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CHAPITRE VI

Les Salaires à l'étranger. — Comparaison entre les

divers pays.

Slatistiqae comparée du D' EDgel et des consuls américains. — Classement des contrées d'après Tordre décroissant des salaires. — Industrie du bâtiment. — Professions diverses.— Il y a lieu, pour comparer les salaires de New-York et de Chicago, de faire intervenir la statistique des salaires parisiens.— Statistique de M. Jeans, et VÂuntralian Hand- Book.-- Les Etats-Unis ont les salaires les plus élevés.— Comparaison du nombre proportionnel des femmes employées dans les différents pays.

En 1879, le docteur Engel, un des premiers statisticiens d'Europe, dans la Statistische corresponderuSy consacrait un article à la comparaison des salaires et du prix des vivres dans les différentes contrées européennes et aux Etats-Unis d'Amérique. L'auteur empruntait luimême ses renseignements à une série de rapports que les consuls américains avaient rédigés pour le congrès de Washington (1). Mais ces chiffres n'avaient qu'une valeur simplement approximative, le D"" Engel l'avouait luimême ; en outre, ils n'étaient pas complets, ne concernant que les métiers urbains, et laissant de côté tant l'industrie agricole que l'industrie manufacturière proprement dite ; enfin, ils ne traduisaient, pour les contrées européennes, que la moyenne supposée du salaire de chaque corps

(1) V, le Bulletin de statistique du ministère des finances. Novembre

d'Etat dans tout le pays ; pour les Etats-Unis, au contraire, ils n'avaient trait qu'au salaire de deux grandes villes, New- York, qui, avec ses dépendances, a deux millions d'habitants, et Chicago, qui en compte 3 ou 400,000. — Les pays européens qui figurent dans ces tableaux sont la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et l'Ecosse.

Les diverses contrées comparées pourraient à peu près se classer, d'après l'ordre décroissant des salaires, de la façon suivante : New- York d'abord, puis Chicago ; au troisième rang, l'Ecosse, puis l'Angleterre ; ensuite, la France^ la Belgique ; plus loin, TEspagne, l'Italie, et au dernier rang, l'Allemagne.

Si nous examinons l'industrie du bâtiment, nous voyons qu'un noaçon poseur de briques (bricklayer) gagne à New- York de 60 à 75 fr. par semaine ; à Chicago, de 30 à 53 fr. ; en Ecosse, 48 fr. 10; en Angleterre, 40 fr. 60 ; en Belgique, 30 fr. ; en Espagne, 25 fr . 60 ; en France, 20 f r. ; en Allemagne, 18 fr., et en Italie, 17 fr. 25. L'ouvrier maçon (mason), qui fait le gros œuvre, gagne à Chicago de 60 à 100 fr. par semaine; à New- York, de 60 à 90 fr.; en Angleterre, 40 fr. 80; en Belgique, 30 fr.; en France, 25 fr.; en Espagne 24 fr.; en Allemagne, 21 fr. 45, et en Italie, 20 fr. Les salaires du maçon seraient, dans les grandes villes d'Amérique, des deux tiers plus considérables qu'en Angleterre, plus du double de ce qu'ils sont en France, et deux fois et demie plus élevés qu'en Allemagne. Si, au lieu de comparer aux salaires de New- York et de Chicago ceux dé la moyenne des maçons français, nous mettons en regard ceux des ouvriers parisiens, nous verrons un chifiEre bien supérieur à cette moyenne : 7 f r. 50 par jour, soit de 45 à 50 fr. par semaine. — Les peintres ont à New-York de 50 à 80 fr. ; à Chicago, de 30 à 60 fr.; en Ecosse, 40 fr. 80; en Angleterre, 36 fr. 25; en France, 24 fr. 45; en Italie, 23 fr. ; en Belgique, 21 fr., et en

Allemagne, 19 fr. 55.— Si nous prenons la statistique des salaires parisiens, nous pourrons faire la même observation que plus haut : le peintre y a 7 francs par jour, c'est-à-dire environ 45 francs par semaine. L'on voit que, dans rindustrie du bâtiment, les salaires sont, à New- York et à Chicago, de 30 à 60 p. 0/0 plus élevés qu'à Paris. On bâtit, en effet, beaucoup aux Etats-Unis, où la population double tous les vingt ans.

Dans les industries générales, les proportions sontelles les mêmes ? L'élévation des prix américains est moins sensible. Le boulanger, par exemple, gagne à Chicago de 40 à 60 fr. par semaine; à New- York, de 25 à 40 fr. ; en France, 33 fr. 95; en Ecosse, 33 fr. ; en Angleterre, 32 fr. 50; en Espagne, 26 fr. 95; en Belgique, 21 fr.95; en Italie, 19 fr. 45, et en Allemagne, 17 fr. 50. — A PariSj il gagne, nous le savons, 45 francs.

Le forgeron atteint par semaine à Chicago 45 à 60 fr.; à New- York, 50 à 70 fr,; en Angleterre, 40 fr. 60; en Ecosse, 35 fr.; en France, 27 fr. 25; en ItaUe, 19 fr. 75, et en Allemagne, 17 fr. 70.

Le tailleur gagne à New- York de 50 à 90 fr.; à Chicago, 30 à 90 fr.; 36 fr. 45 en Angleterre; 35 fr. en Ecosse; 25 fr. 50 en France; 21 fr. 45 en Italie; 18 fr. 20 en Espagne, et 17 fr. 70 en Allemagne.

Le cordonnier se fait à New- York de 60 à 90 fr. ; à Chicago, de 45 à 90 fr. ; en Angleterre et en Ecosse, 36 fr. 75; en France, 23 fr. 75; en Italie, 21 fr. 65; en Espagne^ 18 fr. 20, et en Allemagne, 15 fr. 60.

En présence de ces différences, il n'y a pas à s'étonner de l'émigration considérable des Allemands et des Italiens.

Une statistique plus récente vient d'être offerte par M. Jeans dans le Journal of the statisticat Society (1) ;

(1) No de décembre 1884.

elle comprend rAngleterre, les Etats-Unis, l'Allemagne du Nord, la France, et les Colonies de T Australie (1).

TABLEAU MONTRANT LA MOTEimB DES SALAIRES HEBDOMADAIRES PAYÉS DANS LES MÉTIERS DE CONSTRUCTION ET AUTRES, ENVIRON, EN 1880 *.

Métiers. Ajtglébem, Btats-Uziis. Allemagaodn Fnnoe. OsloniMdo

Kord. l'AïutnUe

(HIOJVUM) (S).

Menuisiers 45fr.40 65Ar.80 26fr.85 24fr.35 »fr7 »

Maçons (bricklay ers). 28 35 68 75 25 60 21 35 75 »

Maçons (masons) 40 80 73 10 26 25 22 50 75(3)»

Plâtriers 45 40 68 95 25 » 22 15 75 30

Manœuvres 28 40 44 75 20 » 17 50 56 25

Forgerons 41 25 84 05 35 » 24 35 75 »

Ajusteurs 40 » 66 65 33 75 28 10 » »

Tourneurs 40 » 62 50 31 85 27 50 » »

Mineurs 32 80 64 05 25 60 23 75 » »

Peintres 39 35 76 33 26 85 22 50 64 65

Plombiers 46 65 93 75 28 30 21 85 78 75

Cordonniers 34 05 62 50 23 75 20 40 60 »

Tailleurs 31 85 71 25 23 10 20 » 62 50

Puddleurs 53 75 108 85 36 25 39 35 » »

Ouvriers agricoles .. . 21 85 42 40 17 50 16 25 30 »

Dans un autre tableau, M. Jeans nous donne quelques indications sur les salaires en Russie, aux environs de Saint-Pétersbourg , en Tannée 1880 et payables en papier-monnaie. De ce tableau, nous extrayons ce qui

(1) Nous avons vérifié, dans YAustralian Handbook de 1881, les chiffres donnés par M. Jeans pour les salaires de l'Australie et nous en avons constaté Texactitude. VAustralian Hayidbook de l'année 1881 publie, en effet, un tableau très complet des salaires, emprunté pour la Nouvelle- Galles du Sud au Sydney Èorning Herald, July 15, 1880;— pour Victoria, au Melbourne Argus, et pour l'Australie du Sud, au The South Australian Register.

(2) La Nouvelle-Zélande est celle des diverses parties de l'Australie dont les salaires sont le moins élevés. V. l'article cité de M. Jeans.

(3) « Dans le mois de septembre 1880, on écrivait de Sydney au Times « que les maçons gagnaient de 11 à 13 sh. (13 fr. 75 à 16 fr. 24) par « journée de huit heures, et que la plupart des autres métiers manuels « (mechanics) étaient payés à l'avenant ; qu'au contraire, les jeunes gens « ayant de Tinstructîon, ne pouvaient que très difficilement trouver à « vivre. » M. Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, p. 555

concerne les masons^ qui seraient payés 11 d. 1/2 à 1 sh. 2 d. 1/2 par jour (soit environ 7 fr. 50 par semaine), ainsi que ce qui a trait aux labourers (manœuvres), qui gagneraient par jour 8 d. 3/4 à 10 d. 1/7, ce qui représenterait par semaine 54 deniers, c'est-à-dire environ 5 fr. 50.

M. Jeans résume tous ces chiffres : le salaire moyen pourrait être, selon lui, évalué à 55 sh. 2 d. (68 fr. 95) pour les Etats-Unis (Etat de Massachusetts) ^ à 53 sh.

7 d. pour r Australie (soit 66 fr. 95); à30sh. 5 d. (38 fr.) pour le Royaume-Uni (Lancashire) ; à 21 sh.

8 d. (27 fr. 05) pour TAUemagne (Westphalie) (1), et à 18 sh. 10 (23 fr. 50) pour la France. Cette moyenne hebdomadaire a été prise d'après l'ensemble des salaires des quinze professions précitées, que M. Jeans regarde comme les principales (2).

Les Etats-Unis ont donc une position supérieure ; les salaires y sont plus élevés de 3, 6 p. 0/0 qu'en Austrahe, de 84 p. 0/0 que dans le Royaume-Uni (3), de

(1) Le chiffre donné par M. Jeans pour TAllemagne da Nord nous paraît un peu élevé. M. LavoUée [Les Classes ouvrières en Europe, t. I, p. 132) s*exprime ainsi : « En somme, s'il fallait indiquer en quelques « chiffres la moyenne du gain des artisans allemands, on pourrait la t résumer comme suit : 7 fr. 50 et 9 fr. par semaine, constituent un miu nimum extrême ; 24, 25 et 2d fr. même, uii maximum très rarement (( atteint ; i thaler (3 fr. 75) par jour, soit 23 fr. par semaine sans nour- « riture ni logement, peuvent être considérés comme le gain normal (( d'un artisan mâle et valide, pour un travail d'adresse et de force ; pour « un travail moyen, n'exigeant qu'une somme ordinaire d'instruction a ou de vigueur, le salaire est inférieur d'un tiers environ ; il ne repré- (( sente guère que 2 fr. 50 par jour, soit 15 fr. par semaine. «

(2) Le taux des salaires a été puisé par M. Jeans : !<> pour le Royaume- Uni, dans la table de M. Lord pour 1880, publiée par la Chambre de commerce de Manchester ; 2o pour les Etats-Unis, dans les rapports du bureau de statistique de l'Etat de Massachusetts ; 3o pour l'Allemagne, dans les rapports obtenus directement des corps de métiers de Westphalie ; 4» pour la France, dans VAnnuaii^e statistique.

(3) Dans un rapport mensuel de la Chambre nationale de l'industrio et du commerce de Washington (du 31 mars 4882), M. Edward Youug,

162 p. 0/0 qu'en Allemagne, et de 205 p. 0/0 qu'en France. La Grande-Bretagne, à son tour, vient avec un taux supérieur de 42 0/0 aux salaires allemands et de 58 0/0 aux salaires français. Dans les autres contrées européennes, les salaires, d'après M. Jeans, tieiment une place au-dessous des pays ci-dessus nommés.

En terminant, M. Jeans indique la proportion des femmes employées, comparativement aux hommes^ en Autriche, en France, dans la Grande-Bretagne, en Prusse et aux Etats-Unis :

Femmes. Population totale.

Autriche 4.362.500 36.000.000

France 5.089.000 37.321.000

Royaume-Uni 4.573.4i3 35.003.000

Prusse 2.937.000 27.279.000

Etats-Unis 2.645.079 50.l5.'i.000

Peut-être y a-t-il dans ce fait une partie de l'explication de la diversité des salaires masculins !

comparant les salaires de quarante-six catégories d'ouvriers qui sont

employés à Philadelphie dans les chantiers et ateliers de MM. Cramp et

fils, et dans ceux de MM. Pusey, Jones et Cie, à Wiimington, sur la

Delaware, avec les salaires des mêmes catégories d'ouvriers employés

par MM. John Elder^ de Glasgow, constate que ces salaires sont^ par

semaine, en moyenne, de 12 dollars 32 cents (61 fr. 66) chez M. Cramp,

et de 11 dollars 65 cents (58 fr. 25) chez MM. Pusey, tandis que, chez

MM. Eider, ils n'atteignent que le chiffre de 6 dollars 08, soit 30 fr. 40.

C'est donc, en faveur des ouvriers américains, une différence de 102 0/0

dans le premier cas, et de 91 p. 0/0 dans le second.

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