CHAPITRE XVII
Le Salaire normal.
Le salaire est déterminé par la libre convention. Mais il a un maximum et un minimum.— Le maximum est déterminé par la plus-value produite par le travail de l'ouvrier ; il est parfois dépassé, et Tentrepreneur fabrique alors à perte. — Le minimum est fixé par le coût de production du travail, c'est-à-dire par le prix des choses indispensables à Texistence. Besoins, Standard of life\ les besoins sont variables : races, professions, localités, temps, âge et sexe du travailleur. — Prime d'amortissement : éducation et apprentissage.— Autres éléments du salaire normal indiqués par Adam Smith. — Le salaire courant peut exceptionnellement descendre au-dessous du minimum du salaire normal.
Le travail est, pour les économistes, une marchandise oflEerte par le travailleur, qui en est le détenteur, demandée par Tentrepreneur, qui veut Tutiliser; elle a son marché, non pas au sens matériel du mot, mais dans une acception fictive : le marché du travail comprend tous les ouvriers et tous les entrepreneurs susceptibles de se mettre en rapport les uns avec les autres.
Entre les deux parties, c'est la libre convention qui détermine le prix du travail. Nous disons que le salaire est librement débattu, mais nous apporterons plus loin à ce principe un correctif, lorsque nous parlerons des institutions qui, en fait, restreignent la liberté de Tune des parties contractantes.
Cette réserve faite, il semble naturel, et sur ce point révidence est certaine, que Tentrepreneur cherche à obtenir le travail au plus bas prix possible, et que Fou-
vrier s'efforce de le vendre le plus cher possible. Mais quels calculs feront-ils , l'un en offrant , l'autre en demandant un salaire ? Existe- t-il un maximum qu'ils ne pourront dépasser, un minimum au-dessous duquel ils ne pourront descendre dans leur offre ou dans leur demande ?
L'entrepreneur, avons-nous dit, offrira le moins possible ; il ne saurait y avoir pour lui de minimum, si ce n'est toutefois celui qui lui serait dicté par la coutume ou l'humanité ; toutefois, à la vérité, il ne peut toujours, alors même qu'il le voudrait, offrir le salaire le plus bas possible ; il doit compter, en effet, avec les offres qui peuvent être faites aux ouvriers par les autres entrepreneurs. Mais s'il n'y a pas pour lui de minimum, il est, à l'inverse, un maximum que notre entrepreneur ne peut dépasser, et qui est déterminé par la plus-value apportée au produit par le travail de l'ouvrier, moins un léger profit pour lui-même. — L'entrepreneur doit, après la fabrication, vendre le produit créé, et il doit, dans le prix de l'objet, retrouver tous ses frais de production. Le produit se vend-il 10, par exemple, et la moitié de cette somme est-elle absorbée en acquisition de matières premières, en loyer ou fermage, ainsi qu'en intérêt des capitaux, l'entrepreneur ne peut distribuer en salaires qu'une somme légèrement inférieure à l'autre moitié, soit un peu moins de 5 ; il lui faut, en effet, un profit ; car ce bénéfice est l'objectif de son entreprise. Il arrive, sans nul doute, qu'un entrepreneur soit parfois obligé de renoncer à tout profit, et même de fabriquer à perte ; il peut agir ainsi dans un moment de crise, afin de garder sa clientèle et ses débouchés, ou de maintenir son personnel dans l'usine, ou encore afin de ne pas condamner à l'inaction un matériel coûteux et important; mais ce sont là des situations passagères, des malaises transitoires qui ne peuvent faire loi. Elles
constituent un état anormal, quelque chose comme la maladie pour le corps.
Regardons du côté de l'ouvrier. Est-il arrêté dans sa demande par un maximum qu'il ne saurait dépasser , et par un minimum au-dessous duquel il ne pourrait descendre ? De même, et par la même raison que l'entrepreneur, pour son offre, n'est limité par aucun taux minimum, l'ouvrier ne rencontre aucun maximum dans sa demande, et ses prétentions n'ont devant elles d'autre barrière que celle de la concurrence des autres ouvriers, cherchant, comme lui, du travail, et demandant un salaire inférieur. Mais il est un minimum au-dessous duquel il ne descendra pas, ou ne descendra que dans des circonstances tellement exceptionnelles , que ces dérogations, loin de détruire la règle, la confirmeraient plutôt. Ce minimum, c'est le coût de production du travail pour celui qui le fournit, soit, pour se servir d'autres termes, la somme qui fournit à l'ouvrier les choses indispensables au soutien de l'existence.
Bref, le salaire naturel, si nous le prenons vis-à-vis des ouvriers et des entrepreneurs, est arrêté à ses deux pôles extrêmes : il a son minimum et son maximum. Celui-ci, déterminé par la plus-value apportée au produit par l'œuvre du travail, ne donne Uôu à aucune difficulté ; tout au plus y a-t-il lieu de remarquer que cette plus-value ne peut évidemment être connue pour chaque ouvrier, et que, dans une entreprise, où la division des tâches reçoit sa plus large apphcation, elle ne peut être calculée qu'en bloc sur l'ensemble des opérations. Si, en effet, l'on peut, jusqu'à un certain point, se rendre compte de la valeur ajoutée par le fait d'un artisan à un objet sur lequel il a été seul à travailler, il ne saurait en être de même d'un manœuvre dans une usine, d'un valet de ferme ou d'un pasteur dans une exploitation agricole ; pour ceux-ci, l'entrepreneur, dans le calcul du prix
maximum qu'il peut domier à la main-d'œuvre, scrute la somme qui lui restera sur le prix de vente des produits , après le paiement du loyer ou fermage et de Tintérêt des capitaux.
La détermination du minimum est plus délicate, et, sous le nom de salaire naturel ou nécessaire, elle a donné lieu à des difficultés. Que faut-il entendre exactement par l'expression de salaire minimum ? Pour reprendre une notion que nous connaissons , et avec laquelle le langage économique est familier, le travail, étant une marchandise, ne peut être vendu à un prix inférieur à ses frais de production. Mais quel est exactement le coût de production? Que faut-il entendre par ces mots de coût de production appliqués à la personne du travailleur ? Nous trouvons dans Rossi la comparaison suivante : « Supposons, dit- il, un homme pos- « sédant un cheval ou tel autre instrument de production , « quelle est pour lui la rétribution nécessaire, la rétri- « bution qu'il doit recevoir pour que sa condition ne se « détériore pas ? Evidemment, l'homme qui possède des « chevaux et qui fait le métier de les louer, doit, pour « ne pas détériorer sa condition, obtenir de son louage « une rétribution telle qu'il puisse entretenir ses chevaux, « s'entretenir lui-même et, de plus, amortir peu à peu « son capital, afin que, quand ses chevaux seront hors « de service, il puisse les remplacer par d'autres. Voilà « la rétribution naturelle à laquelle il doit aspirer pour « le moins (1) ». — Prenons une seconde comparaison. Les frais de production d'une machine, par exemple, sont représentés : 1° par la valeur de la houille qu'elle consomme ; 2° par la prime qu'il faut mettre de côté annuellement pour l'amortir, c'est-à-dire pour la rem-
placer par uq6 autre, quand elle sera hors de service. De même le coût de productien du travail est représenté : 1° par la valeur de ce qui est nécessaire à l'ouvrier pour se maintenir en état de produire, c'est-à-dire par la somme nécessaire aux besoins matériels ou intellectuels que lui crée Tétat social dans lequel il vit, pour répondre à ce que les Anglais nomment le standard of life ; 2* par la prime d'amortissement nécessaire pour remplacer ce travailleur quand il sera hors de service, c'est-à-dire pour élever un enfant jusqu'à l'âge adulte. Certains auteurs affirment que ce n'est pas le niveau d'existence, mais simplement la valeur des subsistances qui constitue le salaire minimum. « Comment les ouvriers « réussiraient-ils, objecte-t-on, à prendre des habitudes « plus raffinées, si une hausse préalable du salaire ne le « leur avait permis ! Il est clair que l'amélioration de la « condition doit suivre la hausse du salaire et ne peut « la précéder (1). » Nous ne saurions souscrire à cette opinion. Personne, en effet, même parmi ceux dont nous rejetons le sentiment, ne conteste que le salaire minimum de l'ouvrier des campagnes ne soit inférieur à celui de l'ouvrier des villes ; et cependant, à part le loyer, quels sont les articles du budget qui soient moins élevés pour le premier que pour le second ? La viande ? elle est aussi chère en province qu'à Paris. Le pain ? le prix est à peu prés égal partout. L'épicerie ? elle est plus chère chez le petit épicier de village, dont la clientèle est rare, que chez le grand épicier de ville, dont les frais généraux sont moindres proportionnellement. Le vin ? Sans nul doute, il coûte plus à Paris qu'à la campagne ; mais dans ces dernières localités, sauf dans les pays de vignobles, l'on ne boit pas de vin, mais du cidre, de la bière ; et ce fait montre bien que ce sont les besoins naturels ou créés
(1) M. Gide, Economie politique^ p. 530.
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qui font le niveau du salaire^ plutôt que la valeur des subsistances. L'ouvrier des champs a des besoins moindres ; il ne consomme de la viande que rarement ; il a un jardin, un coin de teire, attenant à sa maison, et duquel il tire son alimentation végétale. — Et la hausse des salaires, qui n'est pas détruite par une hausse semblable du prix des subsistances, comment l'expliquer, si l'on ne fait pas intervenir le standard of life comme base du salaire normal ? Que Ton offre aujourd'hui au maçon parisien, par exemple, un salaire de 3 à 4 fr., il le considérera comme inférieur à ce qu'il lui faut pour vivre ; et cependant une somme de 3 à 4 f r . assure, même à Paris^ et en 1885, l'existence matérielle. L'ouvrier américain consentira-t-il à accepter un salaire égal à celui de l'ouvrier français ? Et cependant le prix des subsistances, blé ou viande, est plus bas aux Etats-Unis qu'en Europe, mais les besoins que l'ouvrier s y est créés sont plus nombreux.
Au dix-neuvième siècle, si un salaire ne permet à l'ouvrier que de vivre de pain de seigle ou d'avoine, s'il ne lui donne pas la latitude de se vêtir de drap au moins le dimanche et les jours de fête, sera-t-il considéré comme suffisant ? Personne ne le soutiendra. « La « chemise et les souliers font partie du salaire nécessaire « d'un ouvrier anglais ; ils ne font pas partie du salaire « nécessaire de l'ouvrier français », disait Adam Smith il y a un siècle, et à cette époque il avait raison (1). Sans nul doute, c'est la hausse des salaires qui a engendré ces besoins ; mais ceux-ci sont devenus une
(1) a Plas près de nous, vers 1850, se souvenant de ce qu*ii avait vu^ « de ses yeux vu, alors qu'il était étudiant à la faculté de droit de « Rennes, le doyen des statisticiens de notre temps, Moreau de JonnèS) « n'en disait pas moins. On est confondu, en le lisant, de la quantité de » choses absolument indispensables aujourd'hui au plus pauvre et au « plus dépourvu d'entre nous, dont manquait encore en 1789, non pas « la majorité, mais la presque totalité de la nation, o — M. Frédéric Passy, séance de la Chambre des députés du i6 juin 1883.
seconde nature, à laquelle il y a lieu de satisfaire, et qui est aussi impérieuse que les appétits naturels, simples et rudimentaires, de Thomme sauvage. Il y a ici des rapports réciproques de cause à effet. Nous ne pensons donc pas que ce soit la valeur seule des subsistances qui règle le minimum du salaire, mais plutôt le niveau des besoins et des habitudes. Aussi cet étiage est-il essentiellement variable suivant les races, les professions, les localités et les temps.
L'ensemble des besoins dépend de Tétat social ; mais il dépend, avant tout^ de Tâge et du sexe du travailleur.
Plus faible pour Tadolescent, il s'élèvera pour l'adulte : celui-ci, en effet, peut avoir une femme et des enfants dont les besoins viendront se joindre aux siens. Mais pour le calcul du salaire minimum, l'unité économique serait -elle la famille du travailleur ou seulement sa propre personne ? Que dans une société idéale, le salaire minimum soit celui qui assurerait l'existence du ménage, c'est incontestable , et ce desideratum fait bonne figure dans le plan social, rêvé par quelques utopistes, de la proscription du travail féminin. Mais nos sociétés modernes n'observent que de bien loin ce programme, et elles montrent, au contraire, un très large emploi du travail des femmes, soit à l'atelier, soit dans les industries domestiques. Cette circonstance n'est pas sans influence sur la détermination du salaire minimum ; comme elle alimente le budget du ménage avec deux salaires, celui du mari et celui de la femme, elle réduit chacun d'eux. Non pas cependant que, à l'inverse, le salaire naturel soit exactement calculé sur les besoins individuels de chacun; il occuperait plutôt une place intermédiaire. — Les socialistes trouvent dans ce fait une nouvelle raison de condamner notre organisation industrielle : autoriser le travail des femmes, disent-ils, c'est doublement abaisser le salaire masculin ; c'est agir sur son minimum
normal; c'est entraîner en même temps, par la concurrence des femmes, l'avilissement de sa valeur courante. Cette concurrence de la femme, nous l'avons signalée plus haut ; mais nous nous proposons plus loin de montrer en quoi elle est, dans une certaine mesure, inégale vis-à-vis de l'homme qui la subit. Parmi les causes qui rendent cette concurrence redoutable, se trouve, en première ligne, la nature physique de la femme, dont les besoins matériels sont moindres que ceux de l'homme. Toutefois, il ne faudrait pas tomber dans l'exagération. Il n'est pas douteux que la constitution de la femme, au point de vue de l'alimentation, ait des exigences moins grandes. En revanche, il est difficile que l'ouvrière ne fasse pas plus de frais que l'ouvrier pour se vêtir. Quant au logement, au chauffage et à l'éclairage^ ils coûtent autant à la femme qu'à l'homme (1). Nous pensons donc que, d'une manière générale, le salaire des femmes devrait atteindre au moins les trois quarts de celui des hommes, pour leur faire une situation égale (2).
Nous n'avons pas achevé l'examen de ce qui constitue le salaire normal minimum. A côté de l'entretien du travailleur, il est un autre élément dont l'étude s'impose maintenant à notre attention : nous voulons parler de la
(1) A Lodéve, on calculait, il y a vingt-cinq ou trente ans, que la vie matérielle revenait à 75 cent, par jour pour un homme ; à 65 centimes pour une femme. A Elbœuf, vers la même époque, on estimait la nourriture d'une ouvrière à 60 ou 80 centimes par jour ; celle d'un ouvrier à 90 centimes ou 1 fr. — V. Reybaud, La Laine, p. 71 et 121.
(2) « Il est impossible de supposer que la nourriture prenne plus de la a moitié du budget même le plus réduit ; on ne peut, d'un autre côté, « évaluer à plus d'un tiers la différence entre la nourriture nécessaire à tt une femme et la nourriture nécessaire à un homme. Il résulterait de u ce qui précède, que les besoins de la femme seraient inférieurs d'un u sixième aux besoins de l'homme. » M. Leroy-Beaulieu, Le Travail des femmes, p. 131.
prime d'amortissement du travailleur. L'ouvrier, avant de gagner un salaire, a vécu; il a consommé des subsistances ; il a été habillé ; il a été instruit, et son éducation a entraîné pour ses parents certains frais. Tout cela constitue un capital qui doit être amorti. Comment s'en fera l'amortissement? Il prendra la forme d'un excédent de salaire, qui permettra à l'ouvrier soit d'élever un enfant destiné à le remplacer dans le monde industriel, soit d'acquérir un petit pécule qui pourra lui donner les moyens de vivre, lorsque l'âge aura engourdi son corps et paralysé ses facultés productrices. — Ce n'est pas tout : le travailleur a fait, par hypothèse, un apprentissage long et coûteux ; ses parents, en vue de lui apprendre un art mécanique utile et lucratif, se sont imposé des sacrifices. Le minimum du salaire sera nécessairement plus élevé ; il comprendra un nouvel élément que nous n'avons pas encore rencontré : nous voulons dire une prime d'amortissement destinée à compenser les avances pécuniaires faites en vue de l'apprentissage, et la perte de temps entraînée par ce stage. Cet élément se retrouvera dans le salaire de toute profession, dont l'exercice implique une pratique préalable ; c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer le taux plus élevé du salaire de certains ouvriers, comme les orfèvres, les sculpteurs ornemanistes. Mais la pratique de l'apprentissage disparait peu à peu ; aussi le salaire minimum a-t-il une tendance à s'uniformiser entre les diverses professions.
Tels sont les éléments qui constituent le minimum du salaire normal. Faut-il en ajouter d'autres, avec Adam Smith (1) ? L'illustre économiste écossais a énuméréles principales causes d'inégalité des salaires dans les diverses professions : l'agrément ou le désagrément de l'emploi,
(1) Liv. !•', ch. 10.
l'occupation constante ou les chômages, la confiance que doit inspirer le travailleur, le plus ou moins de probabilité de succès. — Nous ne pouvons partager son sentiment. Ces distinctions ont sans doute en pratique une influence sérieuse sur l'offre ou la demande de travail : le désagrément de la profession peut diminuer l'offre^ comme l'agrément peut l'accroître; mais les inconvénients d'un métier ne sauraient augmenter le coût de production du travail. La confiance que doit inspirer le travailleur peut, de la part du patron, amener plus de circonspection dans le choix de ses ouvriers ; elle peut parfois l'inciter à leur donner, en fait, un salaire plus élevé ; mais elle n'a pas d'influence sur le coût de production du travail. — Quant aux risques de chômages plus ou moins longs, ils peuvent modifier le salaire, mais encore n'est-ce que dans une mesure bien restreinte. Il est certain que les salaires dont la fixation est faite au mois ou à l'année sont proportionnellement moins forts que ceux à la journée ou à l'heure, parce que le premier mode de rémunération donne à l'emploi une plus grande apparence de fixité ; tel ouvrier payé, par exemple, 150 fr. par mois, exigerait 6 ou 7 francs par jour. Mais il y a là encore plutôt un élément du salaire courant.
Le salaire normal a donc un minimum ; ce n'est pas à dire pour cela que le salaire courant ne pourra exceptionnellement descendre au-dessous. De même que le fabricant peut vendre le produit à un prix inférieur à ce qu'il lui a coûté, de même l'ouvrier peut être obUgé parfois, et par exemple sous l'influence d'une concurrence trop active ou de l'emploi des machines, de vendre son travail au-dessous de son coût de production. Qu'en résultera-t-il ? L'ouvrier a-t-il embrassé une profession qui avait nécessité un apprentissage préalable ; il ne pourra en amortir les frais. Est-il marié, il ne pourra faire vivre sa femme, et celle-ci devra chercher un gagne-pain.
i?8 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVII.
A-t-il des enfants, il demandera à la charité les moyens de les soutenir. Que cette situation se prolonge , les ouvriers quitteront la profession et se porteront vers un métier plus favorisé; qu'elle se généralise, ce sera la disparution de la population ouvrière, son émigration, ou encore sa réduction à des proportions qui, en ralentissant la concurrence, détruiront la cause qui avilissait le salaire.
En fait, pour les ouvriers, le salaire courant ne descend que rarement au-dessous du minimum que nous avons fixé. 11 est malheureusement une classe intéressante de travailleurs dont la rémunération reste trop fréquemment au-dessous de ce niveau déjà bien faible : ce sont les femmes. 11 y a là une nouvelle face du problème que soulève la situation des ou vrières dans nos sociétés modernes.