‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 27 sur 60 · LA MARQUISE DE CRÉQUY TJ · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE CRÉQUY TJ

et madame Necker, Pougens et Jean-Jacques Rousseau qui, dans ses Confessions, parle toujours d'elle avec respect. Au milieu des philoso^ phes, la marquise avouait hautement ses idées religieuses.

On avait aussi les charmantes soirées de Thôtel de Beauvau, dont les hôtes, le prince et la princesse de Poix, étaient des modèles, et où le goût ancien était plus qu'ailleurs l'interprète élégant des idées nouvelles. La société se composait de madame de Sully, de la duchesse de Lausun- Biron, née de Boufflers; delà duchesse de Bouillon, née princesse de Hesse, de la princesse d'Hénin, de la duchesse de Choiseul, de la duchesse de Gramont,sa belle-sœur; du chevalier de Coigny, du duc de Guise, du duc de Liancourt, du prince Emmanuel de Salm, de madame de Staël, de madame de Simiane, de ses frères, les trois Damas ; de M. de Lally, « le plus gras des hommes sensibles, » comme on l'appelait; de Tabbéde Montesquiou, de la duchesse du Chastellet, tante de madame de Simiane.

Heureux, je le répète, q^ui avait sa place au cercle exquis de la princesse de Poix, née de Beauvau, cette femme d'infatigable bienveillance qui

excellait à imposer de la confiance et à donner de Tesprit à qui Tentourait, voyait tout du bon côté de tout le monde et approuvait si juste qu'elle flattait sans que sa franchise en souffrît, (i).

De là, il n'y avait qu'un pas à la société de son intime amie madame de Simiane, la plus jolie personne de son temps, et de qui l'on disait qu'il était impossible de la recevoir sans lui donner une fête. En même temps qu'elle était la plus jolie des femmes, elle en était aussi la meilleure. Cet assemblage divin la caractérisait plus qu'aucune autre personne. La fraîcheur de sa jeunesse en fut embellie, et son âge avancé conserva le privilège de plaire et d'attacher jusqu'à son tombeau. Elle était d'une gaieté charmante qui ne blessait jamais

(i) Voir la Vie de la princesse de Poix par la vicomtesse de Noailles, sa petite- fille, page 46.

Cet écrit d'une des femmes les plus gracieusement spirituelles qui aient existé est un petit ciief-d'œuvre de goût, de s'ens et de naturel qui peint en traits nets et délicats la société française 'de 1750 à i833. C'est le dernier parfum du siècle de la politesse. La cousine de la vicomtesse, madame Sabine Standish, née de Noailles, a écrit à son tour pour la société des Bibliophiles, la vie de la vicomtesse, avec la distinction d'esprit dont elle avait reçu une leçon si charmante et si accomplie. Personne mieux que la vicomtesse de Noarlles ne connaissait le siècle de Louis XIV. On eût dit qu'elle avait été .voisine et commensale des marquises de Sévigné et de Du Deffand. C'était pour moi un honneur et un bonheur, quand ces deux dames venaient passer quelques heures dans mon cabinet pour parcourir mes collections en société de M. le duc de Noailles et du marquis de Sainte-Aulaire, tous deux de l'Académie Française.

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