, 3 fr. 67 et 3 fr. 43.

Quant aux briquetiers, aux carriers, aux couteliers et aux relieurs, sans nul doute leur salaire n'est nulle part très élevé ; et c'est peut-être pour cette raison que raccroissement en a dépassé la moyenne à Paris. Les premiers et les deuxièmes n'avaient, en effet, à Paris, que 3 fr. en 1853 ; ils arrivent aujourd'hui les uns à 6 fr, et les autres à 5 fr. — Au contraire, en province, le salaire de 1853 était de 1 fr. 88 pour ceux-là, et de 2 fr. 02 pour ceux-ci.

Examinons, en quatrième lieu, les professions où le salaire a dépassé la moyenne de 63 0/0 dans les villes chefe-lieux de département, sans atteindre celle de 48 0/0 à Paris.

AUQHENTATIOlf 0/0 :

Paris. Villes chefs-lieux :

Boulangers. 40 85

Cordonniers 16 81

AUGMEIfTATION 0/0 :

Paris. Villes chefs-lieux :

Ferblantiers lampistes. 42 65

Horlogers 33 67

Tisserands 28 76

Tonneliers 17 63

Tourneurs sur bois 25 65

Vidangeurs 11 67

Les boulangers de Paris avaient déjà en 1853 un salaire très élevé, ainsi que nous le verrons plus loin ; leurs compagnons de province réussirent à faire augmenter le leur. Les horlogers avaient déjà à Paris un très beau salaire en 1853 ; c'est la raison qui en explique le faible accroissement depuis cette époque.

La cordonnerie compte beaucoup d'ouvriers en province ; c'est là où se trouvent ses ateliers ; les salaires devaient y augmenter davantage qu'à Paris.

Les autres professions où l'accroissement s'est fait surtout sentir en province, sont celles où les salaires y étaient les plus modestes. Nous trouvons là une nouvelle application d'une loi qui préside à la hausse des salaires.

Avec les données de la statistique annuelle, nous n'avons pu étudier que les augmentations de salaires survenues de 1853 à 1881 ; mais nous avons sur quelques professions des renseignements qui nous reportent un peu plus loin en arrière. Il existe notamment sur la boulangerie parisienne un document très intéressant, présenté le 6 novembre 1879 à la Chambre syndicale de la boulangerie par son président, document que M. Leroy- Beaulieu a reproduit dans son Essai sur la Répartition des richesses (1) :

1830. — Les ouvriers sont payés 26 fr. 25 par semaine, ou 3 fr. 75 par jour.

(1) Page 446, 2» éd. — V. aussi VEconomiste français, du 24 février

1840. — Les ouvriers sont payés 28 fr. la semaine ou 4 fr. par jour ; les fournées supplémentaires, 50 centimes.

1848. — Arrêté de M. Caussidiére, préfet de police, qui établit le tarif suivant (28 mars) : 31 fr. 50 par semaine ou 4 fr.50par jour; les fournées supplémentaires sont taxées à 60 et 75 centimes.

1849. — L'arrêté de M. Caussidiére est rapporté, et Ton retourne au prix de 1847, suivi jusqu'en 1854.

1854. — Les ouvriers sont payés 30 fr. par semaine, soit 4 fr. 30 par jour.

1859. — Les ouvriers sont payés 32 fr. par semaine, ou 4 fr. 55 par jour.

1863-1864. - A la suite du décret du 22 juin 1863, établissant la liberté de la boulangerie, il y eut ouverture de nouvelles boulangeries et pénurie d'ouvriers ; le salaire de ceux-ci monta à 35 fr. par semaine, ou 5 francs par jour ; les fournées supplémentaires furent payées 1 franc.

1867-1868. — Exposition universelle. Quoique les placiers fassent venir 2 ou 3,000 ouvriers de la province, les prix montent. Les ouvriers arrivent à 38 fr. par semaine, ou 5 fr. 45 par jour.

1870-1871. — Pendant le siège de Paris, les ouvriers élèvent la semaine à 40 et 42 fr., soit 5 fr. 75 ou 6 fr. par jour.

1879. — Le 30 octobre, une réunion des ouvriers boulangers, tenue au Cirque d'Eté, résolut de soumettre au syndicat de la boulangerie parisienne des propositions tendant à obtenir : 1° que la journée fût portée à 7 francs, ce qui, de 42 francs, élevait à 49 francs la semaine ; 2° que le prix des fournées supplémentaires (1) fût porté à 1 fr. 50. Ils réclamaient, en outre, le maintien de l'u-

(1) Une équipe de deux ouvriers doit faire 4 fournées ; trois ouvriers, 6 fournées. — Les autres fournées sont dites supplémentaires, et sont payées à part.

sage en vertu duquel le patron doit donner un kilogramme de pain et vingt centimes de vin par jour à chaque ouvrier.

La Chambre des patrons, pour faire preuve d'un esprit conciliant, se décida à augmenter de 3 francs le salaire de la semaine, et aie porter à 45 fr. Il n'était point touché au prix des fournées supplémentaires. Les ouvriers refusèrent ces propositions, et, sans organiser ouvertement une grève, qui aurait pu exciter contre eux la réprobation publique, ils adoptèrent le système connu sous le nom de rotatioriy lequel consiste à changer chaque jour de maison, ce qui est une cause d'ennuis pour le patron et de malfaçons dans le travail. Ils finirent toutefois par céder, et par accepter le tarif patronal, qui, avec le kilogramme de pain et les vingt centimes de vin, représente un salaire de 49 fr. par semaine ou de 7 francs par jour, non compris le paiement des fournées supplémentaires.

Bref, de 1830 à 1880, soit en cinquante ans, le salaire de cette profession s'est accru de près de 90 0/0.

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