‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 22 sur 66 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La réduction de la Jonrnéa de travail.

Transition : Lu hausse n'a pas été compensée par Taugmentation de la journée de travail. — France ; grande et petite industrie. — Angleterre. — Etats-Unis et Australie.

Nous connaissons Taccroissement nominal dont a bénéficié la rémunération du travail ; mais cette augmentation est-elle réelle, c'est-à-dire s'est-elle produite sans que la fatigue de l'ouvrier se soit accrue, ou n'est-elle qu'apparente, ayant été compensée par une plus grande dépense de forces et par une aggravation de sa tâche ? Pour ne parler que de ce siècle et sans remonter à l'ancien régime (1), on peut hardiment affirmer que la journée a

(1) « Au moyen-âge, des ordonnances royales interdisent de travailler « avant le lever et après le coucher du soleil. Dans certaines villes, l'heure « du commencement et de la fin du travail, ainsi que celle du repas prin-

partout été réduite. Dans la grande industrie^ au moins à ses débuts, le travail des manufactures offrait les plus choquants abus. Sismondi, plus tard Blanqui Taîné, et Villermé considéraient comme désastreuse la durée excessive de la journée de travail, qui allait fréquemment jusqu'à 15, 16 ou 17 heures, même pour les enfants. Depuis la fin du règne de Louis-Philippe, la journée a été ramenée à 12, Il et même 10 heures ; elle a été considérablement abrégée, autant par Tintervention du législateur qui, comme on le sait, fixa en 1848 la durée maxima à 12 heures, que par la pression exercée par les ouvriers, usant du droit de coahtion. Il n'est pas jusqu'aux patrons eux-mêmes qui, comprenant mieux leurs véritables intérêts, n'aient coopéré à cette réduction. Un industriel écrivait il y a bien longtemps déjà à M. Guizot : « On « disait autrefois que c'est la dernière heure qui fait le « bénéfice du fabricant, et nous disons aujourd'hui que « c'est la dernière heure qui mange le bénéfice du fabri- « cant. » Et, à l'appui de cette assertion, il est permis de rappeler notamment qu'il y a déjà cinquante ans que M. Jean Dollfus essaya de réduire d'une demi-heure la journée de travail, qui était alors chez lui de 12 heures, et qu'au lieu d'obtenir un 24® de moins, il obtint au contraire un 24® de plus (1). Toutefois, il ne faudrait pas pousser cette théorie à l'extrême : suppose-t-on, en effet,

« cipal, étaient soDuées par la cloche du beffroi communal... A partir du « seizième siècle, les ouvriers, moins protégés qu'au moyen-âge par les a pouvoirs municipaux, qui s'affaiblissaient de jour en jour, virent 8*é- « tendre les limites d'heures qui avaient été ûxées dans leur intérêt. Des H statuts de corporations, rédigés sous Finfluence des maitres, permirent « d'élever jusqu'à dix-sept heures, sauf les heures des repas, la durée du « travail... A la fin du dix-huitième siècle, les heures extrêmes pour les « garçons maréchaux de Paris étaient quatre heures du matin et huit « heures du soir... » L'Ouvviei' som l'ancien régime^ par M. Albert Babeau, V. le CwTespondant du 25 décembre 1884.

(1) M. Frédéric Passy, Les Machines.— Id., discours à la Chambre des députés f séance du 26 janvier 1884.

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