Épilogue
Dix ans s’étaient écoulés depuis le retour d’Hermine et de Sylvain auprès de leur mère; et de leur triste séjour auprès des saltimbanques il n’était resté dans leur esprit que le souvenir d’un affreux cauchemar. Les bonnes leçons reçues depuis, au village de Combe-Fleurie, leur avaient fait oublier celle de Mosco, dont ils n’avaient plus jamais entendu parler : le saltimbanque n’avait pas donné signe de vie, et sa sœur Tolia avait dû quitter le Valais, après avoir perdu son mari, qui ne lui laissait absolument rien; n’ayant pas d’enfant, elle s’était facilement décidée à partir, pour gagner sa vie dans une grande ville.
Quant à Maria, elle n’avait pas eu de nouveau chagrin à partir du moment où Hermine et Sylvain lui avaient été rendus. Elle avait consacré son existence et ses revenus à la bonne éducation de ses enfants ainsi qu’à l’adoucissement des misères de son village, et elle s’était vue vieillir tranquillement au milieu du respect et de l’aflection de tous.
Guidés par les meilleurs conseils, ses fus étaient devenus d’honnêtes et excellents cultivateurs, aussi capables de tenir leurs comptes que de diriger le travail de leurs ouvriers, et ses filles pouvaient défier en capacité les plus habiles ménagères.
Maria allait avoir le bonheur de marier Hermine avec un jeune camarade de Sylvain, renommé pour sa bonne conduite et son excellent caractère, son intelligence et son courage.
C’était un dimanche, et les fiancés venaient de se réunir comme d’habitude, ce jour-là, avec la famille du jeune homme, autour de la table hospitalière de Maria. On n’attendait plus que l’arrivée de l’oncle L’heureux, toujours bien portant malgré son grand âge.
Les jeunes gens devisaient gaiement pour tromper leur appétit, tandis qu’un joyeux feu de bois pétillait dans la grande salle à manger, car on se trouvait à la fin d’octobre.