‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 17 sur 66 · L*OUVRIÈRE · texte numérisé non relu

L*OUVRIÈRE

rapide ; la hausse y a même été plus forte que pour les salaires masculins.

Professions.

Blanchisseuses

1 fr. 25

Brodeuses

Corsetières

Couturières en robes..

Culottières

Dentellières *...

Fleuristes

Giletières

Lingères

Modistes

Piqueuses de bottines.

Moyenne générale. . . 1 fr. 07

fr.50

fr.48

fir.75 • 70

fr.77

Aug. 0(0.

Ces chiffres représentent la moitié du salaire des hommes daas les villes chefs-lieux de département. — La hausse ici est de 65 p. 0/0 ; elle n'est que de 63 p. 0/0 pour le salaire des hommes.

U Annuaire statistique de 1884 donne, pour toutes les professions de la grande industrie, les chiffres de 2 fr. 67 pour le département de la Seine, et de 1 fr. 76 pour les autres départements, soit encore la moitié environ du salaire mascuhn.

Mais, malgré la hausse dont ils ont bénéficié, ce sont encore là des salaires tristement insuffisants, comme ceux qu'avait devant les yeux M. Jules Simon, lorsqu'il se posait le problème insoluble du budget de l'ouvrière. A quoi tient cette insuffisance ? Les causes en sont nombreuses, et leur examen trouvera sa place dans la seconde partie de notre étude.

Si de l'ouvrière nous passons à la domestique, l'aspect est autre ; la situation est meilleure, et la hausse plus forte.

En effet, les gages ont crû au profit des deux sexes dans une proportion considérable, et il faut en attribuer la raison autant à ce sentiment d'indépendance qui s'em-

pare de plus en plus du prolétariat, et qui le pousse à demander à Timportance de la rémunération la sorte de déshonneur qu'il attache à des services personnels; il faut, disons-nous, l'attribuer autant à cette circonstance qu'au besoin de bien-être ressenti aujourd'hui par la bourgeoisie et les classes aisées. La hausse ici ne saurait avoir pour cause ni pour prétexte la cherté des subsistances. Le domestique est nourri ; il est logé ; la défroque du maître l'habille ; ses gages tout entiers peuvent être affectés à l'épargne. Néanmoins, c'est au profit des domestiques que l'augmentation a été la plus forte ; de 1853 à 1881, elle a atteint 90 à 100 pour 0/0 dans les villes chefs-lieux de département, dépassant ainsi de beaucoup la proportion de 63 0/0 que nous avons constatée pour les ouvriers non nourris de ces villes, et dépassant surtout celle des ouvriers nourris, dont le salaire moyen a haussé seulement de 58 0/0.

Voici les chiffres :

Domestique attaché au service de la personne

(taux moyen) 222 fr. 415 fr.

Domestique attaché au service de la maison

(cocher, palefrenier) 254 415

Domestique femme attachée au service de la

personne 163 308

Cuisinière 190 332

Domestique femme, faisant les deux services. 181 344

Ajoutez à cela les étrennes, les pourboires, les gratifications, et les autres profits plus ou moins illicites qui leur échoient, le sou pour franc, quand il n'est pas le sou pour sou, comme pour cette servante naïve dans sa rédaction, sinon dans ses procédés, qui libellait ainsi ses écritures : « un petit pain d'un sou, ci... deux sous », ajoutez tous ces avantages pécuniaires, et vous comprendrez que les domestiques trouvent un large dédommagement de cette dépendance que les ouvriers

l'ouvrière. 73

de Paris envisagent, bien à tort, comme une demi servilité.

A Paris, les gages de certains domestiques atteignent parfois 1,000 fr. par an (1), c'est-à-dire la somme que Ton regardait en 1678 comme suffisante pour entretenir une antichambre composée de trois femmes, quatre laquais, un valet de chambre et deux cochers. C'est, en effet, le chiffre fixé « pour les gages et les habits des gens, » par la sage Madame de Maintenon, à son frère le comte d'Aubigné, qui se mariait, et dont le revenu total ne dépassait pas 12,000 f r.

Combien plus éloignés sommes-nous des gages tarifés par redit de 1350, qui réglait la condition des gens de maison, comme il le faisait pour les salaires agricoles : Les chambrières, disait l'édit, qui servent aux bourgeois de Paris, seront payées trente sols l'an^ le plus fort^ et non plus , et les autres à leur value y avec leur chaussement en sus. Les nourrices auront cinquante sols. Celles qui nourrissent enfants hors de la maison du père et de la mère gagneront et prendront cent sols l'an. Les recommanderesses et entremetteuses qui ont accoutumé de louer chambrières et nourrices, sont autorisées à percevoir, pour recommander ou louer une chambrière, dix-huit deniers, et pour une nourrice, deux sols : ce taux ne peut être dépassé, à peine de dix sols d'amende. Le louage ne doit avoir lieu qu'une fois l'an. La recommanderesse qui loue deux fois l'an est punie par prise de corps au pilori, »

Quelle peine édicterait le bon roi, si, ressuscitant aujourd'hui, il voyait le trafic odieux auquel se livrent certaines agences de placement (2) ?

(1) Annuaire statistique 1884.

(2) M. de Fo ville. Economiste /r. du 4 mars 1676. Les Variations de

pnx.

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