‹ Les salons de ParisChapitre 12 sur 23 · DE M. DE LANCY. U · texte numérisé non relu

DE M. DE LANCY. U

disposés chacun à vanter la supériorité de la senne en toute occasion ; un seul homme ne disait rien, c'était un Américain de Philadel|)hie. Interpellé un jour par ses compagnons de vuyage sur la religion qu'il professait, l'Américain, d'un âge déjà mûr, répondit avec calme :

« J'ai voyagé dans les Indes, visité toute l'Asie et parcouru- l'Europe; je m'y suis instruit des dogmes, des croyances et de la morale de tous les peuples; alors j'ai choisi dans chaque foi rehgieuse ce qui ma semblé le meillein% et je me suis arrangé avec tout cela une religion pour moi, ma femme, mes enfants et mes domestiques. »

Jl. de Lancy riait en racontant cette histoire; mais je crois qu'il avait fait poui' la politique et pour la morale comme l'Américain pour la religion.

Fidèle à ce joli précepte, que le nombre des convives ne doit pas être inférieur au noinbre des Grâces ni dépasser celui des Muses, M. de Lancy donnait tous les dimanches un petit diner de neuf personnes ; il réunissait quelques-uns des jeunes écrivahis attachés à la bibliothèque Sainte- Geneviève, avec quelques amis du dehors, et tout

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ce qui composait sa société ; sa famille et la bibliothèque passaient successivement à ce dîner , dont je faisais presque toujours partie et qui a été un des plaisirs aimables de ma vie ; ce nombre de neuf, qui n'était jamais dépassé, permettait à la conversation d'être générale, et toujours elle était spirituelle, bienveillante et pleine d'intérêt. M. de Lancy avait une indulgente bonté qui arrêtait la malveillance, la critique et l'àpreté; on se sentait là dans une atmosphère bienfaisante où l'on respirait à l'aise et où l'on pouvait pai'ler sans crainte; la famille de M. de Lancy, de< frères, des belles-sœurs, des neveux et des nièces, étaient les personnes les plus honorables et les meilleures. M. de Lancy leur portait une grande affection, et tous l'aimaient et l'entouraient de tendresse et de respect : il était le chef aimé d'une famille de gens d'esprit et d'honnêtes gens, et l'âme était satisfaite au milieu de tout cela. Les dîneurs des dimanches précédents venaient le soir, et une vingtaine de personnes remplissaient le salon ; alors quelques poètes disaient des vers nouveaux, et l'on entendit ainsi les légendes charmantes, pleines d'esprit et de sentiment, de M. Charles Lafoiit, les fables si

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fines et si ingénieuses de M. Porchat, de beaux vers de M. Alfred des Essartsj parfois aussi M. Cai'piiitier, un des conservateurs de la bibliothèque, disait, avec un esprit et un talent des plus remarquables, quelques scènes des comédies de Molière ou quelques fables de la Fontaine. Ainsi, au temps où un écrivain célèbre avait témoigné pour la Fontaine une aversion assez étrange, à la suite d'une conversation sur cette fantaisie, on demandait à M. Carpentier une fable delà Fontaine, puis une seconde, puis une troisième, etc., etc., et ces chefs-d'œuvre, fort bien dits, faisaient, mieux que tous les raisonnements, justice du malencontreux paradoxe.

M. de Lancy, habile à renouveler l'intérêt et à illettré on évidence ce qui pouvait l'inspirer, parlait à chacun de ce qu'il savait et de ce qui pouvait en inspirer aux autres. C'est ainsi qu'il faisait raconter à M. X. Marmier quelques épisodes de ses voyages qu'il a consignés depuis dans de charmants volumes de Souvenirs.

M. de la Ville, cet écrivain d'un vrai talent pour la comédie, et dont les ouvrages, peut-être déjà oubliés d'un grand nombre, méritent une place

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dans la inémoire des gens de goûl, récitait quelques-uns de ces vers piquants où l'idée et la forme étaient également justes, et donnaient à l'esprit ini véritable plaisir.

• Puis la conversation reprenait plus vive et plus animée. Le savant et aimable M. de Bretonne, second de M. de Lancy dans l'administration de la Bibliothèque, (pii l'aidait dans ce gouvernement paternel, diiigé par l'esprit de justice, et qui,^ après l'avoir suppléé dans les dernières amiées, le remplace maintenant de la manière la plus honorable et la plus intelligente, contribuait beaucoup alors à l'agrément de cette causerie charmante; et ces soirées, qu'il fallait aller chercher près du Panthéon, laissaient une impression si bonne, que nul n'y legretlait sa peine, et que les plus répandus dans le grand monde et dans ses fêtes brillantes trouvaient là quelque chose de particulier, dont la douceur ne se faisait pas sentir ailleurs.

J'y vis souvent M. Sauvo, qui eut ceci de singulier : il fut cinquante ans journaliste et ne se fit pas un ennemi.

11 rédigeait pourtant, an Moniteur, des articleir

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