‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 3 sur 60 · MADAME DU PLESSIS J · texte numérisé non relu

MADAME DU PLESSIS J

amitié d'elle et de moi, dit-il, commença lors des guerres de Paris, où nous trouvant ensemble à Port Royal, aux sermons de Tabbé Singlin, nous parlions aussi franchement pour le service du roi qu'on peut le faire aujourd'hui.

a J'ai trouvé en Madame Du Plessis tout ce que l'on peut souhaiter pour rendre une amitié parfaite.

« Son esprit, son cœur, sa vertu semblent disputer à qui doit avoir Tavantage. Son esprit est capable de tout, sans que son application aux plus grandes choses Pempêche d'en avoir en même temps pour les moindres. Son cœur lui aurait, dans un autre sens, fait faire des actions de courage héroïques ; et sa vertu est si élevée au-dessus de la bonne et de la mauvaise fortune, que ce ne serait pas la connaître que de la croire capable de se laisser éblouir par Tune et abattre par Tautre. Enfin, pour le dire en un mot, c'est une de ces grandes dames dont j'ai parlé dans une autre partie de ces mémoires. »

Elle était fille du maréchal de Choiseul Praslin.

La terre de Pompone où résidait d'Andilly était voisine de celle de Frésnes. De là les fré-

ô Lf:S SALONS DE CONVERSATION

quentes relations de leurs habitants. Madame, de Sévigné s'était constamment rencontrée avec Madame Du Plessy à Thôtel de Rambouillet, et toutes deux y avaient été fort goûtées.

De temps à autre la première passait une partie de Tété ou Fautomne à Fresnes; on s'empresssait d'autant plus volontiers, en 1661, chez Madame de Guénégaud qu'elle était privée de son mari emprisonné comme un des collaborateur de Foucquet. Grand curieux, ami des arts, M. Du Plessis avait orné sa résidence de Fresnes d'une riche galerie de tableaux pour laquelle le Poussin avait peint une bacchante regardée comme un chef-d'œuvre. Sa femme cultivait ellemême la peinture sous la direction d'un peintre assez habile, nommé Guillaume Loir, et son frère le graveur.

On jouait aussi des comédies, on dansait des ballets à Fresnes et Madame de Sévigné y prenait des rôles. Cette société aimait les lettres, et un jour on vit à l'hôtel de Guénégaud, Boileau venir réciter quelques-unes de ses Satyres, et Racine trois actes de son Alexandre, qui furent fort applaudis. Mesdames de La Fayette et de

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