TOURMENTE AU GRAND-SAINT-BERNARD
« C’est une avalanche!... Sauvons-nous! » s’écria-t-elle avec un accent déchirant.
Affolés, ils cherchèrent à courir; mais ils n’eurent pas fait deux pas qu’ils furent renversés et renvoyés au loin avec une violence extrême.
A peine eurent-ils la force de jeter un cri, et puis ils crurent mourir en perdant connaissance.
Ils ne purent jamais se rendre compte du temps qu’avait duré leur évanouissement.
Hermine ouvrit les yeux la première, en croyant sortir d’un rêve affreux à mesure que ses souvenirs lui revenaient.
Comment n’était-elle pas morte de son terrible accident?... Elle se tâtait les bras en se demandant si elle vivait encore. Dès que ses idées furent un peu nettes, elle pensa à Sylvain. Ah! s’il était mort, pourquoi ne l’avait-elle pas suivi dans la tombe?...
La pauvre enfant voulut se relever pour chercher son frère, et s’aperçut alors avec effroi que cela lui était impossible. Elle pouvait bien se mettre sur son séant, mais non pas dégager scs jambes, enfoncées dans un trou où les retenaient d’énormes pierres étroitement serrées. Après avoir fait mille efforts pour remuer ces pierres avec ses mains, elle dut y renoncer. Qu’allait-elle devenir dans cette situation épouvan-
table? Et Sylvain qu’elle ne voyait pas et qu’elle
ne pouvait aller chercher!...
Il n’était pas loin, cependant; si elle ne l’apercevait pas, entre les flocons blancs qui tombaient toujours, c’était à cause de son trouble. Elle finit par le découvrir ou plutôt par le deviner à quelques pas d’elle, sous une couche légère de neige. Dans sa chute, le poids de son corps lui avait creusé un lit glacé, d’où sa tête sortait seule. Elle reconnut très bien Polluce qui lui léchait le visage.
« Sylvain! Sylvain! s’écria-t-elle.... Viens auprès de moi, je t’en supplie.... J’ai les jambes emprisonnées : je ne puis faire un pas!... »
Mais son frère ne l’entendait pas, et elle répéta bien des fois inutilement ses appels, qui devenaient à chaque fois plus déchirants. Son anxiété était si vive!
Les soins que le chien prodiguait à l’orphelin finirent cependant par lui rendre l’usage de ses
sens.
Hermine le vit se mouvoir et redoubla ses cris; mais ils exprimaient cette fois la joie qu’elle ressentait en apercevant les signes d’existence que lui donnait son cher Sylvain.
Le petit garçon l’entendit et lui répondit faiblement. Il ne savait plus où il était, et ce qui l’avait mis dans cet état. Il lui fallut un certain temps
TOURMENTE AU GRAND-SAINT-BERNARD 201 pour rappeler ses esprits et reprendre assez de force pour se traîner vers sa sœur.
Celle-ci attendait avec impatience le moment de le serrer sur son cœur; mais, au lieu d’éprouver en le voyant la grande joie qu’elle espérait ressentir, elle faillit au contraire se trouver mal de saisissement. v
Le pauvre enfant n’était plus reconnaissable: son visage était gonflé par les contusions, déchiré par les pierres, et sillonné d’un filet de sang qui coulait de sa chevelure et provenait d’une blessure qu’il s’était faite au sommet de la tête.
« Ne te tourmente pas, dit-il à sa sœur pour la rassurer,... je suis faible, mais pas malade du tout.... J’ai seulement très froid. »
Hermine ne sentait pas qu’elle était glacée elle-même, tant elle était épouvantée de l’état où elle voyait son frère. La malheureuse faisait en même temps de nouveaux efforts pour se dégager les pieds et pouvoir ainsi se rapprocher de lui pour examiner scs blessures, mais c’était peine perdue.
Sylvain se mit à genoux près d’elle et se courba pour la satisfaire. Alors elle plaça de la neige sur la plaie béante au milieu des cheveux, et la maintint sur la tête du blessé en lui mettant son mouchoir en mentonnière.
Il se trouva mieux alors, et voulut à son tour
s’occuper de délivrer sa sœur; mais ses forces, réunies à celles d’Hermine, n’étaient pas suffisantes pour une telle besogne.
Sylvain se découragea le premier en voyant f insuffisance de leurs efforts.
« Nous allons mourir ici, lui dit-il.... Toi, tu ne peux mouvoir les jambes, et moi, je suis trop faible pour marcher.
— La mort ne veut pas de nous, puisque nous avons été épargnés par l’avalanche », dit Hermine en s’efforçant de sourire pour rendre quelque énergie à son frère, quoiqu’elle ne fût pas moins inquiète que lui.
« Nous ne pouvons manquer d’être bientôt secourus dans cette région, lui dit-elle encore.... Le passage du Saint-Bernard est très fréquenté.... Si nous nous mettions à crier, on nous entendrait sans doute. »
Alors ils firent tous deux des appels désespérés, mais personne n’y répondit.
« Si nous envoyions les chiens chercher du monde, ils auraient, je crois, l’instinct de nous ramener quelqu’un. »
En parlant, elle regardait où ils étaient; elle aperçut leurs deux fourrures noires, côte à côte, et les appela. Aussitôt Polluce se détacha du groupe et se dirigea vers elle; mais il avait l’air tout triste et ne remuait pas la queue,
TOURMENTE AU GRAND-SAINT-BERNARD 293 comme à l’ordinaire en pareil cas; au contraire, il la mettait entre ses jambes de la façon la plus piteuse du monde. Puis, dès qu’il eut fait preuve d’obéissance en s’approchant d’Hermine, il retourna vivement vers son camarade.
« Qu’y a-t-il encore? et pourquoi Castore ne /)ouge-t-il pas? » demanda Hermine à Sylvain.
Lui-même était inquiet de l’immobilité de Castore et de l’air désolé de Polluce. 11 lit un effort pour se rendre auprès des deux chiens ; mais à peine eut-il fait quelques pas qu’il jeta un cri d’horreur.
«Quel malheur! s’exclama-t-il.... Le pauvre Castore a été tué par une énorme pierre entraînée par l’avalanche.... Il a encore la tête prise.
— Ah! mon Dieu! dit Hermine.... C’est horrible de penser que la pauvre bête n’aurait pas été tuée si elle ne nous avait pas suivis!... Et dire qu’il aurait pu nous en arriver autant!... Tu le vois, Sylvain, nous n’avons pas le droit de nous plaindre.... Nous devons rendre grâce au Ciel, au contraire, de nous avoir préservés de ce grand péril....
— S’il faut mourir de froid ici, ce sera plus épouvantable encore!...
— Ne dis pas cela, Sylvain; c’est très mal de perdre courage quand tu devrais te réjouir avec moi d’avoir échappé à un si grand danger!,..
Unis plutôt ta voix à la mienne pour appeler
au secours. »
Les pauvres enfants firent preuve de la plus grande énergie, et combattirent tant qu’ils purent contre la mort, qui s’acharnait sur eux.
Mais ils épuisèrent bien vite le peu de forces qu leur restait, dans des appels désespérés et inutiles.
Pourtant Polluce les aidait de ses aboiements, que répétaient les échos de la montagne.
Le frère et la sœur étaient si faibles qu’ils n’en* tendaient même plus les vaillants efforts de cet ami fidèle. Sylvain s’était assis auprès d’Hermine et l’avait enlacée de ses bras.
« Tu le vois bien, lui disait-il tristement à l’oreille dans un dernier souffle,... tu le vois bien, nous allons mourir!...
— Que veux-tu,... il faut nous résigner.... Embrassons-nous à l’intention de notre bonne mère : le vent lui portera peut-être nos derniers baisers!... Hélas! pourquoi faut-il que nous lui causions un nouveau chagrin?.. . »
Le froid commençait à les endormir, et ils restèrent ainsi un bon moment sans rien dire.
« Souffres-tu, Sylvain? reprit Hermine d’une voix qui semblait venir de bien loin.
— Non! du tout! lui répondit-il de la même façon.
Sylvain s’était assis auprès d'IIermine.
TOURMENTE AU GRAND-SAINT-BERNARD 297 — Tant mieux! mon Sylvain;... moi non plus.... Je ne sens pas mes jambes à présent.... Je n’aurais pas cru qu’il fût si peu pénible de mourir.... Et puis, te rappelles-tu, on dit que les petits enfants qui meurent deviennent des anges.... Alors nous aurons des ailes... et nous pourrons aller retrouver maman. »
Mais Sylvain ne l’entendait plus, et la pauvrette semblait elle-même rêver tout bas.
Dans l’état particulier de béatitude où elle se trouvait, ses nerfs furent tout à coup désagréablement impressionnés par des bruits confus arrivant péniblement à ses oreilles. On s’agitait autour d’elle sans qu’elle en comprit la cause.... Elle souffrait maintenant horriblement.
Pourtant c’était la délivrance que lui apportaient deux voyageurs que Polluce avait fini par découvrir, au moment où le vent et la neige commençaient à cesser. Les orphelins étaient trop près de la mort pour rien comprendre. Cependant Hermine se sentit soulevée de terre; mais dans son hallucination elle crut seulement devenir un ange et s’envoler.
Elle ne comprit la réalité qu’à l’hospice, après avoir reçu les plus grands soins, si nécessaires en pareil cas. Sylvain avait été l’objet de la même sollicitude, et il rouvrit les yeux en même temps qu’elle,
Cette fois, ce fut en sanglotant de bonheur qu’ils s’embrassèrent. Ils se demandaient où ils étaient, et par quel prodige ils avaient échappé à la mort, qui les avait touchés de si près.
Polluce, en aboyant de joie autour d’eux, semblait leur dire : « C’est moi qui vous ai sauvés, parce que je vous aime! »
Ils finirent par le comprendre et l’embrassèrent comme on embrasse son meilleur ami; le brave animal le méritait bien. En même temps, les deux enfants donnaient un souvenir de regret à Castore, qui en aurait fait autant pour eux.
Ils témoignèrent aussi la plus grande reconnaissance à ceux qui les avaient relevés sur la neige et soignés ensuite.
Mais, après ces premiers moments d’expansion, ils furent pris d’une fièvre violente. Par bonheur ils étaient maintenant sous la garde des religieux du Saint-Bernard, qui avaient mis auprès d’eux un des domestiques de l’hospice, dont le dévouement contribua beaucoup à hâter leur rétablissement. Tout en veillant sur eux, cet excellent homme massait le pied qu’Hermine s’était foulé dans les pierres, et pansait la plaie de Sylvain.
Polluce, qui ne quittait pas ses jeunes maîtres, ne savait quelles caresses lui faire pour le remercier des soins qu’il prodiguait aux petits malades.
TOURMENTE AU GRAND-SAINT-BERNARD 299 Il lui donnait aussi toute sa confiance, en se réfugiant auprès de lui dès qu’il apercevait un des gros chiens de l’hospice, qui lui faisaient extrêmement peur.
Bonheur de braves gens.
Les enfants étant en pleine convalescence, le brave domestique qui les soignait profita d’un beau soleil pour les faire asseoir sur des chaises auprès de la porte d’entrée, afin de leur procurer la distraction de voir arriver les voyageurs. Pour cela, il avait dû porter Hermine, qui ne pouvait faire encore usage de son pied malade.
Polluce s’était mis entre eux deux, et paraissait s’intéresser comme ses maîtres à l’entrée des caravanes dans l’hospice.
Tout à coup Hermine s’écria : « Ah! quel bonheur! voici le généreux étranger qui a sauvé Cosacco. »
Cette exclamation attira l’attention du voyageur
qui en était l’objet.
« Mais, s’écria-t-il à son tour, ce sont mes petits orphelins de Combe-Fleurie, dont j’ai fait la connaissance à Domo d’Ossola. Vous me reconnaissez donc, mes enfants? »
Ceux-ci lui montraient par de bons sourires le plaisir qu’ils éprouvaient à le voir.
« Pourquoi êtes-vous ici? leur demanda le Canadien.... Vous n’êtes donc pas restés dans la troupe de Mosco?... »
Alors Hermine lui raconta en peu de mots la malheureuse existence qu’ils avaient menée depuis six mois, et à laquelle ils n’avaient pu se soustraire que par la fuite. Elle termina ce récit en lui parlant des souffrances qu’ils avaient endurées pendant leur triste voyage, qui avait failli se terminer par leur mort, et ne manqua pas de s’étendre sur l’affection que leur avaient témoignée les deux chiens, et sur l’intelligent dévouement de Polluce.
Après avoir caressé le caniche, l’étranger dit aux orphelins :
« Ce qui vous est arrivé ne m’étonne guère, mes pauvres petits.... Les enfants qui ont perdu leur père souffrent toujours beaucoup de n’être plus soutenus par leur appui naturel, et surtout quand leur mère ne peut s’occuper d’eux....
Ah ! je vous plains !... Je ne peux vous dire assez combien je vous plains!... »
L’excellent homme ne se contenta pas de témoigner par des paroles sa profonde sympathie pour Hermine et Sylvain; il leur montra surtout son intérêt par ses actes, avec un dévouement et une générosité dont peu degensauraientété capables.
A partir de ce moment, il les traita comme s’ils eussent été ses propres enfants, et résolut de ne pas les quitter avant de les avoir remis entre les mains de leur mère, qu’il voulait consulter et aider, pour leur procurer de l’instruction et un état honorable.
Renonçant à cause d’eux à continuer pour le moment son voyage en Italie, où il comptait passer l’hiver selon son habitude, il se mit en route le lendemain matin avec Hermine et Sylvain, après avoir versé dans le tronc de la chapelle une somme importante, pour contribuer aux secours donnés par l’hospice à tous les malheureux. Les enfants, de leur côté, remercièrent les religieux, et surtout le domestique qui les avait si bien soignés.
Comme Hermine ne pouvait encore marcher, le Canadien prit des mulets pour effectuer la descente par le défilé de Marengo, jusqu’au Plan-de- Proz. Là il se procura une voiture pour aller à Martigny, et ensuite à Combe-Fleurie»
Les petits Yalaisans étaient au comble du bonheur avec cet excellent homme, qui avait pour eux les attentions d’un père. Il tenait à les bien nourrir et à les empêcher de prendre aucune fatigue, pour que leur mère s’aperçût le moins possible de tout ce qu’ils avaient souffert loin d’elle.
Connaissant aussi le bon effet de la distraction sur les enfants, il fit tous ses efforts pour les intéresser pendant le voyage, en leur racontant les hauts faits d’armes de Napoléon Ier au Grand- Saint-Bernard et aux environs.
Les petits Yalaisans l’écoutèrent avec respect, mais ils étaient trop ignorants pour profiter de son récit. Toutes leurs pensées, d’ailleurs, étaient pour leur famille, et cela les empêchait aussi de regarder les vues de la route, quoique le temps fût redevenu beau.
Enfin ils arrivèrent à Combe-Fleurie, et la voiture qui les amenait fit une révolution dans le hameau, où l’on ne voyait jamais que des chariots de paysans.
Hermine et Sylvain indiquèrent au cocher le chemin de la vieille demeure de leur grand’tante, et en même temps ils regardaient de tous côtés, pour tâcher d’apercevoir leur mère, leur sœur ou l’un de leurs petits frères; à défaut de quelqu’un de la famille, ils disaient bonjour à tous les gens du pays.
Mais personne ne les reconnaissait, tant ils avaient pâli et maigri depuis leur départ. Les passants auxquels ils s’adressaient les examinaient d’un air étonné, et n’étaient pas éloignés de prendre leurs saluts pour une moquerie. Ces paysans regardaient aussi curieusement le caniche, qui jappait de joie en voyant la gaieté de ses maîtres.
Bientôt Hermine et Sylvain ne furent plus qu’à quelques pas de la maison qu’ils connaissaient bien, et alors ils aperçurent leur mère à l’une des fenêtres, où le bruit de la voiture venait de l’attirer.
Leurs regards se croisèrent alors avec ceux de Maria, qui jeta un grand cri et disparut en courant vers l’escalier, afin de rejoindre au plus vite ses chers bien-aimés. Ceux-ci de leur côté avaient sauté de la voiture pour se précipiter dans la maison, et ils tombèrent dans ses bras au moment où elle apparaissait sur le seuil, les mains tendues vers eux.
Alors, en criant et pleurant de joie, ils s’embrassèrent tous trois, dans l’étreinte folle de cette mère qui semblait perdre la raison sous le coup de ce bonheur imprévu; elle serrait Hermine et Sylvain sur son cœur comme si elle eût craint qu’on ne vînt encore les arracher à son amour, et si elle les lâchait un instant, c’était pour les
ressaisir avec une ardeur nouvelle. Ses chers enfants n’étaient guère moins émus, et pendant quelque temps on n’entendit qu’un bruit de sanglots et de baisers.
Enfin la mère s’écria :
« Et moi qui vous croyais morts, mes pauvres chéris ! »
Puis, avec une agitation fébrile causée par son émotion violente, elle leur apprit que la vieille tante était morte, lui laissant tous ses biens; aussitôt elle avait voulu les faire revenir auprès d’elle pour participer à sa nouvelle aisance, dont il lui était impossible de jouir sans eux. Malheureusement elle n’avait pu même avoir de leurs nouvelles, Mosco n’ayant pas répondu aux lettres pressantes qu’elle lui avait fait adresser par sa sœur Tolia, la seule qui pût savoir où il était. Désespérée de ce silence, elle avait fini par décider son oncle L’heureux à partir pour l’Italie et à parcourir les villes et les villages où l’on pouvait présumer que Mosco avait passé, afin de retrouver sa piste et d’arriver à lui reprendre les deux enfants s’ils vivaient encore, car la pauvre mère en était arrivée à voir ce doute affreux se glisser chaque jour plus fortement dans son cœur. Combien de fois elle s’était reproché d’avoir cédé aux instances de son oncle en les laissant partir avec l’Italien !
Ils s’embrassèrent tous trois.
« Si vous n’étiez pas arrivés aujourd’hui, mes chéris, ajouta-t-elle en terminant, votre vieil oncle se serait mis en route pour aller à votre recherche, afin de m’empêcher d’y courir moimême, ce qui n’eût pas été raisonnable, puisque j’avais besoin de rester ici pour les petits. » Hermine dit alors à sa mère qu’ils n’avaient pu continuer à suivre Mosco parce que Sylvain devenait malade; mais elle se garda bien de lui donner plus de détails pour le moment, dans la peur d’augmenter encore son chagrin. Puis elle lui montra le Canadien, qui était resté en arrière pour ne pas gêner l’effusion de leurs cœurs, et elle lui apprit ce qu’il venait de faire pour eux.
Maria en fut attendrie jusqu’aux larmes; elle remercia en peu de mots le généreux bienfaiteur d’Hermine et de Sylvain, tandis que ses regards, pleins d’une profonde reconnaissance, lui en disaient bien plus que ses paroles.
Elle fut interrompue par l’arrivée de ses trois plus jeunes enfants et de son oncle L’heureux.
Les nouveaux venus étaient bien joyeux du retour des deux aînés, et il s’ensuivit une seconde scène d’attendrissement.
Le Canadien reçut ensuite les remerciements émus du vieil oncle, auxquels Maria ne put s’empêcher d’en ajouter encore, malgré la grande
timidité qui retenait sur ses lèvres tant de paroles
inspirées par son cœur.
Ces braves gens maudissaient leur ignorance, qui ne leur permettait pas de s’exprimer comme ils l’auraient voulu; ils auraient désiré mieux faire comprendre au généreux étranger l’étonnement et l’admiration que leur inspirait sa bonté.
Afin de pouvoir du moins lui donner une idée de leur bonheur, qu’il avait grandement avancé; ils réunirent leurs instances pour le supplier de rester quelques jours auprès d’eux, et cet excellent homme n’osa leur refuser ce plaisir, quoiqu’il regardât sa tâche comme terminée, maintenant que l’héritage recueilli par Maria lui permettait d’élever ses enfants auprès d’elle sans Iqs secours de la charité.
Après les premiers moments d’expansion, Hermine et Sylvain ne manquèrent pas de parler à leur famille de l’attachement que les chiens de Mosco leur avaient montré, de la mort affreuse de Castore et du dévouement de Polluce. Il fut décidé que celui-ci resterait dans la famille, et que Maria le payerait largement à Mosco, dès qu’on saurait son adresse. Malgré le mal qu’il avait fait à ses enfants, elle ne voulait pas garder son chien sans l’indemniser.
L’affectueuse hospitalité de ces honnêtes montagnards sut rendre agréable au Canadien le
séjour qu’il fît à Combe-Fleurie. Pour un philanthrope comme lui, il était doux de jouir du spectacle que lui ofïrait la famille de Maria, dont les bons sentiments et la satisfaction se lisaient sur la figure honnête de chacun de ses membres.