‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 42 sur 60 · DINERS DU BOUT DU BANC · texte numérisé non relu

DINERS DU BOUT DU BANC

impiétés se croisaient à huis clos en volées joyeuses sur les lèvres des plus brillants esprits. Ces habitués étaient Voltaire, quand il était à Paris, et Piron, les rivaux étincelants ; Piron que, plus d'une fois, Mademoiselle Quinault rappelait à Tordre ainsi que Voltaire, le ricaneur universel ( i ) ; d'Alembert, Téclat de rire le plus franc, le plus communicatif, quand il avait secoué sa géométrie ; Fauteur orgueilleux du Philosophe marié et du Glorieux, plus glorieux dans sa préface que son héros lui-même, le diplomate Néricault Destouches; Marivaux, Duclos, si plein de rudesse, de talent froid et de tact; Collé, Paradis De Moncrif,rhomme aux chats, secrétaire du prince abbé comte de Clermont et lecteur de la Reine, dévot à la Cour, homme de plaisir à la ville, surtout libre chansonnier; le plus étrange ministre, Richelieu-Trivelin, le comte de Maurepas, et le marquis d'Argenson; le président de Montesquieu, le chevalier d'Orléans, fils naturel

(i> Le premier tenait devant elle des propos dissolus dont elle rougissait et dont il n'est pas bien certain qu'elle ait réussi à le faire rougir. D'un regard, dans les réunions, elle arrêtait l'ordure sur les lèvres du cynique : « Vous avez été très bien au souper que nous avons fait ensemble hier, lui écrit-elle un jour, je suis fort contente de vous, et vous n'avez pas été immonde. «Lettres inédites de Piron et de Mademoiselle Quinault, publiées par M. Bonhomme ; V lettre.

du Régent et d'une Lavallière égarée, la comtesse d'Argenton; Dont de Veyle, Tabbé de Voisenon, Saint-Lambert, le spirituel Boufflers, d'abord petit abbé moins la tonsure, puis chevalier galant, peignantleportraitaupastelet« sepayant, dit-on, entre les bras de ses modèles, » ensuite marquis et Fun des quarante, que Saint-Lambert avait surnommé Voisenon le Grand, et dont la mère ne comprenait pas que Ton pût aimer Dieu. Cet étourdi fut guéri de ses folles galanteries par Tamour et finit par en épouser Tobjet, Madame Eléonore de Sabran ( i ); Salle, Christophe-Barthélémy Fayan, Fauteur de nombre de petites pièces de théâtre: le Rende:{vous, \ix Pupille, V Etourdi, QXc; Crébillon fils, bonhomme au fond et pas trop dissolu de mœurs, bien que le père de la prose eupet-en-Pair ; Madame d'Epinay,la maîtresse du baron de.Grimm,qui entendait si lestement Tusage comme Tabus de la jeunesse et de la grâce, et valait .mieux que ses mœurs; enfin son amie, la corrompue à mots couverts, la maîtresse de M. de Valory, la demoiselle Dette, fille mure, dont le visage était, disait-on, une Jatte de lait surlaquelle on eut jeté des feuilles de rose,

(Il M. Prat, en co'laboration avec un membre de la famille de Sabran, M. de Magnieu, a donné leur correspondance, chez Pion.

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