LA COUR DE SCEAUX
fameuses. Law en eut un que sa femme égayait et où il fiarchait, la tête haute, comme le dieu Plutus, eA faisant des contes fort écoute's.
La cour de Sceaux, présidée par la duchesse du Maine, cette petite âme vaine, usée de grandes et de petites passions et de petits vers, néanmoins femme de beaucoup d^esprit, avait perdu de sa première splendeur, et les feux des Grandes Nuits s'étaient à peu près éteints. Mais pour être moins brillante, cette cour n'en était pas moins aimable. Peu faite pour la politique, la duchesse du Maine avait jeté son mari dans les intrigues de la conjuration de Cellamare, et abreuvé d'amertumes la vie de ce malheureux prince, peu fait lui-même pour les luttes. Enfin, après avoir expié ses faiblesses par une année de détention à la citadelle de Doullens, le duc avait obtenu d'aller habiter son château de Clagny. Il avait fait sa paix avec le Régent, le moins rancunier de tous les hommes, et avait été rétabli dans l'exercice de toutes ses charges. Quand la duchesse eut à son tour obtenu la liberté, il se laissa aller aux instances de sa femme et vint se fixer avec elle à Sceaux. Tel fut le berceau de cette société despotique et à la fois esclave, qui tranchait
en souveraine sur les arts et la littérature, et que Tobligation d'avoir toujours de Pesjft-it argent comptant, de s'ingénier sans relâche et de charmer les ennuis de Timpatiente divinité avait fait surnommer par un des habitués « les galères du bel esprit. » Des personnes de considération la composaient encore : La fille du premier président Bruslart, la sage madame de Charost, depuis duchesse de Luynes ; la marquise de Lambert, le cardinal de Polignac, le premier président de Mesmes, la baronne de Staal, le marquis de Sainte-Aulaire, qu'une renommée faite de quelques vers octogénaires avait porté à l'Académie française. Un jour que la duchesse rengageait à aller se confesser comme elle, le marquis, âgé de quatre-vingt-dix ans, répondit :
Ma bergère, j'ai beau chercher. Je n'ai rien sur ma conscience.
De grâce faites-moi pécher ; Après je ferai pénitence.
Elle répliqua gaillardement pour une princesse :
Si je cédais à ton instance, On te verrait bien empêché,