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LA RÉDUCTION DE LA JOURNÉE DE TRAVAIL

que la journée ordinaire de travail soit, en fait, d'une durée modérée, par exemple, 10 heures de travail effectif ? Alors une diminution en deçà de cette limite pourrait ralentir la production ; c'est ainsi qu'après la grève de Nev^castle de 1871, la journée de travail, en Angleterre, dans les industries sidérurgiques, ayant été d'un commun accord réduite de 10 à 9 heures, il s'ensuivit une diminution de production d'un dixième environ.

Dans les métiers divers de la petite industrie, au moins dans les villes, la journée de travail ne s'élève presque jamais aujourd'hui au-dessus de dix heures, et souvent elle reste au-dessous. Les déposants dans l'Enquête parlementaire sont unanimes sur ce point, en ce qui touche Paris (1). Il arrive fréquemment que la réduction des heures de travail coïncide avec une augmentation du salaire. D'ailleurs, et surtout à Paris, les ouvriers font souvent diminuer par des grèves la durée de la journée régulière, afin d'obhger le patron à leur payer un plus grand nombre d'heures supplémentaires, heures pour lesquelles ils stipulent une rémunération plus forte.

En Angleterre, il y a eu également diminution des

(1) Chambre syndicale de la bijouterie- joaillerie, page 312. — Chambre syndicale de la bijouterie-imitation, p. 3i3. Voici ce que dit M. Piel, le président de cette chambre : « Les salaires étaient presque de moitié autrefois, surtout si on tient compte des journées d'alors, qui étaient de il fa. 1/2, tandis qu'aujourd'hui elles ne sont que de 10 heures. » — Chambre syndicale de Véclairage et du chauffage au gaz, p. 155 : « La journée, depuis 1873, est de neuf heures en été et de huit en hiver. * — Chambre syndicale de la chapellerie, p. 169. — Chambre syndicale des couvreurs, p. 74 : « L'année a été marquée pour les ouvriers par une di- « minution d'une heure de travail et une augmentation de salaire. De- « puis cette époque, ils ne font plus que neuf heures ; la journée d'hiver a est restée de huit heures. » — Chambre syndicale des entrepreneurs de « peinture, p. 71. — Chambre syndicale de la plomberie, appareils et canalisation pour le gaz, p. 156 : « Il y a 20 ans, dit M. Lalanne, un coma pagnon gagnait de 4 à 4 fr. 50 par journée de 12 heures, c'est-à-dire « qu'en travaillant trois heures de plus qu'aujourd'hui, il gagnait presque * moitié moins. »

heures de travail. Tandis que le taux des salaires s'est élevé, la journée de travail a été abrégée. M. Giffen, tout en reconnaissant qu'il n'est pas aisé de chiffrer cette réduction, incUne à penser qu'on peut l'évaluer à 20 p. 0/0. Cette réduction existe à coup sûr pour les industries textiles, la construction de machines et le bâtiment ; peut-être même est-elle dépassée. L'ouvrier anglais a donc obtenu, depuis cinquante ans, une augmentation de 50 à 100 p. 0/0 d'argent, avec une diminution de 20 p. 0/0 sur la durée de son travail ; il a donc bénéficié en cinquante ans de 70 à 120 0/0 en chiffres ronds. « Sans « doute, ajoute M. Giffen, il est possible que, dans un « temps plus court, l'ouvrier produise autant, ou à peu « près, qu'autrefois pendant sa longue journée ; quoiqu'il « en soit, c'est un réel avantage d'être attaché moins « longtemps à sa tâche. » (1)

Le travail se trouve presque partout réduit, en Angleterre, à 54 heures par semaine (soit 9 heures par jour) ou plutôt 51 heures, car la durée de la journée n'est que de si3^ heures le samedi. Cette abréviation du travail le samedi se rattache aux habitudes religieuses anglaises, qui comprennent le repos du dimanche dans le sens le plus extensif , et interdisent moralement même les travaux de ménage.

Les trades unions voudraient arriver à réduire la journée de travail à huit heures :

Eigbt hours to work, eigbt hours to play, Eight bours to sleep, eigbt shellings to day.

« huit heures pour le travail, huit heures pour s'amuser, « huit heures pour dormir, et huit shelUngs par jour, » dit le refrain d'une vieille chanson anglaise. Ce desideratum est à peu près réalisé aux Etats-Unis ;

(1) The progress of the working Classes in the last halfcentury, — V. le Bulletin de statistique du ministère des finances^ mars 1884.

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