L* ACCROISSEMENT DE BIEN-ÊTRE
« étoffes a beaucoup diminué. L'habillement est très « abordable pour l'ouvrier. »
Une autre déposition non moins instructive est celle de M. Gignou, entrepreneur de serrurerie :
« Ce ne sont pas les objets de première nécessité qui « ont augmenté ; mais aujourd'hui l'ouvrier veut des « jouissances. Autrefois, on ne connaissait pas les bras- « séries et les cafés-concerts : on allait le matin prendre « un verre de vin blanc chez le marchand de vin, et « c'était la seule dépense de la journée. J'habite le faui( bourg Saint-Honoré, un quartier où l'on a construit « une grande quantité d'immeubles depuis trois ans ; nous « étions inondés d'ouvriers ; tous les marchands de vin « avaient à leur porte des monceaux d'écaillés d'huîtres (( qui avaient été mangées par ces ouvriers, non pas par « les ouvriers de la Creuse, qui remportent chez eux « 800 ou 1,000 fr. par an, mais par des peintres, des « ravaleurs, qui gagnent 8^ 10 et jusqu'à 14 fr. par « jour (1). »
L'épargne ! nous y arrivons. Elle a pris elle aussi une grande importance dans ce demi-siècle. Elle aurait pu, à coup sûr, être plus considérable, si l'ouvrier ne s'était créé des besoins dispendieux. Quoi qu'il en soit, elle est réelle : les ouvriers sont de plus en plus détenteurs de titres de rente et de valeurs mobilières ; la démocratie rurale, à son tour, devient propriétaire : elle achète des parcelles de terre. Il nous est difficile de montrer ici par des chiffres les progrès réalisés, mais ils sont certains. — Il est plus particulièrement intéressant de comparer à diverses époques le mouvement des caisses d'épargne, et ici la statistique nous donne un guide sûr. La plus ancienne caisse de France, celle de Paris, a été fondée
(1) Enquête parlementaire , p. 70 et 79.
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par une ordonnance du 29 juillet 1818. En 1881, il y avait 541 caisses, avec 904 succursales. Depuis le l®*" janvier 1882, en outre, tous les bureaux de poste ouvrent leurs guichets à l'épargne populaire. En 1835, on ne recensait que 200,000 livrets, et le solde dû aux déposants ne s'élevait qu'à 35 millions de francs, 175 francs en moyenne par livret ; aujourd'hui, nous voulons dire en 1884, les livrets atteignent le chiffre de 4,704,452, et le stock des dépôts 2,085,280,640 fr. ; le chiffre moyen par livret est de 430 francs. La proportion des livrets au nombre d'habitants est, en 1884, de 125 par 1,000, soit 1 livret par 8 habitants ; en 1835, il n'était que de 4 pour 1,000. L'épargne moyenne par habitant est de 53 francs ; elle n'était seulement que de 1 fr. 91 en 1835.
Pour le Royaume-Uni, M. Giffen donne également les résultats comparatifs à cinquante ans d'intervalle (1) :