‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 38 sur 66 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

Nombre des déposants 429,000 4,140,000

Montant des dépôts 13,719,000 liv. st. 80,334,000 liv. st.

(342,975,000 fr.). (2,008,350,000 fr.).

Avoir moyen par déposant. . 32 liv. st. 19 liv. st.

(800 fr.). (475 fr.).

Le nombre des déposants a donc décuplé, et la valeur totale des dépôts a sextuplé. Peut-on douter, en présence de ces chiffres, que l'habitude et la possibiUté d'épargner ne soient devenues beaucoup plus générales depuis cinquante ans. Les faciUtés nouvelles offertes aux déposants entrent assurément pour quelque chose dans ce changement ; mais, en tenant suffisamment compte de leur influence, il nous reste encore la preuve d'une augmentation de l'aisance parmi les classes moyennes inférieures et ouvrières, auxquelles les caisses d'épargne s'adressent le plus directement.

(1) Loc, cit.

l'accroissement de bien-être. 161

A côté des caisses d'épargne, qui représentent la prévoyance individuelle, ou plutôt au-dessus d'elles, il y a les sociétés de secours mutuels, qui constituent la prévoyance collective. Les sociétés de secours mutuels s'adressent, du reste, à la même clientèle que les caisses d'épargne. — Chacun des membres de la société de secours mutuels s'engage à verser périodiquement une faible cotisation à la caisse commune ; les cotisations réunies constituent un capital destiné à secourir ceux des associés qui seront frappés par la maladie, les infirmités, ou par toute autre éventualité fâcheuse spécifiée dans les statuts. Rien de plus ingénieux que cette combinaison qui, moyennant un versement insignifiant, donne droit à la réparation du préjudice causé ; rien de plus compréhensible à la fois : tous les associés ne seront pas atteints en même temps et dans la même mesure, tous n'arriveront pas à la vieillesse.

Les sociétés de secours mutuels ne sont pas une invention moderne : elles sont, en effet, dans les instincts les plus profonds de l'humanité. Elles étaient pratiquées, sous des noms divers, par les artisans de la Grèce et de Rome ; les esclaves s'en servaient également pour s'assurer une sépulture décente (1).

Quoique l'origine des sociétés de secours mutuels soit assez reculée, elles n'ont pris leur développement que depuis une trentaine d'années, sous l'influence de l'accroissement de l'aisance, ainsi que des habitudes de prévoyance. En 1853, l'on comptait en France 2,695 sociétés, comprenant 318,?56 membres honoraires et participants, et possédant un avoir général de 12,100,000 fr.; à la fin de 1881, il y avait 7^011 sociétés, comprenant 1,097,534 membres, et ayant un actif de 99,000,000 fr.

(1) M. Maxime Du Camp cite la Société de secours mutuels des pensionnaires de Bicêtre, dont l'objet est identique à celui des associations des esclaves romains. — Paris ^ ses organes y etc., t. IV. p. 257.

De France, ces associations se sont propagées en Angleterre sous le nom de friendly societies (sociétés amicales). La première que Ton rencontre dans ce pays a été fondée par les réfugiés français, à la suite de la révocation de redit de Nantes. En 1703, en 1764^ en 1765, les émigrés en créèrent plusieurs, qui existent encore aujourd'hui. L'idée de la mutualité, pour n'être que d'importation étrangère sur le sol britannique, y a donné les résultats les plus féconds : En 1863, si nous en croyons M. Gladstone, le nombre des sociétés amicales d'Angleterre était de 30,000 au moins, ayant 3 millions de memlires, distrif)uant annuellement 150 millions, et possédant un capital accumulé de 625 millions.

Ce développement de l'aisance et du bien-être parmi les classes ouvrières n'a pas été sans réagir sur la durée de la vie elle-même. M. Humphreys, dans un excellent mémoire sur la diminution récente de la mortalité en Angleterre, a comparé le taux de la mortalité des cinq années 1876-1880, avec les taux qui ont servi de base à la table anglaise du docteur Farr, taux correspondant aux années 1838-1854, et il a démontré d'une manière concluante que, pour le sexe masculin, les âges compris entre 5 et 25 ans, groupés par périodes quinquennales, donnaient des réductions de mortalité variant de 28 à 32 0/0, et que, pour le sexe féminin, les âges compris entre 5 et 35 ans, groupés de la même manière, donnaient des réductions de mortalité variant de 24 à 35 p. 0/0. Cette atténuation du taux de la mortalité a pour effet d'élever la durée moyenne de la vie : pour les hommes, de 39.9 années à 41.9, et, pour les femmes, de 41.9 années à 45.3, soit une prolongation de deux années d'un côté, et de 3 années 1/2 de l'autre (1). —

[\) Journal of the statistical society^ du mois de juin 1883. Giffen, loc, cit.

l'accroissement de bien-être. 163

En France, il en a été de même, et la durée moyenne de la vie humaine s'est étendue.

Peut-on terminer en disant que la misère a diminué, et que son champ s'est rétréci ? La misère suppose des salaires insuflSsants, le chômage, les infirmités ou la maladie. Or, il n'est pas douteux que l'une de ces causes a disparu, et il est certain que, pour l'homme sobre et vaUde qui travaille, l'indigence a fait place à l'aisance ; mais le chômage est une menace qui continue à peser sur la tête de l'ouvrier ; les infirmités, la maladie et la vieillesse sont le lot de l'espèce humaine, et si les institutions de prévoyance ou l'épargne antérieure peuvent en adoucir l'amertume, en réparer les conséquences, quelquefois même les conjurer, elles peuvent, comme par le passé, plonger l'homme dans la misère. Bref, s'il nous fallait tirer une conclusion, nous dirions que tandis qu'aux siècles passés l'ouvrier était généralement malheureux, aujourd'hui la minorité seule est dans la détresse. La misère est moins générale ; mais l'état actuel de l'organisation industrielle l'a peutêtre rendue plus intense.

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