‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 46 sur 66 · LA LOI DE L*OFFRB ET DE LA DEHANDE · texte numérisé non relu

LA LOI DE L*OFFRB ET DE LA DEHANDE

soit accrue (1) ; mais il est devenu plus intelligent, plus éclairé, et puis, il faut bien le reconnaître, il est mieux secondé , il emploie des outils plus parfaits. Voyez l'ouvrier sarcler un champ de betteraves : il fait davantage de besogne que son ancêtre, parce qu'il a un meilleur outil. Il est de cette vérité un exemple bien curieux, et que nous avons cité plus haut : le moissonneur se servait autrefois d'une faucille incommode, qui l'obligeait à tenir le dos courbé pendant toute une journée ; aujourd'hui, il a une sape, et il fait pendant le même temps, et avec moins de fatigue, le double de travail; aussi son salaire^ qui nominalement ne se serait augmenté que de 100 Vo, a-t-il, en fait, triplé. Les charrues sont plus parfaites. La brabant et la défonceuse ont pris la place de l'ancienne charrue de bois ; ils font plus d'ouvrage, et l'ouvrage est mieux fait. Ce n'est pas tout : aujourd'hui, en culture. Ion commence à se servir de machines à moissonner ; l'homme qui les conduit fait, pendant une journée, le travail de quatre ouvriers. L'emploi du semoir se généralise, et il procure économie de temps et de semence. La machine à battre a partout remplacé l'ancien mode de battage ; en douze heures^ et avec le travail de 10 personnes, elle enlève le grain de 1,800 gerbes de blé; il eût fallu, au temps duJléaUjle travail d'un homme pendant un mois ou plutôt pendant quarante jours; et encore l'ouvrage eût-il été moins bien fait, et, en outre, plus coûteux pour le patron lui-même.

(1) Nous lisons dans le compte-rendu du Congrès des sociétés savantes de 1S83 les observations suivantes : « M. Lunier est d'avis, avec M. Rameau, a qu'au moins dans certains départements la force musculaire a diminué, « et que, par suite, les hommes résistent moins facilement aux maladies a et aux fatigues occasionnées par le travail. — M. Frédéric Passy pense o que le mauvais emploi des salaires a contribué à ud certain affaiblisu sèment physique des populations. » {Séances du 29 et du 30 mars 1883).

214 DEUllÈMB PARTIE. — CHAPITRE XXI.

Nous n'en avons pas iSni avec les progrès agricoles : la terre, aujourd'hui mieux fumée, complétée par des engrais chimiques , rapporte davantage. L'assolement est mieux rempli : l'année de jachère morte a presque partout disparu, et elle a été remplacée par une récolte de betteraves, de plantes fourragères, etc. Vous nous direz peut-être que tout cela est affaire de direction ? Que le cultivateur ait seul le mérite de ces innovations, cela n'est pas douteux ; mais le jour oii il a augmenté ses rendements, multiplié le nombre de ses récoltes, introduit l'usage des récoltes dérobées, il a, par cela même, obtenu de ses ouvriers un travail plus lucratif, et il est aisé de comprendre que ses auxiUaires aient pu opérer sur la richesse créée un prélèvement plus fort. La productivité du travail résulte de causes extrinsèques, aussi bien que , de la volonté de l'ouvrier.

Grâce à cette productivité plus grande, la richesse agricole s'est accrue. Le capital foncier a augmenté, le revenu a suivi une marche sembable. En vertu d'une loi du 9 août 1879, qui avait prescrit une nouvelle évaluation des propriétés non-bâties de la France, l'administration des contributions directes a constaté que, de 1851 à 1879, la valeur du territoire agricole avait augmenté de 30 pour 100, soit de plus de 30 milliards (1) :

Valeur Ténale. Produit net imposable.

Pendant ce temps^ il était assez juste que le salaire s'accrût, mais son élévation a dépassé celle des fermages. Nous en avons cité plusieurs exemples : d'après M. Risler, dans le département de l'Aisne, de 1820 à 1880, tandis que le fermage haussait de 60 p. 0/0 environ, les salaires augmentaient de 250 p. 0/0 en

(1) M. Risler, Revue des Deicx-Mondes, 1^' février 1885.

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