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CHAPITRE XVI

L'accroissement de bien-être.

Les services nouveaux créés pour Fouvrier. — Augmentation des consommations ouvrières. Statistiques : France et Angleterre. — Consommations nouvelles ; besoins nouveaux. — Accroissement de l'épargne sous toutes ses formes. — Caisses d*épargne ; augmentation du nombre des livrets et des sommes déposées en France et en Angleterre. — Sociétés de secours mutuels et friendly societies, — La moyenne de la vie bumaioe s'est accrue. — La misère est moins générale.

En admettant, d'une part, que les masses aient plus d'argent qu'autrefois, et que leurs salaires, depuis cinquante ans, notamment se soient accrus environ de 250 à 100 pour cent, et, d'autre part, que le prix des principaux objets de consommation à leur usage n'ait pas augmenté dans la même proportion, il reste à se demander si la condition des ouvriers s'est eflfectivement améliorée.

Si l'on veut se rendre compte de la manière dont les classes populaires ont employé ce gain, l'on trouve diverses réponses : les ouvriers ont d'abord modifié leur manière de vivre, en consommant davantage, ou en consommant des denrées de meilleure qualité ; en second lieu, ils se sont créé de nouveaux besoins ; en troisième lieu, ils ont pu consacrer à l'épargne une plus large part ; enfin, leur vie, devenue plus facile, a augmenté de durée.

Il est à remarquer, d'ailleurs, que^ pendant ce temps, d'autres améliorations, dues à l'action de l'Etat, se produisaient au profit de la classe ouvrière : celle-ci contribue beaucoup moins qu'autrefois à remplir les caisses du Trésor public, et, en outre, bénéficie davantage des

dépenses faites par le Gouvernement. — Quelques-uns des impôts indirects ont été allégés, et nous avons constaté plus haut le profit résultant pour l'ouvrier des dégrèvements d'impôts, par exemple, à propos de la baisse du sucre. Mais, d'autre part, celles des charges qui se sont aggravées l'ont été notamment pour satisfaire à des dépenses publiques concernant divers services civils qui tous intéressent l'ouvrier. En effet, les dépenses inscrites au budget de l'Etat ou à celui de Tadministration locale offrent bien plus qu'autrefois une utiUté immédiate pour les classes laborieuses : c'est ainsi que l'instruction pubUque, devenue gratuite presque partout, l'inspection des manufactures, l'étabUssement des bibliothèques populaires sont des services qui tous leur profitent directement. La plupart de ces dépenses, sans donner sans doute à l'ouvrier le pain et le vêtement, concourent toutes à lui rendre la vie plus douce et meilleure, ainsi qu'à rendre plus aisé aux pauvres l'accès des diverses carrières. — Il ne faut pas oubUer non plus les facilités nouvelles accordées à l'ouvrier pour l'épargne. Les caisses d'épargne se sont multipliées ; la caisse des retraites fonctionne en France depuis quelques dizaines d'années ; l'on y a créé récemment la caisse d'épargne postale, à l'instar des autres nations où cette institution existait depuis plus longtemps. Si tous ces services entraînent une charge pour le Trésor, en revanche, elles ont procuré de sérieux avantages au prolétaire laborieux.

Nous disions plus haut que les consommations de l'ouvrier ont pris une plus grande importance. Son alimentation s'est raffinée et s'est étendue ; il mange du pain de froment, au heu de pain de seigle ; il consomme de la viande en plus grande quantité. Et, pour confirmer cette assertion, qu'il nous soit permis de citer quelques chiffres.

l'accroissement de bien-être.

M. Giffen, dans xmpaper lu dernièrement à la Société de Statistique de Londres, indiquait la consommation des articles d'un usage général, pour les années 1840 et 1881, et il empruntait les éléments au Stattstical abstract de ces deux années (1).

OBJETS d'aLIUENTATION IMPORTÉS ET LIVRÉS A LA CONSOMMATION DANS LE ROYAUME-UNI. —MOYENNE PAR TÊTE d'hABITANT :

Désignation des articles. Unités. Quantités consommées

en 4840. en 1881.

Lard et jambon Livres. 0,01 13,93

Beurre id. 1,05 6,36

Fromages id. 6,92 5,77

Raisins secs id. 1,45 4,34

Œufs Nombre. 3,63 21,65

Pommes de terre Livres. 0,01 12,85

Riz id. 0,90 16,32

Cacao id. 0,08 0,31

Café id. 1,08 0,89

Céréales, blé et farine de blé. ... id. 42,47 216,92

Sucre brut id. 15,20 58,92

Sucre raffiné id. 0,00 8,44

Thé id. 1,22 4,58

Tabac id. 0,86 1,41

Vins Gallons. 0,25 0,45

Spiritueux id. 0,97 1,08

Malt Bushels. 1,59 1,91 (chiffre

de 4878).

Pour la France, la situation s'est améliorée de la même façon. — M. de Foville reconnaît que la valeur des quantités consommées par tête en 1870, à supposer que le prix n'en ait pas changé depuis 1820, fournirait les résultats suivants (2) :

1820. 1870. Aug. 0[0.

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