‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 18 sur 60 · MADAME DE TENCIN · texte numérisé non relu

MADAME DE TENCIN

fut suivie de scandale. Elle vécut d'abord avec le chevalier Destouches-Canon, commissaire provincial dont elle eut un enfant qui devint lefameux d'Alembert, qu^elle abandonna et qui fut élevé par une pauvre vitrière qui le ramassa à la porte d^une .église où il avait été exposé. Succéda promptement une liaison nouvelle qui devait la compromettre, avec un ancien avocat au Conseil, ancien banquier en cour de Rome, De La Fresnaie. Grâce à Pamitié de Dubois, elle avait fait un évêque de son frère aîné, Tabbé de Tencin. Celle de Law Pavait enrichie. Des difficultés avec son amant qui, dans un document testamentaire, Taccusait de Tavoir ruiné par cupidité, exaspérèrent le malheureux, qui se tua chez elle. La justice, soupçonnant un assassinat, la jeta à la Bastille ; mais elle en sortit justifiée. Alors elle se fit auteur, philosophe et même théologienne, et correspondit avec le pape Benoît XIV. Elle écrivit des romans, dont l'un, le Comte de Comminges, est qualifié de chefd'œuvre par M. Villemain. A cette époque, elle ouvrit un salon qui fut fort suivi et où elle affecta toutes les apparences d''une bonne femme. Elle dit sans façon à Marmontel : « Malheur à

qui attend tout de sa plume ; rien de plus casuel. L'homme qui fait des souliers est sûr de son salaire ; Thomme qui fait un livre ou une tragédie n'est jamais sûr de rien. »

Là, se pressaient Fontenelle, Montesquieu, Dortous de Mairan, Marivaux, Marmontel, le jeune Helvétius, Astruc et quelques autres fidèles, particulièrement, Pont de Veyle, neveu de la maîtresse de la maison. C'est en cette société surtout qu'on eût pu observer sur nature la manière du temps de ne pas se contenter de son esprit courant. « Chez Marivaux, l'impatience de faire preuve de finesse et de sagacité perçait visiblement. Montesquieu, avec plus de calme, attendait que la balle vînt à lui, mais il attendait l'occasion. Astruc ne daignait pas l'attendre. Fontenelle la laissait venir sans la chercher, Helvétius, attentif et discret, recueillait pour semer un jour (i). »

Marivaux qui, dans la cinquième partie de sa Marianne, représente Madame de Tencin sous le nom de Madame Dorsin, dit que: « Causeuse admirable, elle s'appliquait moins à montrer son esprit qu'à faire valoir celui des autres. Ceux

(i) Mémoires de Marmotitel, t. L

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