CHAPITRE II
Les Salaires de la petite industrie.
Professions diverses. — Statistique annuelle. — Les soixante et quelques professions de la petite industrie. — Paris , villes chefs-liuux de département. — Ouvriers nourris et non nourris. — Taux moyen de l'augmentation.-— Professions pour lesquelles l'augmentation a dépassé partout la moyenne. — Professions pour lesquelles elle lui est restée inférieure. — Professions où Taugmentation a dépassé la moyenne à Paris, sans la dépasser en province, et inversement. — Les ouvriers boulangers.
Dans le chapitre précédent, nous n'avions presque, pour nous guider, que le résultat de nos investigations personnelles. Ici, au contraire, nous possédons des renseignements officiels. La statistique annuelle publie, en effet, depuis 1853, un tableau contenant le taux des salaires, pour Paris et pour les villes chefs-lieux de département, de soixante et quelques professions, qu'elle considère comme constituant la petite industrie ; pour chacune d'elles, elle indique 1^ salaire ordinaire, le salaire maximum, et le minimum. — Relativement aux ouvriers des départements, elle relate séparément la rémunération des ouvriers nourris par le patron, et de ceux qui ne le sont pas ; à Paris, l'ouvrier n'est pas, en général, nourri chez le maître.
La statistique comprend dans les mêmes colonnes le salaire de l'homme et celui de la femme ; il en résulte un abaissement de la moyenne générale. — Nous pro-
posant de consacrer au salaire de la femme un chapitre spécial, nous le négligerons en ce moment.
La comparaison du salaire moyen ordinaire de l'ouvrier mâle non nourri en 1853, en 1871 et en 1881, nous amène à constater la hausse suivante :
Augmentation p. 0(0 ëe 1853 1871 1881 1853 à 1871 1853 à 1881
Paris fr.3,82 4,99 5,66 310/0 48 0/0
Villes chefs-lieux fr.2,06 2,90 3,37 41 63
Ce résultat accuse une augmentation, pour les trente dernières années, de 48 0/0 à Paris et de 63 0/0 dans les villes chefs-lieux de département.
Si maintenant, en laissant de côté Paris, nous voulons nous rendre compte de Técart entre le prix de Ton vrier nourri et celui de Touvrier non nourri dans les villes chefs-lieux de département, nous remarquons qu'en 1871 le salaire ordinaire de l'ouvrier nourri était de 1 fr. 49, alors que celui de l'ouvrier non nourri était de 2 fr. 90; pour 1881, les chiffres sont respectivement de 1 fr. 61 et de 3 fr. 37. Le salaire de l'ouvrier nourri représente donc environ la moitié de celui de l'ouvrier non nourri. (1)
Tous ces chiffres doivent donner lieu à une observation : non seulement ils n'ont trait qu'au salaire ordinaire, et ne sont pas l'expression du maximum, qui, dans la pratique et notamment à Paris, est atteint par la majorité des ouvriers (2), mais encore nous avons de très sérieuses raisons de croire qu'ils sont au-dessous de la vérité.
(1) La même proportion se retrouve pour 1853 : 0,96 pour l'ouvrier nourri, et 1 fr. 89 pour l'autre. Ces chififres représentent la moyenne générale, applicable aux hommes et femmes réunis.
(2) Le salaire maximum est de 10 fr. pour les bijoutiers et orfèvres, ainsi que pour les lampistes, le salaire ordinaire étant respectivement de 7 fr. et de 5 fr. — Les tailleurs de pierre ont comme salaire ordinaire 8 fr. ; leur salaire maximum serait de 13 fr. (Anniuiire statist, de 1884).
Nous attachant spécialement au salaire masculin de la petite industrie, à Texclusion des professions du bâtiment, nous devons rechercher sur quels métiers ont porté les plus fortes augmentations, et examiner ensuite si la hausse a été générale, ou si elle a été spéciale à notre capitale ou à la province.
Les professions où Taugmentation a dépassé la moyenne générale, tant à Paris que dans les villes chefs-lieux- de départements (48 et 63 0/0), sont les suivantes :