DE M. DE LANCY
Cependant le lieu de la réunion changea : M. de Lancy quitta les vieux bâtiments pour s'installer dans la nouvelle maison construite près du monument cjui reçut les livTes nombreux de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Ce monument est beau, bien approprié à sa destination, et de nature à faire honneur à M. la Brouste, l'architecte qui l'a construit. Mais, à l'âge qu'avait alors M. de Lancy, on tient à ce qui vous entoure depuis de longues années. 11 regretta son vieux logement et sa bibliothèque moins belle ; et ce qu'il y a dv plus singidier, c'est que le nouveau salon, tout frais, tout neuf, tout élégamment meublé, ne trouva pas autant de gaieté que l'ancien dans les mêmes ])ersonni's qui s'y rassemblaient... Quand on s'est vu pins de quinze années au même lieu, les coins du salon, les meubles, les glaces... tout vous est familier et vous met à l'aise. . . Ce fauteuil vous connaît. Il est votre intime, il entendit des confidences à un ami, ou des plaisanteries à la société. Cette glace vous vit lui sourire, elle vous conseilla paifois une amélioration heureuse à votre toilette; il semble donc qu'elle vous aime, que vous l'aimez, qu'elle est une ancienne amie. Ilien
Ib8 LE SALO.N
n'existe de tout cela dans un logement nouveau, et il vous faut quelque temps avant de vous y trouver à l'aise comme on l'est chez une intime connaissance. Puis souvent, dans ce vieux bâtiment qui datait d'un autre âge et d'une autre société, la conversation évoquait les souvenirs de cette époque : là avait demeuré l'abbé suzerain de cette riche, vaste et vieille abbaye. Ce prêtre était presque un roi; il avait de riches domaines, des serfs et des vassaux qui ne relevaient que de lui, et sur lesquels il avait di"oit de vie et de mort... Nul ne pouvait quitter cette dépendance, et les paysans étaient aussi soumis que les moines au supérieur, qui traitait d'égal à égal avec les rois. Il y a loin de cela à la liberté individuelle et à la loi égale pour tous 1 Cependant ces temps qui nous semblent si rudes avaient certainement des douceurs qui nous sont inconnues. L'esprit qui présida à ces vieilles institutions échappe à présent au grand nombre ; mais il dut être, dans le principe, rempli d'une sagesse équitable et protectrice. Qui de nous pourrait croii'e, en écoutant le récit des fables du paganisme, que des hommes si éclairés, que leurs lumières illuminent encore