‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 16 sur 60 · MADAME DE LAMBERT · texte numérisé non relu

MADAME DE LAMBERT

et il la regretta vivement à sa mort. « Elle était, dit-il, mon amie depuis longtemps. Les savants et les honnêtes gens se souviendront longtemps d'elle. » Voyez son éloge dans le Mercure Galant de ce mois (Août ij33]. Elevée par Bachaumont, nourrie de la lecture des anciens, dans les traductions seulement, n'ayant fréquenté que des gens de mérite, ayant cultivé son esprit, son cœur, sa vertu, elle n'eut de passion qu'une tendresse constante et assez platonique (nous croyons qu'il s'agit du marquis de Sainte-Aulaire). Elle était riche, faisait bon et honorable usage de ses richesses et fit du bien à ses amis et aux malheureux autant qu'elle put. Ses œuvres se ressentent de tant de bonnes sources ; on y trouve quelque affectation dans les termes : ils sont cependant Justes et expressifs, quoique parfois néologiques et trop figurés. Mais que de belles choses dans tout cela sur les femmes, l'amitié et la vieillesse principalement! livres à lire continuellement.... Ces ouvrages contiennent un résumé complet de la morale du monde et du temps présent la plus parfaite. Il y avait quinze ans que j'étais de ses amis et qu'elle m'avait fait l'honneur

de m'attirer chez elle. Sa maison faisait honneur à ceux qui y étaient admis.

« J'allais régulièrement dîner chez elle les mercredis, qui étaient un de ses jours. On y raisonnait sans qu'il fût question de cartes , comme au fameux hôtel de Rambouillet, si célébré par Voiture et Balzac (i). »

Il faut qu'elle ait été pénétrée d'une bien robuste indulgence en faveur de cet étourdi d'abbé de Choisy, mort à quatre-vingts ans sans avoir tout à fait atteint l'âge viril, pour que cet abbé ait osé, comme il l'a fait, lui dédier le récit de ses travestissements et de ses graveleuses aventures dans ses premières années. Le salon de la marquise de Lambert dura vingt ans, de 1710 à 1 730. il fut un des derniers reflets du grand siècle. Jamais, en effet, n'y furent admis ni le jeu ni l'agiotage, et il demeura comme une protestation vivante contre les orgies de la Régence. Ce salon se tenait dans un fragment de l'ancien palais Mazarin, à l'extrémité de la galerie qui aboutit à la rue de l'arcade Golbert sur la rue de Richelieu. On s'a^emblait le mardi et le mercredi (i).

(i) Mémoires du marquis d"Argenson, t. I, p. i63, 164 édition de la Société de l'Histoire de France.

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