MADAME GEO FF R IN
de faire valoir leur esprit. Tous les arts comme tous les talents étaient admis dans sa société. Outre les français, on voyait chez elle les ambassadeurs, toujours empressés aux réunions de rintelligence et jaloux de se rencontrer avec des personnages éminents. On voyait donc l'ambassadeur d'Angleterre,lord Albemarle, le marquis de Caraccioli, depuis ambassadeur de Naples, bavard de merveilleux esprit, sous Taspect le plus commun; le comte de Greutz, ministre de Suède, rare intelligence, « la sensibilité, la chaleur, la délicatesse du sens moral avec celui du goût, Tamour du beau et la passion du génie comme celle de la vertu (i). » Entre les étrangers, se distinguait Fabbé Galiani, le conteur, un petit Machiavel sous la forme d'un arlequin. Pendant longtemps on vit aussi Horace Walpole, qui la vantait d'abord comme une merveille de droiture d'esprit, et ne reparut plus quand son attachement pour la marquise Du Deffand l'entraîna à épouser la haine de cette dame envers madame Geofîrin qui recevait les philosophes que n'aimait pas la marquise. Par compensation, les étrangers qui avaient été reçus chez elle ou en avaient
(i) Mémoires de Mar monte l, t. I". -"^
entendu dire du bien la recommandaient à leurs amis. C'est ce qui porta le lord Chesterfield à écrire à lord Stanhope qui se trouvait à Paris : « Connaissez-vous madame Geoffrin? Elle est fort^ spirituelle en compagnie. » Suivant D'Alembert, elle avait tous les goûts d'une âme douce et sensible. Le prince de Lignela regardait commele génie du bon sens. Le baron de Gleichen, dans ses Souvenirs, fait d'elle aussi un très aimable portrait. Parmi les gens de lettres français qui composaient sa société, on comptait Dortous de Mairan, Montesquieu, D'Alembert qui, après avoir consumé sa matinée à déchiffrer de l'algèbre, se montrait le plus gai de toute la société, le plus animé, le plus amusant dans sa gaieté; Chastellux, l'ami des encyclopédistes, qui le portèrent à l'Académie Française; le comte de Caylus, prêt à toute chose de bon ou de mauvais goût; l'abbé Delille, Saint-Lambert, poli, délicat, avec un tour d'esprit élégant et fin, rappelant le goût de la petite cour de Lunéville dont -il conservait le ton (i) ; le lourd Bernard, si mal nommé le Gentil, l'abbé Morellet, Marmontel, Thomas, Fontenelle, Laharpe.
(i) Mémoires de Marmontel, p. i.