‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 45 sur 60 · L ANGLETERRE A-T-ELLE EU, COMME NOUS, DES SALONS DE CONVERSATIONS · texte numérisé non relu

L ANGLETERRE A-T-ELLE EU, COMME NOUS, DES SALONS DE CONVERSATIONS

LA DUCHESSE D« MAZARIN, — LA DUCHESSE DE QUEENSBERRY. — LADT MARY VVORTLEY MONTAGUE.

Quand je visitai PAngleterre, Je voulus savoir si elle avait eu, comme la France, ses salons de causeries, et j'ai dû me convaincre de la négative. On aurait pu d'ailleurs le pressentir à voir quelques uns des illustres anglais qui, après avoir pratiqué depuis longtemps la langue française, n'avaient montré, chez nous, aucune disposition pour les causeries. Voltaire, qui avait passé trois mois avec Swift, lui trouvait une humeur morose et une plaisanterie trop sérieuse. Mais Arbuthnot et Gay lui avaient paru de la plus aimable compagnie. Il est un homme particulièrement qu'un long séjour à Lausanne avait presque rendu français pour le langage, et qui, de même que David

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Hume, aurait pu prendre un rang distingué dans nos cercles, je veux parler de Gibbon. Mais retiré dans ses travaux historiques, avant tout homme de cabinet et d'une insigne gaucherie, cet homme si heureusement doué, bien qu'inférieur en esprit à Hume,etlégèrementdéclamateur,seprêtapeuà paraître dans les salons d'éclatante conversation. Du moins il y brilla peu. Ce n'est pas qu'il ne pût être, quand il le voulait, un agréable causeur; il avait même conquis le difficile avantage de remplir ce mérite auprès de l'aveugle Madame Du Deffand ; mais il lui fallait le tête-à-tête. Devenu, sans chaleur politique, sans patriotisme réel,membredu Parlement, il vota,neparla jamais, et ne se montra guère dans les cercles anglais plus prodigue de sa personne. On n'aime guère à faire que ce qu'on fait bien. Hume et Adam Smith qui, par l'étendue de leurs connaissances, auraient pu prendre une place élevée dans les assertiblées de Londres, s'étaient rétirés de bonne heure en Ecosse. Il est' douteux, dans tous les cas, que Gibbon et Hume avec leur liberté de penser, eussent rencontré de bien vives sympathies dans les salons ou régnait le docteur Samuel Johnson, si peu tolérant en matière de scepticisme sur toute question religieuse. L'his-

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torien Robertson, Lord Kaimes, lord Monboddo, distingués par l'esprit, séjournaient à leurs résidences d'Edimbourg et ne paraissaient qu'à de rares intervalles dans la capitale des trois royaumes. Du reste, les calmes conversations n'étaient pas à Londres, comme chez nous, un talent général et un besoin, et sir Nathaniel Wraxall, qui, dans ses curieux Mémoires, fait un tableau des salons d'Angleterre, après avoir vu ceux de France, convient qu'il n'a rien trouvé à Londres qui pût être mis en parallèle avec les nôtres (i). Plus net encore, l'éditeur du beau recueil de la Correspondance privée de David Hume (2) avoue que les luttes entre les Tories et les Wighs absorbaient, alors exclusivement, les esprits, et que ce n'était pas dans les salons ni dans les boudoirs qu'il fallait aller chercher les anglais de bonne compagnie, mais parmi les bouteilles, à travers les cris des discussions politiques, dans les tavernes et les cafés (3). Les premiers rudiments des sociétés aca-

(i) Sir Nathaniel Wraxall, Memoirs of my tinte, 1845. Deux volumes in-80.

(21 Life and correspondance of David Hume, by William Barton. Evq"' advocate. Edimbourg. W. Trait, 1846, second volume, p. 227, 228.

(3) It is not iniesd, surprising that the temper tranquil like his (Hume's) should hâve preferred the witty coaversation of accomplis-

démiques de Londres ont été jadis dans une taverne, celle de la Rasade (Riimmer tavern] prés Charing Cross, tenue par un oficle du célèbre poète diplomate, Matthieu Prior. C'est là que dans la seconde partie du xvii® siècle, s'assemblait le club des savants, entre le porter, le claret, et le half and half.

Un peu avant et après cette époque, alors que brillaient à Paris Thôtel de Rambouillet, puis le cercle de Henriette de Coligny, comtesse de la Suze et les samedis de Mademoiselle deScudéry, ce temps où les débris de ces sociétés allaient se fondre en une société mêlée à Thôtel de Nevers, et çù se formaient les entretiens de Thôtel de Créquy, refuge et foyer de la grande littérature qui avaient fixé la langue et le goût, la Grande- Bretagne n'avait non plus offert rien de pareil. Ni les lettres ni les écrits d'Addison, de Pope, de Hume, d'Horace Walpole ne révèlent l'existence de cercles littéraires ni de causeries à Londres, dans le cours du xvn^ siècle ni au commencement du xvin». Le grave étourdi Charles II qui, dans

hed parisian ladies, in their élégant saloons to the boisterous political discussions of english gentlemen, over their bottles, at taverns or coffee houses, which.This time in were their places of fashiooable resort. {Introduction à la correspondance privée.)

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