‹ Les salons d'autrefois (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · QUATRIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

QUATRIÈME TABLEAU

« Mais, quel est ce gros nuage noir qui sort encore des flancs de la Montagne?... attention 1

« Ça se dissipe... ça s'arrange... regardez, vous voyez maintenant une taverne dans Londres, la capitale de l'Angleterre.

« Distinguez-vous; assis devant une table, ces deux hommes dont l'un a la figure juvénile et douce, le corps petit, frêle et délicat, un ensemble enfin qui rappelle ces charmants croquis de Gavarni où on voit une fillette costumée en débardeur?

« L'autre est un véritable colosse, à la figure enluminée, en gilet à grands revers façon Robespierre, au chapeau rappelant 93, en un mot ayant toute la tournure d'un afireuxjacobin d'autrefois. Ces deux hommes regrettent et complotent.

« Voulez-vous voir ce qu'ils regrettent?... Commençons par le premier : regardez bien attentivement. — Vous voyez ce magnifique palais bâti par Marie de Médicis, ces appartements somptueux, cette chambre à coucher toute garnie de rubans bleus et de dentelles, dentelles et rubans bleus qui, assure-t-on, allaient fort bien à la figure du petit grand homme ; ces tables servies de fins et délicats repas, avec force gelées, glaces, gâteaux, beL gnetsd'ananas, — car le cuisinier, pour plaire à l'illustre désorganisateur du travail, faisait de l'ananas comme de la muscade, il en mettait partout.

« Toutes ces merveilles princières méritent bien un

regret... soyons de bonne foi... Retournons maintenant prendre le grand montagnard... que voulez-

vous !... c'est un autre palais... mais c'est toujours de grands repas, de beaux salons... de belles voitures... Qu'est-ce que cela prouve? ça prouve que les farouches montagnards ont toujours aimé et aimeront toujours les plaisirs des sybarites.

« Et ce ne serait en vérité pas la peinede faire une révolution, si elle ne devait pas servir à leur donner la place, les palais, les privilèges et surtout les millions des princes que l'on chasse!

« Maintenant que vous avez vu les regrets, voulez-vous voir le complot ?... une... deux.., attention!... que distinguez-vons?... un drapeau rouge... des barricades... du sang... du carnage...; vos yeux vous trompent assurément..., regardez mieux encore...

« Mais, tout a disparu... les voici replongés dans le néant.

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