L’OURS ÉCHAPPÉ
Pendant ce temps-là deux Anglaises se trouvaient mal, une troisième avait une attaque de nerfs, et quatre ou cinq touristes sortaient de leur poche un revolver. Cosacco, qui ne s’en doutait pas, allait leur servir de cible, quand parmi les voyageurs acharnés à sa perte il trouva par hasard un protecteur, qui se mit entre les revolvers et l’animal sans défense en s’écriant :
« Ne vous effrayez pas, Mesdames; ne le tuez pas, Messieurs; cet ours est inoffensif! Je puis vous en répondre, car j’en ai un de cette espèce chez moi, au Canada, qui est fort doux et très intelligent. »
Alors il s’approcha de Cosacco, absorbé par le régal que lui procurait le miel; il le caressa et vit alors la plaque de cuivre attachée à son collier, sur laquelle il lut :
cc J’appartiens à la ménagerie d’animaux savants de Mosco, et je suis l’ami des hommes. » Le Canadien reprit triomphant :
ce Vous voyez que je ne m’étais pas trompé! » Puis, s’adressant à un sommelier, il lui dit d’allci demander à l’hôtelier de vouloir bien lui permettre d’enfermer l’ours jusqu’à ce que son maître vînt le réclamer.
Sur ces entrefaites arrivaient des gendarmes que les gens de la noce étaient allés chercher
aussitôt qu’ils s’étaient vus délivrés de l’animal
qui les avait si fort effrayés.
Le Canadien fut encore obligé de défendre l’ours contre ces agents de l’autorité qui venaient s’emparer de lui. Il eut assez de peine, mais enfin tout s’expliqua et s’arrangea pour le mieux. L’hôtelier vint mettre à la disposition du pauvre animal un petit caveau bien fermé, moyennant location honnête, et le Canadien y conduisit son placide protégé, qui regardait tout le monde de son air bonasse et son sauveur en particulier, sans savoir pourtant qu’il lui devait la vie.
Dès que Cosacco eut disparu, les gendarmes s’assirent auprès de l’hôte pour trinquer à la tranquillité publique, et les dames évanouies reprirent leurs sens en manifestant de nouveau l’effroi qu’elles avaient ressenti.
Quelques moments après, Mosco apparaissait très ému. En arrivant dans la ville, il avait entendu des cris dans la direction de l’hôtel où Cosacco faisait des siennes, et il avait tout de suite pensé que son ours était en danger. Il n’avait pas eu besoin d’interroger longtemps les passants pour savoir au juste où était l’animal et pour connaître les méfaits qu’on lui attribuait, avec beaucoup d’exagération naturellement. D’ailleurs ses chiens, guidés par leur odorat, le con-