CHAPITRE VII
La hausse das salaires an Angleterre et en Allemagne,
Le travail agricole en Angleterre ; hausse des salaires constatée par diverses statistiques. — Salaires à la semaine et à la tâche. — Les renseignements de M. Giffen sur les salaires industriels. — Hausse de la solde mensuelle des marins. — De Taccroissement des salaires dans rindustrie eotonnière. — Allemagne : Accroissement considérable des salaires agricoles depuis vingt ans ; les évaluations de MM. Block et LavoUée. — Hausse des salaires industriels.
Rien ne montre mieux Taccroissement des salaires que la hausse de la rémunération du travail agricole, suivant Tobservation faite par sir James Caird.
Or, le salaire hebdomadaire de l'ouvrier agricole aurait monté en Angleterre dans la proportion suivante (1) :
1770 7 s. 3 d. ( 9 fr. 06).
1878 Us. (17 50).
L'accroissement dans la période des 80 années, qui ont précédé 1850 serait donc seulement de 2 sh. 4 d. ou de 32 p. 0/0, tandis que de 1850 à 1878, le montant de Taccroissement aurait été de 4 sh. 5 d. ou 46 0/0, et M. Jeans ^ auquel nous empruntons cette remarque, ajoute que plus récemment les salaires avaient encore haussé, et que les ouvriers agricoles disposaient, au
(1) M. Jeans, loc. cit.
moins dans les principales contrées d'Angleterre, d'un salaire de 17 sh. par semaine (21 fr. 25) (1).
M. Coleman, dans son rapport sur Tagriculture du comté de Northumberland, joint au rapport de la Commission royale sur Tagriculture, chiffre comme suit le salaire hebdomadaire d'un domestique agricole, tel qu'il l'a recueilli dans une grande ferme de ce comté :
Années. s. d. fr. c.
1871 16 6 id.
Ce salaire, auquel se joignent la concession d'une petite maison exempte de loyer, 60 à 80 stones de pommes de terre (2), et deux boisseaux de froment par an, ce salaire aurait augmenté de 63 p. 0/0 de 1851 à 1881.
Dans le Shropshire, le prix de la main-d'œuvre agricole à la tâche a été relevé comme suit (3) :
Années. Prix du faucbag^ Prix de l'arrachage Pri t de la moisson
de l'acre d'herbe. de l'acre de rayes, de l'acre de cérédes
1862.. 30à4 50à56 OOàlOO
1880 40à76 56àU0 13 0à!5
Soit une augmenfcition de 50 à 90 0/0.
Bref, la hausse s'est fait particuUèrement sentir depuis 1850, et en cela nous avons constaté quelque chose d'identique en France. On attribue en Angleterre ce mouvement ascensionnel des salaires agricoles aux travaux
(1) M. le Comte de Paris, résumant le mémoire de M. Leone Levi « Wages and eamings of the Working classes^ » dit que la moyenne générale du salaire agricole était de 11 fr.67 en 1824 ;
de 12 92 en 1837; de 14 47 en 1860 ; de 16 25 en 1866.
{De la Situation des Ouvriers en Angleterre, p. 43.)
(2) Lt) stone vaut 6 kilo. 349.
(3) M. Leone Levif La répartition de la richesse. V. le Bulletin de statistique du ministère des finances , n» de février 1884.
d'établissement des chemins de fer, qui ont enlevé beaucoup de bras.
Mais il y a lieu de remarquer que la hausse a été moins forte qu'en France, sinon dans la période qui a suivi 1850, du moins dans celle qui avait précédé; car, pendant que, de 1770 à 1880, elle atteignait à peine en Angleterre le taux de 133 p. 0/0, en France, au contraire, même si Ton prend comme point de départ l'année 1820, elle se chiffrait par le taux de 250 à 200 p. 0/0.
Passons aux salaires industriels. M. Giffen, dans sa brochure The progress of working classes (1), a fait une comparaison entre les salaires d'il y a cinquante ans (1820-1825) et ceux de l'époque actuelle ; il en a puisé les éléments dans les Miscellaneous statistics of the United Kingdom et dans l'ouvrage de M. Porter : « Progress ofthe Nation. » Mais il a fait remarquer en même temps, avec une très grande justesse, qu'une comparaison de cette nature a le gros inconvénient d'emprunter ses données à des lieux dififérents : « En parie courant ces publications, dit-il, on est frappé de voir « combien il est rare de rencontrer une statistique suivie « et continue. Dans un volume, les salaires concernent « certains districts et certaines industries ; dans un autre, « il s'agit d'autres districts et d'autres industries ; le (( classement descriptif des ouvriers varie aussi constam- « ment. » Et puis, comme le fait encore observer avec non moins de justesse M. Giffen, l'ouvrier qui, à deux époques éloignées^ reçoit la même désignation, fait-il exactement la même tâche ? Cette réflexion n'est-elle pas notamment exacte en ce qui concerne les marins, dont l'éminent statisticien donne la solde à deux époques différentes ? Ceux-ci, en effet, montaient des voiliers
(1) Cette étude a été traduite et insérée dans Je Bulletin de statistique du ministère des finances^ Mars 1884.
il y a trente ou trente-cinq ans ; ils servent aujourd'hui sur des steamers. N'est-ce pas peut-être dans ce fait que réside en partie le secret de la hausse des salaires ?
Du tableau que nous allons reproduire, il résulte que la moyenne de Taugmentation dépasse 73 p. 0/0 ; la hausse la moins forte a été de 20 0/0, et elle s'est produite sur les salaires des fileurs (mulljenny) ; mais il est vrai d'ajouter que ces ouvriers avaient ily acinquante ans la plus forte rémunération, 25 sh. 6den. par semaine, (soit 5 fr. 30 par jour) ; ils ont maintenant 6 fr. 25. — La plus forte augmentation a été de 160 p. 0/0, et elle a été atteinte par le salaire des enfants employés au filage ; leur salaire hebdomadaire, le plus faible de ceux qui figurent au tableau ci-dessous, était de 4 shell. 5 deniers (5 fr. 50) ; il est passé à 11 sh. 06 (14 fr. 35).
COMPARAISON ENTRE LES SALAIRES d'iL T A CINQUANTE ANS ET CEUX
DE l'époque ACTUELLE :
Métiers. Localités. Salaires d'il y Salaires Augmen-
50 ans. de Tépoque tation actuelle, proport.
Charpentiers Manchester.
Id Glasgow.
Briqueteurs Manchester .
Id Glasgow.
Maçons Manchester.
Id Glasgow.
Mineurs . . Staffordshire.
Tisseurs (dessins) Huddersfield.
Dégraisseurs de laine.. Id.
Fileurs (inull jenny) ... Id.
Tisseurs .... id.
Ourdisseurs et plieurs de
chaînes Id.
Bobineurs et dévideurs. Id.
Tisseurs hommes Bradford.
Dévidage et ourdissage. Id.
Filage enfants Id.
Moyenne
p.OlO
lou
(1) Salaires journaliers.
Si nous comparons le taux de Taugmentation des salaires qui précèdent avec celui de Taccroissement des salaires français pendant la même période, soit de 1825 à 1885, nous serons frappés de la différence qui existe en faveur de ceux-ci. Toutefois, les salaires manufacturiers sont encore ceux dont Taccroissement aurait, dans les deux pays, suivi le mieux une voie parallèle.
Une statistique intéressante, et qui a de plus l'avantage d'avoir un caractère officiel, est celle de la solde mensuelle payée en argent aux marins. La comparaison n'est malheureusement pas ancienne , elle ne remonte qu'à 1850. — La solde du marin est aujourd'hui de52 p. 0/0 environ plus élevée quelle n'était il y a trente ans. Mais l'équipage du steamer est comparativement moins nombreux que celui du voilier ; et puis, il ne faut pas oublier que, pendant que celui-ci fait un voyage, le steamer en fait trois.