ÉPILOGUE
dant ce pauvre moribond s’exprimer avec une telle humilité, et surtout avec l’affection bien marquée qu’il lui témoignait autrefois, et que le temps n’avait pas affaiblie.
« Calmez-vous, lui dit-elle, et croyez que je suis bien* contente aussi de vous revoir.... Ce qui m’a fait de la peine autrefois est oublié, et je ne me souviens que de votre amitié.... Vous avez toujours été bon pour moi, et je serais une ingrate de ne pas le reconnaître!... Aussi, croyez bien que nous ferons à notre tour ce que nous pourrons pour vous.... Mes frères et mon fiancé vont vous porter chez nous, où vous serez bien soigné, et dans quelques jours vous retrouverez la santé, j’en suis sûre. »
Dans la peur qu’il ne se trouvât mal pendant qu’on le conduirait chez sa mère, Hermine lui fit d’abord avaler un bouillon et du vin sucré, apportés dans cette intention;- ensuite on l’enveloppa dans une couverture, et, après l’avoir déposé sur un matelas, les jeunes gens le transportèrent, à l’aide d’un brancard, jusqu’à la maison de Maria.
Celle-ci était si vivement impressionnée par la vue du saltimbanque, qui lui rappelait les souffrances de ses enfants, qu'elle n’avait pas la force de lui dire un mot, quoique sa charité lui ordonnât le pardon. Sylvain éprouvait un sentiment
analogue. Ils n’en admiraient pas moins la douce bonté d’Hermine, et ils finirent môme par vaincre leur répugnance, pour l’aider de tout leur pouvoir à adoucir la dernière journée du malheureux, qui expira le Lendemain dans les bras de la jeune fille, malgré les soins qu’elle* lui avait prodigués.
Elle en fut bien récompensée par la reconnaissance qu’il lui témoigna jusqu’à la fin. Tant qu’il put lui parler, il ne cessa de la remercier de l’avoir rendu si heureux pendant cette courte halte auprès d’elle, qui avait si bien préparé sa dernière étape, et puis, jusqu’au moment suprême, son regard lui exprima les mêmes sentiments.
Pendant les premières heures qui avaient suivi son arrivée chez Maria, Mosco n’avait pas manqué de raconter à Hermine la série de malheurs qui l’avait mis dans le triste état où elle le voyait : d’abord Cosacco était mort, et même le saltimbanque avait attribué cet événement au chagrin que l’ours avait ressenti de ne plus voir Hermine et le petit Luca; ensuite les recettes avaient diminué de telle façon qu’une grande misère s’en était suivie; on avait dû vendre les deux petits singes, Paolo et Virginia, puis la voiture et le cheval, et enfin l’àne, ce Nello si gentil que tous aimaient; pour comble de malheur, Stella et Laurella étaient