POINT DE SALONS DE CAUSERIES EN ANGLETERRE I4I
l'exil, avait voulu épouser une nièce de Mazarin, qui, sur le trône, avait associé dans sa familiarité à une grande dame Française, sa maîtresse, rétrange ragoût d^une créature de coulisse, la plus franche dévergondée de son temps, ne songea point à des salons de conversation; sa cour était plus voluptueuse que délicate, plus licencieuse que.,ga-lante. On croirait assister à une parodie du luxe de Versailles. Visitez les galeries du palais d^Hampton Court où une contrefaçon de Van Dyck, Van der Faes, autrement dit Sir Peter Lely, a vermillonnéles beautés provocantes de ce temps, parmi les Temples, la Stewart et les Jennings, les Claveland et les Castlemaine, les Muskerry, les Denham, les Cheselden, les Chesterfield, les Robart et les Carnegy, n'y retrouverait-on pas des Fouilloux et des Manneville, des Lamotte d^Argencourt, des Lamotte-Houdancourt, des Brancas, des Laferté, des d'Olonne et autres saintes du calendrier de Bussy, des Montespan, des Monaco et des Fontanges ? Mais la cour de France était dépassée par celle d^Angle terre. Les Lavallière et les Noailles feraient défaut. La Nell Gwin de Charles II et le Jacob Hall de la
Castlemaîne n'auraient pas non plus chez nous leurs pendants ou resteraient dans Pombre.
Le salon le plus aimable, à la fois littéraire et de grand monde, à Londres, était celui d'une française, la duchesse de Mazarin, la célèbre Hortense Mancini, 'qui gouvernait par son regard, son esprit et sa grâce. Autour de la divinité se groupait, entre les lettrés d'Angleterre et les femmes qui pratiquaient la lecture, le grand prêtre du temple, l'épicurien modèle, l'ami et le correspondant de Ninon de Lanclos, Saint-Evremont, qui savait se consoler de son exil et de sa loupe à double étage. Il avait toujours beaucoup à dire avec le second des Buckingham, l'égal d'Alcibiade par le génie et par la beauté ; avec Jean Wilmot de Rochester, que les Muses aimaient à inspirer et qu'elles n'auraient pu avouer sans rougir (i); avec l'ancien page d'honneur de Charles P"", Thomas Killegrew, libertin aimable et ingénieux qui n'avait jamais rien de mieux à faire que de prendre et de donner de l'amour; avec Gourville, l'un des hommes les plus aimables et les plus aimés de son temps, pendu en effigie et qui devait gouverner le monde, comme
(i) Horace Walpole.