‹ Les salons d'autrefois (volume 2)Chapitre 4 sur 7 · SECOND TABLEAU · texte numérisé non relu

SECOND TABLEAU

« Ecoutez cette musique mélodieuse, messieurs et mesdames, c'est l'air du menuet d'Exaudel, joué par les petits violons ordinaires du grand homme qui va paraître, — petits violons qui le précèdent toujours... une. . deux.... regardez...

« Voyez-vous ce personnage à la chevelure chinchilla, bien frisé, aux bottes vernies avec des talons rouges, au jabot de dentelles, aux bagues de mar-quis, à l'habit de paillasse...

« Tambours : battez aux champs ! découvrez-vous messieurs; mesdames, faites la révérence. Ceci vous représente le héros National, le figaro de la République, le Talleyrand d'aujourd'hui.

— Suivons-le dans les diverses phases de sa gloire.

« Regardez d'abord ce beau monument gothique ! c'est l'Hôtel de Ville. Admirez, maintenant, comme notre homme s'y installe ; le voilà qui se proclame au nom de sa propre volonté, maire de Paris, autocrate de la bonne ville.

« Il a une garde, il boit, il mange ; on mange et on boit autour de lui. Monsieur le maire est content!

« Mais, attention J voilà du tapage ; au lieu de boire et de manger, on crie et on s'ameute. — Monsieur le maire est moins content!

« On attaque l'Hôtel de ville... Monsieur le maire n'est plus content du tout ! — Voyez-le comme il se sauve pâle et tremblant — où se cacher?., là, dit-il, — et il entre dans un certain endroit qui ne s'avoue jamais, pas plus à l'Hôtel de Ville qu'ailleurs. — Nous ne l'y suivrons pas.

« Le voilà maintenant dans sa chambre ; il réfléchit sur le néant des grandeurs humaines en gêné-

rai et sur celui d'un maire de Paris en particulier. Il se décide à changer de condition.

« Suivons-le à l'Assemblée, messieurs et mesdames; là il s'y trouve à son aise et s'arrange pour y rester. — Prenne qui voudra maintenant l'Hôtel de Ville, dit-il avec dignité, je m'en lave les mains.

« Entrez avec lui dans ce magnifique palais; c'est celui du grand Condé : voyez cette petite fille endormie dans ce superbe berceau d'or ; cette petite fille est la descendante de monsieur le maire, ce berceau est celui du comte de Paris, meuble qui ne se trouve pas déplacé dans cette somptueuse demeure, car on y voit entassées toutes les richesses de la monarchie ; jusqu'aux belles porcelaines de Sèvres, réservées jadis pour faire des présents aux têtes couronnées étrangères, mais qui servent aujourd'hui pour les galas ordinaires de Sa Hautesse républicaine.

« Voyez-le donner des fêtes princières, demander l'aumône à l'Assemblée, et faire couler des flots d'or dans les coulisses de l'Opéra.

« Quelquefois marquis, souvent figaro, toujours paillasse, il saute pout tout le monde.

« Regardez-le encore — l'avez-vous assez vu?... Oui, n'est-ce pas? tant mieux, puisqu'il s'évapore en fumée.

Page 1