‹ Les samedis littéraires (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · VUES D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

VUES D'AMÉRIQUE

PAR Paul Adam

Les Vues d Amérique ont été publiées il y a quelques mois, et il est possible que depuis ce temps M. Paul Adam ait donné au monde sept ou huit autres de ces chefs-d'œuvre que les foules avides se disputent paraît-il, avec une impétuosité jamais lasse.

Mais je juge nécessaire de discuter entre plusieurs ce livre incomplet et de peu de lecteurs, qui est intitulé : Vues d'Amérique, parce qu'il est essentiellement caractéristique de tous les défauts littéraires ou, afin de parler plus net, de tous les défauts intellectuels de Paul Adam, ensuite parce qu'il est le plus récent, et je veux croire qu'il demeurera la dernière manifestation de cet état d'esprit maladif de soumission, d'humilité, avec lequel les écrivains de France ont entrepris d'écrire sur les Etals-Unis.

Nous avons des snobismes beaucoup plus dangereux que les petites modes éphémères que l'on appelle à Paris des snobismes et qui se succèdent précipitamment sans laisser de traces profondes. Le pire des snobismes c'est celui qui

nous a portés à exalter telle ou telle nation, telle ou telle race avec des sentiments d'admiration accablée et d'impuissance adorante. Si j'admettais que notre pays français soit en décadence, c'est à la frénésie de ce snobisme, bien fait pour déconsidérer tous ceux qui s'y abandonnent, que celte décadence me paraîtrait le plus reconnaissable. Le snobisme américain a régné chez nous. Il a sévi. Il a exercé ses ravages. Je tiens pour certain qu'il ne durera plus très longtemps. Toutefois il y a lieu de regretter qu'un écrivain, (après tout, digne de ce nom par la multiplicité impressionnante de ses efforts, du reste incohérents, par la hardiesse téméraire de ses initiatives contradictoires, par la continuité de son labeur fougeux et vain), il y a lieu de regretter qu'un écrivain comme Paul Adam ait apporté la dernière expression, et la plus folle, j'ose le dire, de ce snobisme pernicieux.

Il y a lieu de le regretter. Il n'y a pas lieu de s'en étonner.

Nous avons suivi, non sans essoufflement, les routes littéraires où Paul Adam s'est engagé !... Il n'en est pas une récemment ouverte qu'il n'ait essayé de parcourir ; mais arrivé à peine au milieu de chacune de ses courses, il s'est arrêté,

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comme perdu et, soudain, d'un élan irréfléchi, a couru ailleurs...

11 a été r « écho sonore », encore qu elrangeînent confus de presque toutes les idées et de presque tous les sentiments littéraires de son époque. Il a adopté tous les systèmes. Il est entré dans toutes les écoles. Mais par amour de la liberté il n'est resté dans aucune, ou bien par incapacité d'obéir longuement à une même discipline. Il fut symboliste. Il fut réaliste, et, nécessairement, voulant être réaliste, il fut naturaliste. Du naturalisme il tomba dans le mysticisme. Il devint psychologue. Puis cet analyste se haussa jusqu'à la philosophie. Et toutes les philosophies se brouillèrent dans sa cervelle. Toutes les sociologies s'y confondirent. Ce fut un effroyable mélange.

Quelle puissance ! s'exclament les uns. Quel dérèglement ! constatent les autres.

Il est dans la nature de Paul Adam d'exprimer avec une trouble exagération toutes les idées ambiantes. Qu'il en vint à dire lui aussi des choses définitives sur la supériorité des Anglo- Saxons, alors que tous les observateurs les plus superficiels de la vie des peuples se flattaient de démontrer cette supériorité par des arguments décisifs, c'était fatal. Tout de même, Paul .\dam est venu bien tard à ce snobisme. Il y est arrivé à l'instant où ce snobisme dépérit. Le livre de

Paul Adam ne serait pas regrettable s'il hâtait ce dépérissement.

Un jeune écrivain, M. Jules Bertaut, a écrit avec de l'observation, du parti pris et non sans élégance, un livre sur les Chroniqueurs et Polémistes d' auiourdliui ; il a inséré dans cet ouvrage un portrait de Paul Adam, probablement parce que Paul Adam n'est en vérité ni un chroniqueur, ni un polémiste. Quoi qu'il en soit, M. Jules Bertaut s'est avisé que Paul Adam était tout naturellement entraîné aux études sociales depuis l'âge heureux de la jeunesse littéraire, et qu'il y avait, pudiquement dissimulé en lui, un sociologue sur lequel notre pauvre France pourrait compter. Quand Jules Bertaut écrivait cette étude, il n'avait pas lu le livre de Paul Adam sur l'Amérique, cela se devine aisément, car il aurait été contraint alors de renoncer à ses espérances, ou de se dire que si Paul Adam devenait un jour sociologue, c'est parce qu'il advient quelquefois que les aveugles discutent des couleurs...

Paul Adam pouvait être sociologue parce qu'il n'est rien que Paul Adam ne puisse être avec exubérance. Mais l'exubérance n'est guère de mise en sociologie. Et franchement la sociologie n'est point le fait de cet Imaginatif furieux et fuligineux.

Il aborde d'un pied frémissant les Etats-Unis.

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Et déjà il lient difficilement debout sur cette terre trop ferme.

Il ne peut pas se dégager de l'opinion banale. En France, un certain nombre de braves gens qui écrivent avec une distraction nonchalante sur beaucoup de sujets ont répandu cette conviction que les Anglo-Saxons sont supérieurs, — supérieurs à qui ? supérieurs à quoi ? supérieurs, enfin !... et que dans l'Amérique du Xord cette supériorité des Anglo-Saxons se surpasse ellemême... Paul Adam, arrivé dans ce paradis terrestre, parsemé de fondrières et de coupe-gorge, n'a d'autre arme que ce préjugé. Et vous pensez bien que cette arme ne lui sert pas à se défendre. Haletant, fié\Teux, mais toujours ingénu, il crie à chaque pas : <( On m'avait bien dit que tout cela était supérieur ! Comme cela est donc supérieur en efïet ! » Puis il cède à sa nature, et ce préjugé banal et vulgaire, il le pousse tout de suite jusqu'au paradoxe démesuré. Aucune observation. Nulle critique. Il ne peut réagir un seul instant contre le préjugé. Il est étonné par la vie.

Le fait le déconcerte. Il s'égare. Il veut se retrouver, mais il n'a pour guide que les idées d'autrui. Il ne saurait jamais avoir la réalité pour guide. Si la réalité ne lui échappait pas, c'est lui qui échapperait à la réalité. Tout de suite il s'agite, il s'enthousiasme, esclave ivTe des

idées communes ; il perd toute mesure, tout contact avec notre globe. Il divague à travers les siècles et les espaces. Paul Adam serait bien incapable de dire si la supériorité des Anglo-Saxons est précisément industrielle, commerciale, agricole, politique, sociale, intellectuelle, morale. Non, la supériorité des Anglo-Saxons est titanique... La supériorité des Anglo-Saxons est titanique !!... voilà le sociologue.

Et c'est ainsi que Paul Adam découvre une fois de plus le Nouveau-Monde, Christophe Colomb surexcité, déversé à Ellis-Island par le dernier paquebot.

Paul Adam est un Christophe Colomb pressé. Il espère découvrir l'Amérique entière avant que le paquebot ne reparte. Pour cela et pour d'autres raisons encore, le livre de Paul Adam a tous les défauts des livres français de voyage en général et des livres français de voyage à travers l'Amérique en particulier.

L'Amérique est un pays charmant, mais les Français qui s'y aventurent pour écrire n'ont d'autre désir que d'en repartir au plus vite. Tous ces voyages consignés dans des récits sont extrêmement hâtifs. Jules Huret est peut-être resté là-bas plus longtemps que les autres. Il y a bien passé six mois. Et comme il avait ce seul dessein de voir le plus de choses qu'il se pourrait et de les noter le plus complètement que cela se

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pourrait, soi! CEtivre est la plus exacte, et peutêtre la plus libre de toute tyrannie. Paul Adam est-il resté là-bas trois mois ou trois semaines ? Je ne sais, mais d'autres moins consciencieux auraient pu découvTir l'Amérique aussi bien que lui sans y aller.

Bien entendu, Paul Adam comme les autres ne traite que des sujets fragmentaires, en chapitre, que rien ne relie. La supériorité des Anglo- Saxons éclate à ses regards quand il voit marcher un Américain sur le paquebot. Il débarque et considère les émigrants. Il décrit Pittsbourg. Il s'arrête ébahi devant une maison de vingt étages. Il visite r exposition de Saint-Louis. Il aperçoit en passant les méridionaux des Etats- Unis sans apercevoir ce qui les distingue des septentrionaux. Il touche barre à Cuba. Il exprime quelques idées sur l'art en citant des noms d'artistes. Cette fois, c'est fait : l'Amérique n'est plus à découvrir... Mais pourquoi donc Paul Adam s'est-il imposé ce voyage ? Il a lu — trop vile, évidemment — tous les livres publiés sur les Etats-Unis. C'est en eux qu'il a puisé la substance de son volume. Il les cite souvent. Il ne les cite pas assez. Il leur doit les rares idées justes qu'il a le loisir d'exprimer. C'est à cause d'eux qu'il sait à peu près la valeur des politiciens américains, de la presse, de l'armée américaine... Dommage que Paul Adam n'ait pas eu le temps

de lire le seul bon livre que nous ayons sur l'Amérique : Uenvers des Etats-Unis, par Georges Moreau. Il aurait peut-être deviné et prodigieusement évoqué la vérité, toute la vérité... Mais on n'a pas le temps de tout lire et on voit si peu de choses en voyage. Qu'est-ce donc que Paul Adam a ajouté à notre connaissance de l'Amérique ? rien.

Un autre défaut de tous les livres, c'est la disproportion entre les faits constatés et les conclusions tirées. Ceux-là sont accessoires, minuscules, dissociés ; celles-ci sont immenses, essentielles et sûrement ordonnées. Il convenait que cette disproportion devînt dans le li\re de Paul Adam phénoménale, monstrueuse. Elle l'est.

Et non seulement la puissance formidable de l'Amérique résulte de sa force même ; mais Paul Adam, vigoureux logicien, est amené immédiatement à des conclusions aussi vastes et présomptueuses que peu favorables à la France. La puissance de l'Amérique accroît à ses yeux la faiblesse de la France. La France devient pour lui une nation chauve, édentée, myope et chancelante. Elle est chevrotante, vieillie, lassée, incapable d'élans, apte seulement aux indulgences excessives et aux calomnies adroites (! ? !)... L'Amérique est-elle plus forte parce que nous sommes plus faibles ? Sommes-nous plus faibles

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seulement parce que TAmérique est plus forte ? Paul Adam ne précise pas, car il a d'autres occupations plus importantes. Mais il est sûr. Et son affirmation ne peut pas être contestée.

On voit bien d'ailleurs que, pour le sociologue Paul Adam, la faiblesse française provient surtout de sa prudence expérimentée et de son peu d'empressement à mettre ses fonds dans les banques à double fond de Chicago. Il est permis de croire que l'exagération même de ses conclusions qui nous condamnent, nous abaissent, nous annihilent, doit indiquer la fin prochaine d'un snobisme désastreux dont Paul Adam fut le dernier et le plus chaleureux adepte.

Le livre de Paul Adam ne produira donc pas tous les effets déplorables qu'il aurait pu produire chez des lecteurs attentifs et crédules. Il vient trop tard dans un monde à qui, Dieu merci, les événements ont donné enfin cette grande vertu : la méfiance.

.Mais ce livre est plus significatif encore de l'esprit de Paul Adam que de l'esprit du Français. Son défaut de méthode dans un sujet où la méthode, c'est-à-dire simplement la discussion précise des idées et des faits est la qualité indispensable, est flagrant.

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C'est le bavardage interminable et précipité ; c'est la rhétorique bavarde, et qui dans son bavardage, retarde, retarde.

Paul Adam admire encore les trusts : « Marchand, cowboy ou trauys, V Américain a la dévotion pour le trust, geste évident et particulier de la splendide énergie nationale, » Comme si l'Amérique n'était pas divisée en deux parties justement par la question des trusts ! c'est trop peu dire, comme si tous les Américains des deux partis n'entreprenaient pas aujourd'hui de combattre les trusts, en invoquant le souci d'aider au développement de l'énergie nationale !...

Son parti-pris d'admiration, s'il ne le condamne pas tout de suite à des erreurs irréparables, l'entraîne à des constatations puériles et contradictoires. Sa plus importante observation sur l'Amérique est celle-ci : il y a en Amérique des maisons de vingt étages qu'on ne voit pas à Paris ; et il ajoute :

« La hauteur même de ces « buildings » les exempte évidemment de la massivité qu'on leur reproche. Parmi les autres demeures^ ils sont, je le répète, comme le donjon d'autrefois au milieu des chaumières. Or, nul esthéticien ne juge mal le groupe formé par une tour et les maisonnettes d'une cité médiévale. Plutôt s'accorde-t-on à le qualilier de pittoresque. »

Vous discernez la puérilité des comparaisons.

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La puérilité est partout. S'il remarque sur le bateau un Américain qui se promène régulièrement, il dit, convaincu :

« Son activité naturelle exigea cet emploi de ses vigueurs (sic) durant toute la traversée. »

Et il ajoute, condescendant :

« Certes, sa manie déambulatoire n'était pas une chose absolument particulière à sa nation. Beaucoup de latins ou de vikings (sic) estiment éviter ainsi le mal de mer et les indispositions consécutives au manque d'exercices physiques. Pourtant nul autre qu'un Américain du Nord n'eût manifesté un pareil scrupule, une semblable ténacité pour accomplir la tâche salutaire. »

On peut dire sans exagération que tout Paul Adam est dans cette phrase. Mais il se répand ailleurs et nous le reconnaissons bien, lorsqu'il nous décrit les jeunes employés aux caisses de change dans la maison des émigrants :

« Là, des adolescents froids, bien rasés, correctement coiffés, ainsi que les héritiers des familles princières, échangent les dollars d'argent contre les marks de Prusse, les lires d'Italie, les louis de France, les livres turques...))

Là, des adolescents froids, bien rasés, correctement coiffés, ainsi que les hériters des familles princières : tout Paul Adam, tout le sociologue et tout l'artiste sont encore dans cette phrase. El puis voici toujours la puérilité que les an-

nées ne corrigeront pas, avec la grandiloquence qui souligne la puérilité sans l'atténuer.

Notre sociologue éminent est à bord et <( après le diner plantureux et commenté par d'éloquentes voracités » (sic) la nuit tombe... Alors...

(( Alors, cest parmi l'obscur de la nuii, le sens (sic) de la pauvre vie chétive audacieusement [etée dans le chaos des ombres et des eaux parce qu'elle veut savoir un peu plus, un peu plus de choses et des hommes brels établis en un autre point de notre minuscule planète en grain dans la poussière des mondes scintillants à la vitre des hublots mouillés. »

Comme c'est sublime ! Comme c'est joli, n'estce pas ! Et comme cette pensée est bien du même penseur qui, après Joseph Prudhomme, a écrit :

« Aujourd'hui, pour les peuples comme pour les hommes, il n'est que le travail, un travail assidu, constant, pénible et rude, qui donne la suprématie qui préserve de la déchéance. »

Quelle différence y a-t-il entre un travail assidu et un travail constant, entre un travail pénible et un travail rud-e, je puis à peine me le demander, tant cette forte pensée me frappe fortement. Et je retrouve encore là tout Paul Adam.

Je le retrouve aussi plus noble, plus beau, plus grand, plus philosophe, plus artiste, plus luimême lorsqu'il déclare comme s'il faisait une profession de foi :

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« J'ai occupé la même cabine que Mme Vander Bill. »

On cherche vainement d'abord ce que cela veut dire.A-l-il occupé une cabine que Mme Vander Bitt occupait en même temps que lui ? A-t-il occupé une cabine que Mme \'ander Bitt avait occupée avant lui ? Cette cabine était-elle dans ce paquebot réservée à Mme \'ander Bitt, à tel point que c'était vraiment la cabine de Mme Vaniler Bitt et non pas la cabine d'une autre dame, à tel point que l'occupation de cette cabine par Paul Adam était un hommage de la supériorité anglo-saxonne à l'infériorité latino-française ? Pourquoi, comment cette cabine était-elle la cabine de Mme Vander Bitt ? on ne le saura jamais. Toutefois si le philosophe et l'artiste qu'est Paul Adam se retrouvent ailleurs, là je distingue véritablement le sociologue, tout le sociologue que Paul Adam sait être, quand il consent à être sociologue.

Et je n'oublie pas l'écrivain, je n'omets pas le styliste.

De l'élan, certes, dans ses descriptions difficiles et tortueuses, et parfois une ampleur qui, plus libre, mieux dégagée, ferait songer à la magnificence de Zola... Partout un désordre torrentueux... Et des procédés descriptifs d'écrivain trop pressé :

<( Au seuil des gourbis retentissants, les Fatmas frappaient sur le tambour de basque, et promettaient leurs danses lascives pour le rire éclatant des dactylographes, des manucures, des modistes, des étudiantes même, sérieusement étreintes par leurs fiancés audacieux. »

En quoi les dactylographes, les maRucures, les modistes et à la rigueur les étudiautes caractérisent-elles les foules américaines ? et comment peut-on savoir que leur rire est éclatant, spécialement éclatant, plus éclatant que celui des autres catégories de femmes, ou de femmes des autres catégories ?... C'est le secret de Paul Adam.

Mais quelle foi peut-on avoir en cet écrivain qui écrit :

« Les locomotives haut perchées sur Vessor des roues. »

« Quand nous nous penchons sur le bastingage, nous voyons les mains italiennes (sic) des émigrants paraître aux sabords de Ventrepont. »

« Les maisonnettes unilormes en sapin vert pâle culminent (culminent : a pourtant un sens bien déterminé) sur les crêtes du sol point nivelé... »

« L'altitude (sic) de la bâtisse supporte parfaitement cette diversité sans qu'elle semble suchargée, encore moins alourdie. »

(( Ils taquinaient les Indiens olivâtres au visage aplati et dont la (la) longue chevelure brossait les (les) dos, »

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(( // les fit habiller selon les documents, puis avec la collaboration du soleil, les éternisa sur la plaque sensible. »

Je n'ose pas insister. Il est incontestable que la syntaxe et la langue de Paul Adam sont comparables à sa sociologie. Ses confusions incompréhensibles, ses néologismes poncifs ne sont pas sans rapport avec ses imaginations incohérentes et ses puériles inventions. Mais quel rapport ont les uns et les autres avec la réalité française et la langue française?

Le livre de Paul Adam n'est pas indifférent pour cela. Certes, la personnalité complexe, inquiétante, mais très robuste que Paul Adam semblait esquisser, il y a quelques années, n'existe pas. Elle n'existera probablement jamais. Du moins, Paul Adam a manqué une fois de plus une occasion enviable de dire des choses justes avec efficacité. Il y a lieu cependant d'être ému par sa gravité qui prouve la sincérité de sa confiance en lui-même et de ses affirmations. Il est -implemenl équitable d'ajouter que de tels livres donnent l'idée la plus fâcheuse et, ce qui importe -urlout, la plus fausse du journalisme français, et que nos journalistes pas plus que nos écrivains n'ont l'habitude d'appuyer des conclusions pareillement gigantesques sur des documents pareillements insuffisants. Bref, le livre est sans portée. Il n'exprime rien de la véritable pensée-

française qui se délivre systématiquement depuis peu des préjugés qu'on lui avait imposés. Il n'est qu'une improvisation sommaire d'un écrivain qui est responsable de beaucoup d'improvivisations sommaires. Cette fois-ci, l'improvisation est arrivée après l'heure. Il faut battre le fer quand il est chaud : ce doit être un principe américain. Paul Adam admirateur effréné de l'Amérique, a, comme un simple latin ou un piètre viking, a attendu que le fer fût refroidi. Je souhaite que Paul Adam accorde à chacune de ses œuvres littéraires, et à plus forte raison à chacune de ses œuvres sociales, le soin que quelques-unes de ses conceptions méritent sans aucun doute. Depuis longtemps j'ai cessé de l'espérer.

II est bon que les auteurs attachent une grande importance à leurs ouvrages. Il est moins bon qu'ils s'exagèrent sans mesure la portée de leur œuvre. ^L Robert de Souza dépasse toute mesure dans l'exagération. Il étudie la vie, la mort et la résurrection du symbolisme. Et il a des airs extrêmement triomphants. Il considère avec un beau dédain de divinité les pauvres êtres qui croyaient avoir tué le symbolisme et l'avoir remplacé dans la vie. M. Robert de Souza est très bien intentionné. Serait-il aussi maladroit que bien intentionné ?

Robert de Souza avait été d'abord un poète pour quelques personnes. Ses poèmes ne paraissent pas les plus notables même parmi les poèmes symbolistes. Un jour vint où Robert de Souza daigna « s'abandonner à l'action esthétique l>ralique », comme dit mollement cet homme d'action. Il est bien assuré d'ailleurs que l'action esthétique pratique est la seule action sociale qui ne désaccorde pas un poète {sic). Mais Robert de Souza a entendu des voix. Ces voix lui ont commandé de prendre les armes pour la défense et illustration de la poésie. Les voix ont précisé

qu'il s'agissait tout spécialement de la défense et illustration de la poésie symboliste. Alors ce paladin a obéi, et la poésie symboliste a vaincu...

C'est le bilan du symbolisme, dirais-je, si je n'avais peur de désaccorder ce poète qu'est Robert de Souza — c'est le bilan du symbolisme qu'a établi l'auteur de ce livre définitif : Où nous en sommes ? La Victoire du Silence. Il l'a établi avec une solennité verbeuse qu'on n'est pas accoutumé de trouver dans les bilans. Et aussi bien les bilans les meilleurs sont-ils toujours les plus simples, les plus brefs, les plus nets. Est-ce la faillite ? Est-ce la fortune ? Il faut bien des mots, bien des mots à Robert de Souza pour nous affirmer que c'est la grande fortune.

Qu'on le veuille ou non, le livre de Robert de Souza est un document essentiel touchant l'histoire et l'influence du symbolisme.

Robert de Souza est persuadé que cette histoire fut éclatante et que cette influence est immense. Alors pourquoi son livre, relatant minutieusement un fait capital, n'a-t-il pas ému davantage les milieux littéraires? Ce livre marque contre d'obscurs détracteurs le triomphe du groupe littéraire qui régit le monde, et personne ne s'aperçoit seulement que ce livre a été publié. Le bulletin de Napoléon relatant la victoire d'Austerlitz a été assez lu. Le Long bulletin où

Napoléon de Souza rapporte la victoire du symbolisme n'a pas de lecteurs. Xul ne songe à le discuter. A peine quelques jeunes gens zélés l'ont-ils mentionné dans les petites revues où ils se hâtent d'écrire, n'ayant guère appris à lire ! L'hommage imperceptible de ces adolescents parés de pseudonymes pompeux suffit-il à constituer le triomphe ? Xon, cet hommage ne suffit pas. Il n'est rien, cet hommage. Et le silence profond où est tombé le li\Te de Robert de Souza est le témoignage le plus significatif que le symbolisme est fini, qu'il est mort et qu'il ne peut pas ressusciter.

Dieu est patient parce qu'il est éternel. En dépit de l'éternité que Robert de Souza attribue au symbolisme, il n'est pas patient.

Il s'irrite avec agitation parce que l'on a constaté la mort du symbolisme. Et ce paladin parle comme un lutteur de foire. Il injurie tous ses adversaires. Or, il voit partout des adversaires. Camille Mauclair avait seni le symbolisme. Il sert maintenant d'autres Dieux. Robert de Souza le châtie cruellement de son infidélité. Au reste, Robert de Souza n'a peur de se commettre avec aucun de ses adversaires qu'il prend tous pour des ennemis pei^sonnels : il descend rageusement à Fernand Gregh, et même jusqu'à toi, Gaston Deschamps... Il regarde avec mépris Sully-Prudhomme. Il ne sait de quelle épithète accabler Adolphe Boschot, réformateur de la prosodie.

Mais Saint-Georges de Bouhélier est « cet ingénu » ou bien « le jeune tambour Saint-Georges de Bouhélier )> qui (^depuis des ans crève sa peau d'âne à ressasser les mêmes rataplans... » Quant au jeune Maurice Leblond, qui a mal parié du symbolisme, il est <( Vineflable Maurice Leblond ». Quant au moins jeune Catulle Mendès, l'auteur du Rapport sur la poésie Irançaise, il est « un iuil portugais ». Mais s'il réunit tous ses ennemis en un groupe, Robert de Souza écrit galamment :

« ?ious avons été enterrés à lond, enlouis avec le dernier siècle. Si vous n'étiez pas morts, vous parleriez ! et vous restez là muets comme étouflés sous les ordures... Rien plus que le lumier nest lourd. »

Puis, Robert de Souza répète ses galanteries et dans une phrase qui sent son gentilhomme :

« Encore lallait-il qu'une bonne lois liquidation lût laite des incroyables ordures dont on les couvrait. Ces ordures retomberont toujours ; on ne triomphe jamais délinitivement de Vignorance intéressée... »

Ordure, parce qu'on n'a pas compris suffisamment que les coupes logiques du sens selon ses accents passionnels, sont les génératrices du rythme et du mètre ? Ordure, parce qu'on n'a pas compris suffisamment que l'accent passionnel groupe les mots suivant une valeur phonique et tonale autant que rythmique !

LA TTS DU SYÎlfBOUSME 287

Voilà le ton de la critique de Robert de Souza. Est-ce la grande nouveauté dont le symbolisme a gratifié la littérature française? Tant pis ! D'ailleurs il semble que Robert de Souza soit mieux à son aise dans ces moments de violence injurieuse et malodorante et qu'il force moins son lalent que lorsqu'il prétend discuter... 11 écrit alors un pathos qu'il serait dur et peut-être injuste d'imputer au symbolisme tout seul :

« On peut toujours faire ce quon veut avec n'importe quoi, et en particulier de deux petits nombres un plus grand (sic). »

« ...Quelques femmes synthétiques firent preuve d'une langue aiguë et savoureuse, mais d'une musicalité pauvre...

...Rien ne peut être étranger au poète... Toutefois le magasin de sa raison reste, dans l'instant qui le soulève, attaché comme un banc de coquilles obscures au lond des eaux ingénues de son âme... »

L'auteur des Sources vers le fleuve serait donc un prosateur moins informé de la syntaxe française que de la rythmique symboliste ; mais il y a lieu maintenant de retenir ce simple fait : à savoir que, célébrant la victoire du silence, Robert de Souza est un silencieux bien criard et un triomphateur bien mécontent.

Je ne me trompe pas ; Robert de Souza, qui veut étendre la domination du symbolisme sur la littérature entière, emploie les procédés de ceux pour qui le symbolisme ne fut jamais qu'une petite école, une petite chapelle littéraire où l'on célébrait un culte inutile mais singulier. S'il est encouragé par beaucoup de symbolistes, c'est que la plupart d'entre eux ne sont pas dégagés de leurs origines et ne sont pas libérés des habitudes prises aux premiers temps où ils commençaient d'écrire des choses bizarres et incompréhensibles.

Le vrai symboliste est un jeune homme cinquantenaire. Robert de Souza, qui est sorti de l'adolescence, discute comme un petit garçon. Il est puéril d'une façon qui serait charmante, si elle n'était avant tout disgracieuse.

Robert de Souza accomplit un effort louable pour déterminer les origines du symbolisme. Grand novateur, il prétend se rattacher solidement à la tradition... Est-ce plus, est-ce mieux qu'un artifice de polémique ?... Toujours est-il qu'il se donne ingénieusement pour maîtres les trouvères, Villon, Ronsard, Racine, Chénier, Hugo, Lamartine, Vigny, Gérard de Nerval, Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, les poètes populaires... Et ce sont beaucoup de bons maîtres, encore que très différents les uns des autres...

Mais en même temps Robert de Souza écrase, accable les romantiques qui travaillèrent en dehors, pour des effets de gestes, pour paraître, landis que les symbolistes travaillèrent en de- ■ns, pour la création même, pour être... Après oir cherché un maître, Robert de Souza est, algré de vagues atténuations, le détracteur de ut le passé littéraire. U proclame la déchéance notre littérature nationale presque tout enre. Et il s'exalte parce que le symbolisme est -t venu et parce qu'il a vaincu... Le symbolisme déterminera toute la littérature à venir... Exaltation de petit disciple de petite école. Manque de critique !

Pis !... Robert de Souza ajoute à son livre ut ce qui peut en diminuer la vertu documentaire, n l'infirme pour le fortifier. Il injurie d'abord tous les poètes venus plus tard que les symbolistes dans un monde désireux de se rajeunir, il les déprécie, il les compte exactement pour rien. Et quand il les a supprimés, quand il les a complètement annihilés, il se vante tout de suite que le symbolisme ait fait la conquête de ces êtres infimes, de ces êtres inexistants... Ils sont parce que le symbolisme fut : et cela prouve la force du symbolisme et l'étendue de son rayonnement.

Ainsi iintégralisme ! car il y a Vintégralisme !... Eh bien ! « L'inlé gratis me, signé de M. Adolphe Lacuzon et paraphé des noms de MM.

Cubelier de Beynac, Adolphe Boschol, Sébastien-Ch. Leconte, Léon Vannoz n'élaii aulre, avec des allénualions des principes sages — cela va sans dire — que le symbolisme, le symbolisme lui-même ! seulement un symbolisme se servant de la poésie {chose lamentable Dpour sortir de Vesthélique et entrer dans la philosophie. »

Négligeons le : « chose lamentable » du péjoratif Robert de Souza ! Mais je viens de relire après son livre l'excellent petit traité de Jacques Roussille : Au commencement était le rythnie... et j'ai idée que l'inlégralisme est tout de même autre que le symbolisme... Les symbolistes ont travaillé. Pourquoi, ô Robert de Souza ! les intégralistes n'agiraient-ils pas à leur tour ? L'intégralisme eût-il été ce qu'il croit être et ce qu'il veut être, si le symbolisme ne s'était pas manifesté tout d'abord ? L'inlégralisme est-il redevable à son insu de quelques-uns de ses principes ou de quelques-unes de ses inspirations au symbolisme ? Les œuvres intégralistcs nous l'apprendront sans doute bientôt. Mais Robert de Souza condamne à l'esclavage de jeunes esprits bien impatients du joug...

D'ailleurs Robert de Souza considère tous les êtres qui peuvent ou qui font des vers comme des esclaves du symbolisme. Esclaves révoltés ? Soit ! Alors ils sont des pillards et des voleurs. Je cite, je cite :

« M Verhaeren, ni GiiHin naiaient attendu M. Gregh pour créer de « riiumanisnie » qui soit de la poésie haute et neuve ; ni André Gide, Paul Fort, Janunes, Ghéon n'avaient attendu M. >aint-Georges de Bouhelier pour créer du <( naturalisme » qui ne soit pas de la rhétorique genevoise ; ni Paul Claudel. Stuarl Merrill, Saint- Pol-Roux, Albert Mockel ou Adrien Mithouard n'avaient attendu M. Lacuzon pour créer de

l'intégralisme » qui ne perde pas V expression lyrique ; ni Samain ou Guérin n avaient attendu les uns ou les autres pour créer un <( néo-romantisme » qui ne soit pas tout extérieur ; ni Marcel Schoub, Moréas, Ducoté, Pierre Louys, Van Leberghe n'avaient attendu MM. Louis Bertrand et Joachim Gasquet pour créer des sens divers et Joachim Gasquet pour créer par des sens divers un néo-classicisme qui ne soit pas dune ordonnance inexpressive, pompeuse ou stricte, uniforme... »

Si j'osais employer le style trivial que Robert (Je Souza a introduit dans la critique, je dirai que chacun en prend pour son grade. Mais sans doute peut-on sourire de rexhubérance conquérante de ce toujours jeune champion d'une école de cinquantenaires... Ni le grand V^erhaeren, qui s'est dégagé de toutes les contraintes, ni Charles Guérin si libre lui aussi, si profondément personnel, ni Gustave Kahn qui a su être

'29'2 LES SAMEDIS IIITÉRAIRES

railleur de V Adultère senlimenial, ni Ducoté qui a écrit le Servage {VAdulière sentimental, le Servage, ces œuvres si solidement rattachées à la grande tradition française avec laquelle Robert de Souza ])risc tous les liens), ni \'erhaeren, ni Charles Guérin, ni Gustave Kahn, ni Edouard Ducoté, ne songeraient à mesurer l'influence du symbolisme par des dénombrements d'esclaves — et d'esclaves déchaînés...

Robert de Souza se complaît à ces jeux surannés. Il a les habitudes des premiers temps du symbolisme, de ces premiers temps où le symbolisme ne cherchait à se caractériser que par ses excès même et ne prétendait dominer le monde qu'en méprisant le monde...

Les esprits indépendants s'écartent vite de ces coteries stériles et présomptueuses. D'autres y demeurent et en perpétuent obscurément les défauts. Robert de Souza semble être l'un de ceuxci. Et il va tout naturellement à l'extrême limite de la puérilité.

On avait constaté naguère, avec un peu de complaisance peut-être, que les principaux symbolistes étaient des étrangers, de race non française, de race non latine, et de cette constatation on tirait les conclusions que vous savez...

LA FIN Dl SYMBOLISME 993

Robert de Souza, tout guilleret, répond :

Etrangers vous-mêmes ! Lcconte de Lisle et Léon

Dierx sont nés aux tropiques ! Hérédia était un

^pagnol colonial. François Coppée est plus ou

loins belge... Alors Robert de Souza se con-

omple avec satisfaction et il triomphe un petit

: ornent.

Puis, comme il n'était pas très assuré de la

aleur de son argumentation, ou bien parce que

la contradiction militante est une nécessité de son

-prit, il reprend sans retard que les exotismes

ont dans la tradition française, qu'à chaque re-

louveau, notre poésie a repris force par la greffe

! une bouture exotique sur le plant populaire,

l'ue, « par leur naissance, leur origine ou leur

nllure, nos poètes auraient toujours été des

(rangers si la langue, qui est le premier ciment

de iâme nationale, n'avait fait de leurs œuvres

les assises de la patrie, que dès le moyen-âge

notre poésie doit aux Provençaux, alors plus

quauiourdliui des métèques, un nouveau jail-

lissemenl lyrique... que la lloraison de la Pléiade

épanouit loutes les semences de Vltcdie et de la

Grèce, que notre xvni' siècle na commencé de

naître à la poésie que par deux poètes de Vile

Bourbon, le chevalier de Berlin et le chevalier

de Parny {inspirateur de Lamartine) avant le

demi-grec André Chénier, etc. etc.

\'oilà comment Rf)bort de Souza, oprè= avoir

juré que les principaux symbolistes ne sont pas des étrangers, que le cocasse Viélé-Griffin est de vieille souche lyonnaise, que l'aimable Stuart Merrill n'est qu'un soi-disant américain... se targue de démontrer avec des faits importants et de minuscules détails que la poésie française doit tout à des poètes étrangers...

Décidément Robert de Souza, critique du symbolisme, représente dans le symbolisme le partipris ingénu ou systématique, en tous cas l'exagération qui le dénaturent. Dira-t-on que cela est de peu de conséquence et que seules les œuvres peuvent faire durer l'empire d'une école dont tous les principes sont exposés et discutés depuis des ans ? Alors la lecture de Plus loin, la dernière œuvre des poètes symbolistes qui n'ont pas encore discerné la folie des exagérations de jadis, qui n'ont rien appris et rien oublié, et dont l'art hermétique est véritablement un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue. J'ai pris, je le concède, quelque plaisir aux chants délicats de La Parlenza, aux oraisons mélancoliques pour Stéphane Mallarmé... ]\Tais ayant lu ï Amour sacré, je reste confondu. Peut-on citer sans trahir ? Je choisis au hasard les citations :

Oui.

Car un peu plus tard

Comme je vendais des corau.'^ bifides

Au saerificateiir épanoui,

Riant selon mon art

Habile aux propos qui dérident

Jusqu'au front des vieilla- ds.

J'entendis la voix grosse derrière moi ;

« Il rit, c'est un chrétien i »

Je restai coi

Et fis encore le sourd

Cependant qu'on s'esclaffait à l'entour.

Plusieurs me connaissrint depuis vingt années.,.

Ou bien :

Je riais sur la route

Pensant à Giovann, qui fuit et doute,

Doute s'il fuit, fuit pour ne pas douter.

Pense se retourner pour voir si on le pleure ,

Et pleuretait de rage si on ne le pleurait

Et s'ingénie à croire à conire-cœur

Que si on l'oubliait, il serait aise ;

Or, il s'attriste à la pensée

Qu'on puisse aimer un autre, l'insensé !

Et, malgré cela.

Il fuit pour ne pas aimer qui l'adore 1

C'est drôle et triste.

Mais plutôt drôle en somm»».

Moi je tiens pour certain que c'est plutôt triste.

Ce ne sont pas là des vers. En dépit de toutes

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