DINERS DES FERMIERS GENERAUX
met et à qui ses mérites en cuisine valurent de bons traitements en Alger, pendant la captivité qu'il y suhh.L''Eschole parfaite des officiers de bouche^ un livre d'or, donne les noms et recettes de trentequatre potages différents, chose consolante pour rhumanité.
On faisait grand cas de messire Crochet, cuisinier de M. de Neuchèse, évéque de Chalons-sur- Saône, qui composait des soupes incomparables, lesquelles donnaient à Bussy-Rabustindu dégoût pour toutes les autres. (Mémoires de Bussy-Rabutin, t. I, pag. 207, édit. in-4°) La célèbre marquise de Sablé, qui tenait école de beaux dires et de recette exquises, et soufflait ses fourneaux pour ses amis, a laissé sur ce point une réputation respectée. Dans les œuvres de Voltaire, sous la date de 171 6, on trouve une épître à une dame, en lui envoyant la recette d'un potage :
De cet agréable rivage Où, ces jours passés, on vous vit Faire hélas! un trop court voyage.
Je vous envoie un manuscrit Qui d'un écrivain bel Tesprit N'est point assurément Fouvrage, Mais qui vous plaira davantage
Que le livre le mieux écrit;
C'est la recette d'un potage.
Je sais que le dieu que je sers,
Apollon, souvent vous demande
Son avis sur ses nouveaux airs;
Vous êtes connaisseuse en vers;
Mais vous n'êtes pas moins gourmande.
Vous ne pouvez donc trop payer
Cette app'étissante recette
Que je viens de vous envoyer.
Ma muse timide et discrète
N'ose encore pour vous l'employer,
Je ne suis pas votre poète ;
Mais je suis votre cuisinier.
Mais quoi! le destin dont la haine
M'accable aujourd'hui de ses coups,
Sera-t-il jamais assez doux
Pour me rassembler avec vous
Entre Cornus et Melpomène,
Et que cet hiver me ramène
Versifiant à vos genoux?
O des soupers charmante reine.
Fassent les dieux que les Guerqois,
Vous donnent perdrix à douzaine,
Poules de Caux, chapons du Maine,