‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 10 sur 60 · LA COUR DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LA COUR DU TEMPLE

fichu noir au cou, verse à boire au mathématicien. Sur le devant, les comtes de Jarnac et de Chabot, le premier .tenant un plat, l'autre mangeant un gâteau. Le président Hénault, vêtu de noir, est assis devant un paravent de soie rose à fleurs ; mademoiselle Bagarotti, dont le prince de Gonti se déterminera à payer les dettes, et qui porte une robe de soie rayée de blanc et de cerise, est assise toute seule devant un guéridon, près duquel une bouilloire pose sur un fourneau portatif. Antoine de Ferriol, comte de Pont-de-Veyle, philosophe sans affiche, ami fidèle et constant, très recherché de tout le monde, assorti à toutes les sociétés, frère aîné du comte d'Argental, s'appuie sur le dossier d'un fauteuil; le prince d'Hénin, debout, hors de là trop occupé de la facétieuse cantatrice mademoiselle Arnould, et de Mademoiselle Raucourt de la comédie française, appuie la main sur le dossier d'une chaise sur laquelle est assise^la maréchale de Montmorency-Luxembourg, vêtue d'une robe de satin blanc, garnie de fourrure. Entre eux, mademoiselle de Boufflers, depuis duchesse de Lausun- Biron, vue de profil, les cheveux à peine poudrés,, portant une robe rose, les épaules couvertesd'une

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gaze blanche, jeune fille, chef d'œuvre de douceur, de grâce et de candeur, dont la vie fut un long sacrifice, et la mort un martyre, sur l'échafaud. La maréchale de Mirepoix verse du thé à madame de Vierville en pelisse bleue, madame de Mirepoix, de la maison de Craon, veuve en premières noces du prince de Lixin, de la maison de Lorraine, tué en duel par le duc de Richelieu, son beau-frère, et dont la hauteur, décente d''ailleurs et réservée, rappelait la fierté de cette première alliance. Le prince de Conti s''était laissé représenter dedos,enperruque, causant avec Trudaine. A gauche, Mozart, tout enfant, assis, touche du clavecin, tandis que le merveilleux Jélyotte, debout, chante en s'accompagnant de la guitare. Le chevalier de Laurency, gentilhomme' du prince et que Jean-Jacques Rousseau, en ses Confessions, appelle «le Sigisbé ou plutôt le complaisant de Madame de Rouvrel, » est debout derrière Mozart. A côté^ le prince de Beauvau, assis, lit une brochure. Cette vieille grande dame, de si belle mine sous son petit bonnet rabattu par devant et qui laisse traîner derrière elle la queue de sa robe rouge, est la comtesse d'Egmont la mère, qui coupe un gâteau. Cette petite personne

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qui passe au premier plan du tableau, tenant une serviette et un plat, est la spirituelle comtesse d'Egmont la jeune, . née Richelieu. Une jeune femme en bonnet blanc et rose, en fichu blanc, à la robe d^un vert vif, au tablier à bavette de tulle uni, et qui sert d'un plat posant sur un réchaud, est la comtesse de Boufflers-Rouvrel. Un violoncelle et des cahiers de musique sont posés dans Tangleà gauche. On lit sur un papier : De la douce et vive gaieté.

Chacun nous donne ici Texemple.

On dresse des autels au thé.

Il méritait d'' avoir un Temple (i) C'était l'habitude de ces fêtes familières du prince de Conti d''en bannir tous les valets et de faire faire le service par les habitués et surtout par les dames. C'était de même aux soupers, grâce à cette intervention aimable et aux meublesservantes préparés et garnis aux quatre coins des tables. Le prince avait aussi de grandes réceptions générales où figurait toute la cour. On voyait souvent au milieu de tout ce monde, des diplomates et des voyageurs étrangers. On y vit particulièrement la sœur du duc de Richmond,

(i) Voir le Catalogue des galeries de Versailles par Soulié.

la belle lady Sarah Bunbury, née Lennox, si fort compromise par les Mémoires de Lausun-Biron,

L/âme de ces fêtes était la maîtresse du prince, la comtesse de Boufflers-Rouvrel, qu'il avait commencé à connaître au Palais-Royal chez la duchesse d'Orléans, sa sœur, et la liaison avait fini par prendre le caractère d'un mariage et par être respectée de chacun. Il est une petite personne qui eût bien désiré de paraître à ces fêtes, et qui venait souvent au Temple, quand il n'y avait pas de grandes réunions, c'était une actrice, nommée Auguste, qui jouissait de la protection du duc.

Le peintre Olivier a, encore aux galeries de Versailles, un petit tableau représentant un souper du prince.

La femme la plus remarquée dans ces réunions du Temple, était la maréchale duchesse de Montmorency-Luxembourg, dont le mari était plus qu'aimable, car il était bon. Cette duchesse, petitefille du maréchal de Villeroy, et, du côté de la figure, une des femmes accomplies qui aient jamais paru, était aussi une des plus compromises du xvin« siècle. Pendant son premier mariage avec le comte de Boufflers, elle avait mérité d'être stigmatisée par de rudes couplets du comte de

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