‹ Les salons d'autrefoisChapitre 3 sur 6 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

a recueilli toutes les épaves de nos divers naufrages, et qui regarde d'un œil tantôt moqueur, tantôt jaloux, la manœuvre du nouvel équipage embarqué sur ce fameux vaisseau de VÈtat^ qui a fourni tant de métaphores à nos orateurs dans l'embarras. Elle est jeune, elle est vive, elle a l'esprit prompt, et le tact fin ; elle sait déjà parler, elle sait déjà se taire, ce qui est souvent plus difficile aux gens d'esprit. Le poste est bon pour observer, et elle observe. Tout ce qui passe à sa portée est exactement noté : elle rassemble les détails; elle collectionne l'anecdote qui fera un jour, — elle ne s'en doute pas encore, — la fortune de son J3etit volume. On comprend donc, sans que nous ayons besoin d'insister, tout ce que cet aimable livre des Salons d'Autrefois présente au lecteur d'attrait et de curiosité. Madame de Bassanville, c'est là un de ses principaux mérites, a su fixer les traits déjà un peu incertains et pâlissants de cette période originale, intéressante, digne de l'histoire, — elle l'a reproduite avec la fidélité d'un daguerréotype... — Je voulais dire d'une photographie, car Daguerre a déjà passé : il est vieux, — et le Progrès l'a détrôné : le Progrès est un ingrat : mais l'ingratitude est l'indépendance du cœur.

Peu de livres se liront plus facilement que ces Salons d'Autrefois : ils plairont, j'en suis sûr, aux gens d'à présent ; leurs jolies pages se tourneront d'elles-mêmes sous les doigts, en exhalant comme un parfum de bonne compagnie.

Dans un livre comme celui-ci, dont la trame est légère, qui vaut surtout par la broderie, et où la forme n'est pas moins importante que le fond, on sent que la question d'art est beaucoup : qu'il nous soit donc permis d'ajouter que la forme est

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heureuse. Madame de Bassanville a une façon à elle, tout à fait originale, que le lecteur ne tardera point à reconnaître, et qu'il aimera ; il goûtera singulièrement ce style pjeinde netteté et de franchise, qui coule d'une veine facile, égale, primesautière, un peu brusque parfois et d'allure sautillante, mais exempte de toute manière, — la manière, cette coquetterie de l'esprit qui gâte parfois les œuvres des femmes, comme l'autre coquetterie, trop souvent aussi ! gâte leur cœur. Madame de Bassanville sait ce qu'elle veut dire, et elle le dit : elle écrit un peu comme on parlait à la fin du dernier siècle ; il semble qu'elle a recueilli ces traditions de l'esprit français dont nous avons vu le dernier reflet dans la conversation de quelques grandes dames, charme de notre jeunesse qui vit leurs derniers jours. 3Iadame de Bassanville n'a point du tout l'horreur du mot propre qu'affectait Boileau; loin de le fuir, elle le cherche, le trouve et l'emploie avec à-propos et justesse : sa phrase est jetée dans un moule vraiment français, français aussi est l'esprit de madame de Bassanville, dans l'acception la plus complète du mot. Elle n'a rien emprunté à l'école romantique : les brumes de la Tamise et les brouillards du Rhin, qui se sont infiltrés peu àpeu dans notre littérature, ont glissé sur ce cerveau lucide sans y laisser de traces ni d'ombres; la poésie mouillée des Lakistes ne l'a pas affadie, et au milieu des mélancolies plus ou moins poitrinaires de tant de dixièmes Muses^ elle est restée robuste, bien portante et gaie... ; et la gaîté est chose si rare aujourd'hui !

Encore un mot pour finir : madame de Bassanville aime le travail; mais le travail le lui rend bien. Avec elle, chaque

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ciïorl csl un succès, son livre sur V Éducation des femmes a i-eçu la consécration des meilleurs juges, son Voyage à Naples^ impression vive et sincère, obtient un succès de vogue. Les Salons d'Autrefois seront bientôt dans toutes les mains, — et on peut le confier aux plus innocentes et aux plus pures. — La présente édition est, comme disaient nos pères : A Vusage du Dauphin.

LOUIS ÉNAIJLT.

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