‹ Les samedis littéraires (volume 3)Chapitre 6 sur 15 · ARMAND MARQUISET, SOUS-PRÉFET · texte numérisé non relu

ARMAND MARQUISET, SOUS-PRÉFET

lieu qui se tenait debout à côté du fauleuil de Sa Majesté m'eût pris par la main pour me conduire près d'Elle, Louis XVIII sourit en mevoyant paraître et dit avec une bienfaisance marquée... « Voilà, mon cher duc, un de vos protégés, il « est bien jeune; tant mieux, cela prouve encore « plus pour lui. » A l'instar de mes devanciers, je tirai une révérence à me rompre l'épine dorsale... » Armand Marquiset a vingt-trois ans. Il est secrétaire général grâce au frère de sa marraine. Et il raille l'ingratitude des hommes. Et il se plaint. Et il se moque des < puissants >. Du duc d'Angoulêmc il ne veut noter « qu'un balancement qui ne le quitte pas et qui rappelle trop celui de certains animaux sauvages du Jardin des Plantes ». La Révolution est faite. Le respect est perdu. Le Français veut vivre du pouvoir en s'atlaquant à ceux qui l'exercent.

11 faut aller à Mende, Mende dans la Lozère. Avant de partir, Armand Marquiset reçoit deux leçons de politique. L'une de Talleyrand. Et il

-t pas reconnaissant : «Ce qu'il y a de certain, écrit ce privilégié qui ne goûte pas son privilège, c'est que si le prince a voulu me faire une malice, sa physionomie n'en a rien révélé et que, comme s'il eût reçu un coup de pied au derrière, elle est restée impassible ». L'autre de Richelieu. Et il Il .Q proflte pas. La veille de son départ, le duc de Richelieu lui dit : € Vous avez dans la Lozère trois candidats pour un seul député à nommer, le comte René de Bernis, .M. André, le général Brun de Villeret. Le général Brun de Villeret :

voilà le candidat qui plaît le mieux au gouvernement. Votre préfet, maintenant, doit savoir ce qui lui reste à faire. » Marquiset arrive à Mende, rapporte à son préfet Moreau, frère du célèbre général, le propos de Richelieu. «Bravo, répondit le préfet, je suis heureux de la nouvelle que vous m'apportez car nulle puissance n'aurait empêché le général Brun de Villeret d'être nommé aux prochaines élections » Marquiset ne comprit qu'à moitié. Et, en 1823, le ministère, ayant changé, ne voulait plus du général Brun. Marquiset refusa de soutenir un autre candidat. Il fut révoqué. Pauvre Marquiset I C'était bien la peine d'avoir reçu des leçons de politique de Talleyrand et de Richelieu! Aussi comme il est amer! Après 1830, le général Brun devient pair de France. Marquiset se recommande à ses bons soins. « Le général me répondit avec la plus grande franchise, avec le sans-façon le plus décourageant qu'étant en ce moment même occupé à faire nommer deux préfets dans sa famille, il lui était impossible de recommander toute autre demande analogue, qu'il le regrettait vivement... »

« Et c'était pour soutenir la cause personnelle du général Brun de Villeret que j'avais à vingtsix ans sacrifié ma place, mon avenir sans hésitation Ah ! les hommes, et dire qu'on n'en rencontre guère d'autres ! »

Si Marquiset devient ministre de l'Intérieur, je serai surpris. Mais il ne le deviendra pas. Il ne deviendra même pas préfet, mais il sera en 1830 sous-préfet de Dôle. Il affirme qu'il accepta cette

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